‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 180 sur 294 · A M. DESDAMES · texte numérisé non relu

A M. DESDAMES

SUPÉRIEUR, A VARSOVIE

Jl le prie de s'abandonner à la conduite de la Providence, qui permettra le dt^veloppement des œuvres quand sera arrivé le moment qu'elle a marqué.

Paris, 25 avril lôSg.

Monsieur,

Il y a trois ou quatre semaines que je n'ai reçu de vos lettres. La dernière est celle par laquelle vous m'avez informé de ce qui s'est passé en votre voyage de Cracovie, et je ne vous ai pas écrit depuis la réponse' que je vous y ai faite, où vous avez vu que nous sommes résolus à différer de vous envoyer des hommes jusqu'à ce que la Providence fasse naître l'occasion de les employer et de les entretenir de delà; ce qui pourra arriver lorsque nous y penserons le moins.

Le bon Dieu ne se gouverne pas dans ses œuvres selon nos vues et nos souhaits. Nous devons nous contenter de faire valoir le peu de talents qu'il nous a mis en main, sans nous mettre en peine d'en avoir de plus grands ou de plus étendus. Si nous sommes fidèles en peu, il nous constituera sur beaucoup, mais cela est de son ressort, et non pas de nos soins. Laissons-le faire et resserrons-nous dans notre coquille.

La Compagnie a commencé sans aucun dessein de notre part; elle s'est multipliée par la seule conduite de Dieu, et a été appelée en Pologne par des ordres supérieurs, sans que nous y ayons contribué que de la seule obéissance. Continuons, Monsieur, d'en user de même; Dieu aura fort agréable cet abandon, et nous serons en paix.

L'esprit du monde est remuant et veut tout faire. Laissonsle là : nous ne voulons pas choisir nos voies, mais marcher par celles qu'il plaira à Dieu de nous prescrire. Estimonsnous indignes qu'il nous emploie et que les hommes pensent à nous, et nous voilà bien. Offrons-nous à lui pour tout faire et pour tout souffrir à sa gloire et à Tédification de son Église. Il n'en veut pas davantage. S'il en désire les effets, ils sont en lui et non pas en nous : élargissons fort notre cœur et notre volonté en sa présence, sans nous déterminer à ceci ou à cela, Jusqu'à ce que Dieu ait parlé. Prions-le qu'il nous fasse la grâce de travailler cependant à la pratique des vertus que Noire-Seigneur pratiquait en sa vie cachée.

Je le prie qu'il vous anime de son esprit et le bon M. Duperroy, afin que vous les possédiez toutes au plus haut degré. Je suis de tous les deux, en l'unique bon plaisir de Dieu, Monsieur, votre, etc.

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