A MA SŒUR FRANÇOISE DE GARCIREUX
FILLE DE LA CHARITé, A ALET.
Il se réjouit du bien que Dieu a opéré par elle, et lui recommande l'humilité, la reconnaissance envers Dieu et la fidélité aux pratiques de la Compagnie.
Paris, 9 juillet 1660.
Ma sœur.
J'ai plus tardé que je ne voulais à répondre à votre lettre, à cause de mes embarras. Je rends grâces à Dieu de toutes les choses que vous m'avez mandées, qui m'ont fort consolé ; il paraît que Dieu est avec vous et qu'il voiis a conduite pendant que vous avez travaillé au diocèse d'Alet, puisque, d'un côté, il vous a préservée des dangers qui vous ont menacée, et que d'un autre il a tiré gloire de vos emplois. Tout cela requiert beaucoup d'humilité et de reconnaisance de votre part.
Avouez devant Dieu que vous n'avez fait que le mal ; car il arrive toujours des imperfections dans les bonnes œuvres, quand ce ne serait que d'empêcher que le bien que Dieu fait soit plus grand et plus pur, par le peu de foi et de fidélité des instruments dont il se sert. Ce serait encore pire de s'attribuer de l'honneur, qui n'est dû qu'à sa divine bonté. Je sais, ma sœur, que, grâce à Dieu, vous ne faites pas cette faute-là; continuez de préférer la confusion à la louange, de vous défier toujours de vous-même et de vous abandonner à Dieu, afin qu'il dispose de vous selon son bon plaisir et non selon vos sentiments ; soyez ferme aux petites pratiques de la Compagnie autant que vos emplois vous le permettront;
traitez vos sœurs avec amour et cordialité, compatissez à leurs petites infirmités. Je loue Dieu de la satisfaaion que vous en avez et de l'édification que le prochain en reçoit.
Si monseigneur vient à Paris, nous tâcherons de régler toutes choses avec lui, afin que vous ayez la liberté de vivre et d'agir selon l'esprit et la coutume de votre Compagnie, laquelle va assez bien partout, grâce à Dieu. Il n'y a rien de nouveau de deçà, sinon que nous travaillons à élire une sœur pour supérieure; priez Dieu pour cela et pour tous les autres besoins. Je me recommande moi-même à vos prières et à celles de vos sœurs, que je salue. Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.