A M. DESDAMES
SUPÉRIEUR, A VARSOVIE
Il apprend avec joie les progrès des armées royales. — II accepte comme postulant un prêtre français qui se trouve en Pologne. — Il refuse de le décharger de la supé» riorité. — Il est heureux de la guérlson de M. Duperroy.
Paris, 14 novembre iôSq.
Monsieur,
Toutes vos lettres me consolent sensiblement, mais votre dernière, du 10 octobre, l'a fait d'une manière particulière pour toutes les bonnes choses que vous me mandez, dont je ne puis assez louer Dieu. Vous me dites premièrement que les armes du roi font de nouveaux progrès de tous côtés. N'est-ce pas là une nouvelle de grande consolation et digne d'une éternelle reconnaissance vers le Dieu des armées, qui prend la cause de l'Église en bénissant les desseins du roi et de la reine de Pologne ? Vous me mandez que cette pieuse princesse est résolue de faire le plus de bien qu'elle pourra
pendant que Dieu la conserve au monde. Oh ! Monsieur, que cette résolution est chrétienne ! Plût à Dieu qu'elle fût dans le cœur de tous les grands et que tous les chrétiens comprissent bien Tobligation qu'ils [ont d'aller croissant de vertu en vertu. Tout s'en va, la mort approche, et il n'y a que les bonnes œuvres qui demeurent.
Vous me parlez d'un bon prêtre français qui est chez vous, qui a été aumônier de Mgr Davaucourt, qui vous paraît humble et solide, et qui a dessein d'entrer parmi nous. A la bonne heure. Monsieur; s'il nous fait cet honneur de nous voir avec ce dessein, quand il sera de retour ici, nous en aurons grande joie.
Enfin, pour combler celle de mon pauvre cœur, vous m'assurez que M. Duperroy est parfaitement guéri de l'ouverture qu'il avait à la poitrine. Oh ! que Dieu soit loué. Monsieur, d'une telle grâce ! Je l'en remercie avec autant d'amour et [de tendresse que je Tai fait de longtemps d'aucun autre bienfait. Plaise à sa divine bonté de vous conserver, vous et lui, en parfaite santé et dans l'étroite union où, par la vertu du Saint-Esprit, vous vivez ensemble.
Je ferai attention, Dieu aidant, lorsque nous vous enverrons du secours (ce qui sera au printemps prochain), qu'il y ait un prêtre capable de conduire la paroisse et la maison en votre absence, pour vous donner moyen de faire quelques missions avec M. Duperroy et de commencer quelques exercices à l'égard de MM. les ecclésiastiques; mais de vous décharger de la supériorité, c'est à quoi il ne faut pas penser. Je sais bien que vous en seriez content, mais j'espère aussi que le bon Dieu le sera toujours de votre conduite, tandis que vous le laisserez gouverner, comme vous le faites.
Nous n'avons rien de nouveau de deçà. La Compagnie va son petit train partout, grâce' à Dieu, qui, par sa providence adorable, a enfin permis que nous ayons une maison
à Rome. Priez-le que ce soit pour le mieux servir, et recommandez-lui tous nos besoins en général et mon âme en particulier, comme je fais souvent pour la vôtre, qui m'est très chère, et celle de M. Duperroy, que j'embrasse fort tendrement, et qui suis, en Tamour de Notre-Seigneur, votre, etc.
53o. — A M. JOLLY,
SUPÉRIEUR, A ROMK,
Il se réjouit des fruits produits par les missions, et plus encore de la générosité des cardinaux qui ont procuré une maison, que du bienfait lui-même. — II donne des nouvelles de Saint-Lazare.
Paris, 17 novembre 1659.
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre du 25 octobre et beaucoup de joie des bonnes relations que vous avez des missions. Dieu soit loué des grâces qu'il fait aux ouvriers et au pauvre peuple.
Je ne puis assez le remercier de ce que vous avez pris possession de la maison de Mgr le cardinal Bagni. Il y a sujet d'espérer qu'il bénira ceux qui l'habiteront, par le mérite de ce bon seigneur qui vous Ta remise et de celui qui vous Ta procurée, j'entends Mgr le cardinal de Gênes, qui est admirable en sa bonté, aussi bien qu'en la confiance qu'il a en celle de Dieu. Nous n'avons donc qu'à l'admirer en toutes ses vertus, et à nous confondre de nous en voir tant éloignés, et par conséquent indignes de ses bienfaits.
Plaise à Notre-Seigneur de couronner sa vie apostolique d'une gloire immortelle et d'être lui-même notre vertu pour répondre aux attentes de ce bon cardinal !
Nous attendons la dernière résolution de Mgr le cardinal Antoine, touchant l'exécution de sa fondation qu'il a acceptée pour Lorette, puisqu'il n'a pas voulu se tenir à son dernier sentiment.
Je voiis envoie une lettre et un mémoire qui m'a été adressé
par M. Riguorest, docteur, qui a la direction des prêtres du Grand-Hôpital , pour la réhabilitation d'un apostat qui est revenu à TÉglise. Je vous prie de vous y employer.
Nous avons céans M. Lesoudiermalade depuis deux mois; M. Perraud l'ayant été aussi jusqu'à l'extrémité, s'est trouvé mieux pendant quelques jours; mais l'hydropisie a succédé à la fièvre, en sorte que nous avons sujet de craindre qu'elle nous le ravisse.
Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.