A M. JOLLY
SUPÉRIEUR, A ROME
Il l'engage à s'abandonner à la Providence, qui fournira la facilité d'avoir une maison, quand l'heure en sera venue. — II lui annonce la générosité d'un gentilhomme en faveur de la mission de Gânes. — Il bénit Dieu du succès qu'il donne aux travaux de ses confrères. * .
Paris, 9 mai i65g.
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre du 14 avril. II ne faut s'étonner si on ne vous parle plus de vous donner une maison, parce que c'est une affaire de Dieu, qui fera cela par des manières imprévues et des moyens extraordinaires, et peut-être quand nous n'y penserons point. Ce que nous avons à faire est de nous abandonner à sa conduite, et de nous estimer heureux de pouvoir honorer en quelque chose la pauvreté de Notre- Seigneur, qui n'avait aucun couvert à lui. Si on avait jamais ouï ou vu personne, voulant servir à Dieu et se confier à sa bonté, manquer des choses convenables à son état, nous aurions quelque sujet de nous empresser pour nos besoins; mais nous n'avons qu'à les commettre à sa providence, nous rendre fidèles à nos obligations, et tenir pour assuré que, tôt ou tard, Dieu pourvoira à ce qu'il sait nous être nécessaire pour les desseins qu'il a sur nous. Qu'avons-nous à faire d'autre chose ?
Je vous prie. Monsieur, de nous aider à remercier Dieu de la^ charité qu'un gentilhomme de Gênes a faite à notre famille du même lieu, qui est de lui promettre deux mille livres par an, pendant sa vie, pour sa subsistance. Qui peut lui avoir donné ce mouvement, que Dieu ? Mgr le cardinal
y a contribué, mais la grâce de cette résolution ne peut venir que du Ciel.
Vous m'avez grandement réjoui par l'assurance que vous me donnez que Mgr le cardinal Bagny est guéri. Je vous prie de l'assurer que je ne pouvais recevoir une plus sensible consolation, et que nous prierons Dieu qu'il le conserve à son Église, pour la fin que tous les gens de bien souhaitent de deçà.
Je loue Dieu des missions que vos ouvriers font, et des grâces que Dieu leur fait, et par eux au pauvre peuple. Vous pouvez faire état, et eux aussi, des prières de cette communauté ici, qui les offre souvent à Notre-Seigneur, pour la santé de vos personnes et la bénédiction de vos emplois.
Je vous envoie un mémoire de la part de Mgr de Chartres '. C'est assez de vous dire que c'est de lui, pour vous porter à faire ce qu'il désire. Je vous en prie néanmoins en mon particulier.
Nous n'avons que de bonnes nouvelles de deçà, grâce à Dieu, sinon que les gelées ont ruiné les vignes, quasi partout ce royaume, et la plupart des seigles. Dieu a voulu modérer par ces pertes la joie qu'on avait de la paix générale, qu'on tient pour certaine. Je suis, encore plus assurément, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.