‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 201 sur 294 · A M. MARTIN · texte numérisé non relu

A M. MARTIN

SUPÉRIEUR, A TURIN

Il remercie Dieu de la bénédiction qu'il donne à ses travaux. — Il le prie de se ménager. — 11 insiste sur la liberté que les missionnaires ont d'écrire au Supérieur général.

Paris, 18 juillet 1659.

Quoique je n'aie pas reçu de vos chères lettres, j'ai néanmoins appris que Dieu a singulièrement béni vos travaux en vos dernières missions, et que par sa puissante grâce vous avez fait des accommodements en grand nombre et de fort difficiles et considérables; son saint nom en soit à jamais béni et glorifié, et fasse la grâce à ce peuple, que vous avez mis dans le bon chemin, d'y marcher droit par la pratique des bonnes œuvres qui conduisent au ciel, où vous aurez une ample récompense pour toutes celles que vous faites, qui vous mettent en état qu'une infinité d'âmes vous recon-

naissent un jour devant Dieu pour leur second rédempteur! Mais aussi se vérifie-t-il en vous ce proverbe : qu'on n'a rien sans peine, puisque vous en prenez tant pour réconcilier les hommes à Dieu et entre eux-mêmes. Voire je crains que vous preniez trop sur vous, et que vos fatigues aillent à l'excès ; car on me mande que vous vous êtes trouvé en de grandes faiblesses et abattements. Au nom de Dieu, Monsieur, reposez-vous bien dans cet intervalle, et modérez à l'avenir vos travaux. Vous exercerez plus de charité en vous conservant pour servir plus longuement le prochain, qu'en vous consumant bientôt pour le salut de quelques-uns. C'est tout ce que j'ai à vous dire pour cette heure. Nous nous portons, grâce à Dieu, assez bien de deçà, et toutes choses y vont leur train ordinaire, comme elles font ailleurs en toutes nos maisons.

Mais, à propos de maisons, il faut que je vous dise encore ce mot, que j'ai déjà écrit à quelques autres supérieurs : que c'est l'usage en toutes les communautés, particulièrement en la nôtre, que chaque sujet a la liberté d'écrire au général sans montrer ses lettres à son supérieur, pour beaucoup de raisons, surtout afin qu'il puisse décharger son cœur et trouver quelque soulagement dans les peines intérieures où plusieurs se trouvent. Je ne doute pas que vous ne soyez bien aise que tous ceux de votre famille usent franchement de cette liberté. Je les embrasse tous et je suis de tout mon cœur, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.

P.-5. Il sera bien, Monsieur, que vous fassiez savoir à toute la Compagnie cette pratique.

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