‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 261 sur 294 · A M. DESDAMES · texte numérisé non relu

A M. DESDAMES

SUPÉRIEUR, A VARSOVIE

Il lui annonce que de tous côtés on demande des ouvriers. — il parle de diverses

missions données par d'autret Compagnies.

Paris, i8 juin 1660.

Monsieur,

Il y a trois semaines, ce me semble, que je n'ai reçu de vos lettres; il me tarde qu'il m'en arrive. Plaise à Dieu que les nouvelles soient meilleures que le bruit n'en a couru de deçà. Pour moi, je n'ai rien de nouveau à vous dire. Toutes choses vont leur petit train en la Compagnie, et il me semble qu'elle travaille partout à la vertu et à la vigne du Seigneur, dans les manières qu'il le demande d'elle, et, par sa miséricorde, avec le succès que nous pouvons désirer.

On nous demande des hommes de tous côtés, mais nous en manquons. O Dieu ! Monsieur, qu'un bon missionnaire est un grand trésor, et qu'il y a peu de gens au monde qui veuillent servir Dieu et voir l'Église dans la pureté de la foi, dans le détachement des créatures et l'abnégation de soimême ! Cependant, c'est ainsi que notre sainte religion a été établie et répandue, c'est ainsi qu'elle se maintient, c'est ainsi qu'il faut tâcher de relever les brèches arrivées par le relâchement des ouvriers apostoliques et évangéliques. Demandons sans cesse à Notre-Seigneur, Monsieur, qu'il en envoie de bons, et qu'il anime de son esprit l'état ecclésiastique.

Quelques prêtres de Normandie, conduits par le père Eudes, de qui je pense que vous avez ouï parler, sont venus

faire une mission dans Paris avec une bénédiction admirable. La cour des Quinze-Vingts est bien grande, mais elle était trop petite pour contenir le monde qui venait aux prédications.

En même temps un grand nombre d'ecclésiastiques sont sortis de Paris pour aller travailler en d'autres villes : les uns sont allés à Châteaudun et les autres à Dreux, et tous ont fait des fruits qui ne se peuvent exprimer; et à tout cela nous n'avons point de part, parce que notre partage est le pauvre peuple des champs. Nous avons la consolation seulement de voir que nos petites fonctions ont paru si belles et si utiles, qu'elles ont donné de l'émulation à d'autres pour s'y appliquer comme nous et avec plus de grâces que nous, non seulement au fait des missions, mais encore des séminaires, qui se multiplient beaucoup en France. Il s'est même trouvé une compagnie à Rome qui, voyant que le Pape envoyait les ordinands aux pauvres prêtres de la Mission, comme on fait à Paris, a demandé qu'on les lui envoyât à elle, s'oifrant de leur faire £aire les exercices, ce qa'elle suirait fait sans doute avec succès, si Sa Sainteté l'avait jugé à propos. Il y a sujet de louer Dieu du zèle qu'il excite, en plasieurs pour l'avancement de sa gloire et le salut des âmes.

Voici des lettres de Marseille, je vous prie de faire tenir celle qui s'adresse i Patto, si vous pouvez.

Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.

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