A MA SŒUR ANNE DENOUAL
FILLE DE LA. CHARITÉ, A NARBONNE
Il remercie Dieu de l'avoir délivrée d'une fâcheuse tentation d'antipathie, rengage à bien supporter la séparation de quelques-unes de ses compagnes, et fui donne divers avis pour la conduire à la perfection.
Paris, 9 juillet 1660.
Ma sœur,
J^ai été bien aise de recevoir de vos nouvelles, et encore plus d'apprendre les grâces que Dieu vous fait. Je l'en remercie de tout mon cœur, et je le prie qu'il vous fasse celle de lui être bien fidèle. Il a permis que vous soyez tombée en l'aversion qui vous a fait tant de peine, pour vous faire connaître que de vous-même vous n'êtes capable d'autre chose ; et enfin il a changé cette antipathie en affection, pour établir en vous l'union et la charité, qui sont si nécessaires que vous les devez demander incessamment à sa bonté, pour vous et pour votre Compagnie, et faire tout ce que vous pourrez pour les acquérir et les conserver. Humiliez-vous toujours; estimez-vous la plus imparfaite ; considérez en vos sœurs le bien et en vous les défauts, et quelque sentiment contraire
qui vous arrive, tâchez d*en détourner votre pensée et de vous élever en Dieu, pour vous incliner ensuite à aimer tout ce qu'il aime, et en la manière qu'il veut que vous l'aimiez. Supportez en patience la séparation, puisqu'elle procède de la Providence, et non de votre choix; vous avez fiait votre possible, et vos sœurs aussi, pour être rejointes ensemble, sans avoir pu obtenir de monseigneur cette consolation. Après cela, il faut se soumettre à la volonté de Dieu et demeurer en paix, dans l'espérance que tout ira bien; car, pour l'ordinaire, le bon Dieu trouve son compte là où nous ne trouvons pas notre satisfaction. Laissez-le faire, ma sœur; confiez-vous fort en son assistance ; soyez exacte à vos oraisons du matin et à vous recommander souvent à lui le reste de la journée; ayez dessein en toutes vos œuvres de l'honorer et de lui plaire; ayez le moins de communication que vous pourrez avec les personnes du dehors ; suivez les avis de M. Desjardins et de la sœur Françoise, et vous verrez que Notre-Seigneur bénira votre âme et vos exercices; mais^ quand vous ne le verriez pas, Notre-Seigneur ne laissera pas de les avoir agréables et de vous sanctifier insensiblement, tandis que vous lui serez fidèle. Je prie Notre-Seigneur que ce soit toujours et en toutes choses. Je suis, en son amour, ma sœur, votre, etc.