‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 22 sur 294 · A M. LANGLOIS · texte numérisé non relu

A M. LANGLOIS

PRÊTRE DB LA MISSION^ A SAINTES

Il rengage à ne pas se laisser décourager par les difficultés qu'il rencontre dans la

conduite du séminaire.

10 octobre i655.

Monsieur,

J'ai reçu une grande joie de votre lettre, encore que vous me l'ayez écrite dans un sentiment de peine, parce que j'y vois la candeur de votre esprit et quelque chose de Dieu qui se plaît à vous exercer. Ceux qui vous ont donné la pensée que vous n'êtes pas propre pour la conduite du séminaire ne vous connaissent pas comme je vous connais; et pour avoir vu quelques séminaristes peu disposés à profiter de vos leçons, il ne s'ensuit pas que les autres ne vous estiment et ne s'avancent sous votre direction. Il y a certaines personnes si mal faites, que, quand elles auraient un saint Thomas pour les élever, il n'empêcherait pas qu'elles ne fissent voir ce qu'elles sont. Je vous prie de ne pas vous étonner de l'indiscrétion de quelques-uns ; comme tout change. Dieu vous ôtera ces esprits fâcheux et vous en donnera d'autres plus dociles et plus affectionnés à leur profession, qui feront bon usage de vos bons exemples et de vos instructions. Continuez, s'il vous plaît, à les leur donner, pour le moins jusqu'à Tarrivée du visiteur, à qui vous direz tout; et alors, s'il trouve à propos de vous décharger de cet emploi, nous vous en donnerons un autre. Dieu merci, nos occupations sont diverses, et je ne

manque pas de désir de vous donner toute satisfaction, etc.

3oo. — A M. OZENNE,

SUPÉRIEUR, A VARSOVIE

II espère le triomphe des armes de Pologne, et fait prier à cet effet. ~ II l'excite à lu confiance, lui demande de ses nouvelles et lui donne celles de la Compagnie.

Paris, i5 octobre i655.

Monsieur,

Voici trois semaines passées que je n'ai point reçu vos lettres. Je ne laisse point de vous continuer les miennes par tous les ordinaires, afin qu'il ne tienne pas à moi que vous ne soyez consolé de nos nouvelles, et si Dieu permet qu'elles vous soient rendues, que vous soyez assuré de nos prières pour le roi, la reine, le royaume, votre personne et votre famille. Nous entendons divers bruits qui nous tiennent entre la crainte et Tespérance. Pour moi, quand je pense à la piété de Leurs Majestés et aux prières que toute TÉglise fait à Dieu de prendre en sa protection leurs États et la religion, je ne puis douter que cela n'advienne, et quelque chose que l'on dise, j'espère, contre l'espérance même, que la justice de leurs armes prévaudra contre la force et l'iniquité de leurs adversaires. C'est à cette fin que j'ai recommandé ce matin à la Compagnie de renouveler ses prières et redoubler ses mortifications; à quoi il semble qu'elle se porte d'elle-même, tant le sujet en est important et tant elle s'y sent obligée par les bienfaits de la reine. Je vous prie d'assurer de cela Sa Majesté et de la continuation de nos prières et de nos obéissances.

Mon Dieu, Monsieur, que je serai en peine jusqu'à ce que je reçoive de vos lettres par lesquelles j'apprenne l'état des afiaires de la Compagnie! Je vous plains, certes, sachant que votre cœur charitable ne souffre pas seulement sa propre peine, mais encore celle des autres. Plaise à Dieu de vous fortifier dans ces accablements, de vous illuminer en vos doutes et de vous faire arriver heureusement au point où la

Providence veut conduire votre petite barque. Confiez-vous fort en sa conduite, et excitez vos gens à cette confiance dans les agitations présentes ; la tempête cessera et le calme sera plus grand et plus agréable que jamais.

Nous n'avons rien de nouveau de deçà. La Compagnie va toujours son petit train, et chacun se porte bien, excepté M. Legros, qui, en faisant les visites de nos maisons de Gascogne, est tombé malade à Montauban, et n'est pas sans danger. Priez pour nous, s'il vous plaît. Je vous dirai d'autres nouvelles quand j'aurai plus d'assurance que mes lettres vous sont rendues. Je suis, à la vie et à la mort, en l'amour de Notre- Seigneur, etc.

P.-5. Depuis la présente écrite, on nous annonce que le roi a pris le roi de Suède et l'a fait prisonnier, et ce bruit est répandu dans Paris. Oh! Monsieur, que je prie Dieu de tout mon cœur qu'il bénisse de plus en plus le roi, la reine et leur royaume !

3oi. — A M. LE MARQUIS DE PIANEZZE,

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