DE LA VISITATION SAINTE-MARIE
Il la console et Tencourage dans ses épreuves.
Paris, 27 juîa i66o.
Ma sœur.
Je vous demande pardon d'avoir tant tardé à vous faire réponse *, c'est à cause de mes embarras et de mes incommodités qui me font échapper beaucoup de choses que je voudrais bien faire, si je n'en étais empêché.
Maintenant, ma chère sœur, je vous dirai que je compatis sensiblement à vos peines, qui sont longues et diverses ; c'est
une croîx étendue qui embrasse votre esprit et votre corps, mais elle vous élève au-dessus de la terre : c'est ce qui me console. Vous devez aussi vous consoler de vous voir traitée comme Notre-Seîgneur Ta été, et honorée des mêmes marques d'amour par lesquelles il nous a aimés ; ses souffrances étaient intérieures et extérieures, et les intérieures ont été continuelles et sans comparaison plus grandes que les autres. Pourquoi pensez-vous, ma chère sœur, qu'il vous exerce de la sorte ? c'est pour la même fin qu'il a souffert, à savoir, pour vous purger des péchés et pour vous orner de ses vertus, afin que le nom de son Père soit sanctifié en vous et que son royaume vous advienne. Au nom de Dieu, ma chère sœur, demeurez en paix et ayez une parfaite confiance en sa bonté; je ne connais pas une âme au monde qui en ait plus de sujet que vous. Ne vous arrêtez point aux pensées contraires, défiez-vous de vos pressentiments, et croyez plutôt à ce que je vous dis et à la connaissance que j'ai de vous, qu'à tout ce que vous pourriez penser ou dire.
Vous avez mille raisons de vous réjouir en Dieu et de tout espérer de lui par Notre-Seîgneur qui habite en vous; et après la recommandation qu'il vous fait de renoncer à vousmême, je ne vois autre chose que vous ayez sujet d'appréhender, non pas même le péché, qui est le seul mal que nous devons le plus craindre, parce que vous faites pénitence du passé et que vous le haïssez trop pour le commettre à l'avenir. Dites donc à Dieu, comme David : « Rendez-moi, Seigneur, la joie de votre assistance salutaire et me confirmez de l'esprit principal. » Excitez-vous vous-même à cette joie, tant par la considération des malheurs que vous avez évités en quittant le monde et des grâces qu'il vous fait en religion, que par la bénédiction d'être du nombre des enfants de Dieii et des épouses de son Fils, qui est la grâce des grâces, qui comprend tous les biens et qui vous met dès ce monde en
possession de la gloire éternelle. Soyez-en fort reconnaissante, remerciez-en Dieu souvent^ et demandez-lui miséricorde pour moi, qui crains mon ingratitude et qui suis, en Tamour de Jésus-Christ, votre, etc.