A M. HERBRONS
PRÊTRE DE LA MISSION, AU MANS
Il lui annonce que le départ pour Madagascar est retardé. — Il le félicite de ses dispo- •itions, l'engage à se tenir prêt à partir, s'il est désigné. — S'il ne l'est pas, il aura même récompense de Dieu, qui couronne les intentions.
Paris, 19 avril lôSg.
Monsieur,
J'ai différé de faire réponse à votre lettre parce que j'en attendais d'une personne à qui j'avais écrit au sujet du
I, François Herbron, né en 2617, à Alençon; reçu le 20 août i653.
voyage de Madagascar; ensuite j'ai appris qu'il ne se fera pas à ce printemps. M. le maréchal de la Meilleraie, qui n'a point de vaisseaux, avait envoyé en Hollande pour en avoir un ; mais on le lui a refusé, ce qui Ta obligé de remettre la partie à l'automne. Je ne sais si alors il n'arrivera pas encore de retardement. Les hommes proposent et Dieu dispose; et la Providence a déjà tant de fois rompu leurs mesures et empêché ce dessein qu'il ne s'en faut rien promettre. Nous devons néanmoins toujours tendre, pour notre égard, à l'exécution de l'entreprise, en tant qu'elle regarde la gloire du Maître que nous servons, qui donne souvent à la persévérance les succès qu'il a refusés aux premiers efforts, et qui se plaît de beaucoup éprouver ses ouvriers, avant de leur abandonner les oeuvres difficiles, afin de leur faire mériter, par le service de leur foi, de leur espérance et de leur amour, la grâce d'aller répandre ces vertus dans les âmes qui ne les ont point.
Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de ce que ces trois lampes ne sont pas seulement toujours allumées en vous, mais de ce qu'elles s'enflamment toujours de plus en plus du désir d'aller éclairer ces peuples éloignés, qui vivent et meurent dans les ténèbres de Tinfidélité. Je prie sa divine bonté qu'elle accomplisse en vous son bon plaisir pour cela. Je ne sais pas encore quelle sera sa disposition sur le choix de votre personne, mais j'espère que vous vous tiendrez toujours prêt à répondre à sa voix, en cas qu'il vous appelle aux pays étrangers; car, quand il ne vous y appellerait pas, vous ne laisseriez pas d'avoir la récompense d'un apôtre, et avec cela vous aurez la gloire de mourir pour le salut de votre patrie.
Je voudrais dire les mêmes choses à M. Turpin *, mais ne
I. Turpin Pierre, né à Roy, 9 avril 1629; reçu à Paris 16 novembre i655.
pouvant faire deux lettres, je vous prie que celle-ci serve pour vous et pour lui. Je suis, de tous les deux, en Notre- Seigneur, votre, etc.