‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 184 sur 294 · A M. JOLLY · texte numérisé non relu

A M. JOLLY

SUPÉRIEUR, A ROME

Il sMiumilie devant Dieu et garde le silence au suiet de reproches imnnSritôs. — Il demande dispense pour un missionnaire irrégulier, par suite d'une drfformité de la main ; et, comme il va partir pour Madagascar, divers privilèges si la dispense est refusée. — Il ne sait quel bâtiment il choisira pour le départ, et cxjilique les raisons de son hésitation.

Paris, 16 mai lôSg.

Monsieur,

Je n'ai qu'à louer Dieu de toutes les choses que vous me mandez par votre lettre du 2 1 avril, et à vous remercier en particulier de ce que vous allez travailler pour M"" la duchesse d'Aiguillon à son affaire de Lorette; que vous avez fait prendre la date que Mgr de Sarlat a désirée, de la provision de Chavagnac, et de l'absolution d'irrégularité pour ce curé du diocèse de Sens que nous avons reçue, et

pour Texpédition de Taffaire de Mgr de Pamiers, que vous nous faites espérer.

Quant à ce que Mgr le cardinal de Sainte-Croix vous a dit, nous n'avons qu'à nous bien humilier devant Dieu, adorant toujours les ordres de sa conduite sur nous, sans nous mettre en peine de ce qui nous regarde, mais seulement de nous bien acquitter du devoir que nous avons vers Nptre- Seîgneur et vers les âmes qu'il a rachetées.

Nous vous avons envoyé le portrait de la main gauche de notre frère Etienne % qui est si difforme qu'elle ne semble pas une main : elle est comme une masse de chair ronde, où il ne paraît que le bout du pouce et d'un autre doigt, dont néanmoins il se peut servir en certaines choses. Quand nous le reçûmes en la Compagnie, ce fut à condition que nous ne le ferions pas prêtre, et lui-même ne s'attend pas encore de l'être, quoiqu'il témoigne affection pour cela, à cause du zèle que Dieu lui donne pour aller évangéliser les infidèles. Mais parce qu'il y a longtemps qu'il sent ce mouvement de quitter son pays et d'employer ses biens et sa vie pour la propagation de la foi; qu'il a toujours travaillé solidement à la vertu ; qu'il a même étudié en théologie; qu'il a les marques d'une vraie vocation pour les pays éloignés, et que nous avons résolu de l'envoyer à Madagascar au premier embarquement : nous avons pensé qu'il y servirait Dieu plus utilement s'il était prêtre, et que peut-être, en cette considération, on le dispensera de son irrégularité. Je vous prie de faire un effort pour lui obtenir cette dispense, de laquelle je ne doute pas qu'on ne fasse l'adresse à MM. les grands vicaires de Paris; et en ce cas, se sera à eux de juger s'il y a danger de lui faire prendre les ordres sacrés, et la volonté de Dieu nous sera connue par ce moyen-là. Peut-être vous enverronsnous au premier jour un crayon de cette main îrrégulière.

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