‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 246 sur 294 · A M. DESDAMES · texte numérisé non relu

A M. DESDAMES

SUPÉRIEUR^ A VARSOVIE

Il l'engage à soigner sa santé. — Il refuse de le décharger de la conduite, et l'engage à se confier en Notre-Seignear. — Il lui parle de ses infirmités.

Paris, 3o janvier 1660.

Monsieur,

J'ai reçu votre chère lettre du ig décembre, où je vois que vous êtes exercé souvent de diverses indispositions qui pourtant ne durent pas; j'en suis en peine, et je le serais encore plus si je ne savais que Dieu fait tout pour le mieux et que vous souffrez avec fruit, parce que vous souffrez avec amour en Jésus -Christ. Je vous prie néanmoins de faire ce que vous pourrez pour vous bien porter, car en santé, si vous avez à souffrir, ce sera par le travail, et alors votre souffrance sera utile à plusieurs et aura du rapport à celle de Notre- Seigneur qui s'est consumé pour tout le monde. Nous prions Dieu de deçà qu'il vous conserve et fortifie de plus en plus, pour pouvoir exprimer longuement en votre personne les effets de sa charité et de ses travaux; et comme il a aimé les siens jusqu'au bout et ne les a point abandonnés, je vous prie aussi d'avoir patience en votre conduite jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de vous en décharger.

Je suis édifié de l'instance que vous faites pour cela et de la vue que Dieu vous donne de votre insuffisance, et il est à souhaiter que tous les supérieurs aient les mêmes sentiments, mais aussi ne doit-on pas gouverner les autres par soi-même, mais par Notre-Seigneur, qui a assez de capacité pour vous et pour lui. Je le prie qu'il vous anime à cet effet de son esprit, qui dit humilité, douceur, support, patience, vigilance, prudence et charité. Vous trouverez en lui toutes ces vertus, et, si vous laissez faire, il les exercera en^vous et par vous. Vivez en cette confiance. Monsieur, et demeurez en paix; Je ferai pourtant attention à votre désir, afin de vous envoyer quelqu'un propre pour vous soulager, si nous ne pouvons vous décharger. Nous avons envoyé au séminaire des Bons- Enfants trois de nos jeunes prêtres qui ont bien étudié en philosophie et en théologie pour se former de plus en plus, à dessein de vous les envoyer après Pâques, Dieu aidant.

Nous n'avons rien de nouveau de deçà, chacun se porte assez bien, à la réserve de nos infirmes ordinaires, dont je suis du nombre. Les jambes me manquent et je ne puis plus descendre ni dire la sainte messe.

Priez Notre-Scigneur qu'il ait agréable de me faire miséricorde et de me souffrir pour le temps et pour l'éternité en son amour, Monsieur, votre, etc.

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