A M. MARTIN
SUPÉRIEUR, A TURIN
Il se réjouit de le savoir en meilleure santé. — Il lui annonce la mort d*un frère décédé
à Sedan.
Paris, 3o juillet 1660.
J'ai reçu votre chère lettre du 17. Je loue Dieu du repos que la famille prend, et de la santé dont elle jouit après de pénibles travaux. Il me semble que vous vous mettez du nombre, puisque vous ne me dites rien de votre fièvre quarte, ce qui augmente notablement ma joie. Je prie Notre-Seigneur qu'il ait agréable de vous renouveler tous en son esprit, afin que toutes vos opérations soient les siennes, et que les fruits qui en réussiront soient des fruits de la vie éternelle.
Il a plu à Dieu de nous ôter un de nos meilleurs frères ; c'est Sîrven, qui était à Sedan la règle vivante de la Compagnie, homme sage et intelligent, bienfaisant à tout le monde, qui s'adonnait volontiers au soulagement des pauvres malades et à la consolation des affligés. Toute la ville, qui l'aimait fort, a témoigné un grand regret de sa privation, même les hérétiques qui étaient édifiés de sa modestie et de sa charité. Nous avons grand sujet de croire que Dieu a couronné son âme dans le ciel, lui donnant le royaume qu'il a préparé à ses bien-aimés, qui exercent sur la terre les œuvres de miséricorde, ainsi qu'a fait ce sien serviteur. Néanmoins, Monsieur, il ne faut pas laisser de prier pour lui dans l'incertitude des jugements de Dieu, qui met toute l'Église en prières même pour les justes trépassés.
Il ne faut pas penser à recevoir Vaugin, qui est sorti de la Compagnie; mais donnez-lui jusqu'à cinquante écus, si vous les avez, et qu'il désire les toucher de delà. Nous les rendrons ici (sur votre lettre de change) à qui vous me marquerez. Cependant je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.