A M. ALMÉRAS
PRÊTRE DE LA MISSION, A RICHELIEU
Il lui exprime le regret que lui ouse son absence, et rengage à se bien roigner.
Paris, i8 août 1660.
Monsieur,
Vos lettres ne m'ont pas seulement ôté la consolation que j'avais de votre prochaine arrivée, mais m'ont affligé sensiblement en m'apprenant les nouvelles défaillances où vous êtes tombé, qui vous ont éloigné de nous lorsque nous pensions que vous en étiez fort proche. Dieu soit loué, Monsieur, de toutes ses dispositions sur nous! Certes, j'aurais bien de la peine à les porter si je les regardais hors du bon plaisir divin qui ordonne tout pour le mieux.
Vous avez très bien fait de vous en retourner à Richelieu, où je vous prie. Monsieur, de prendre tout le repos et les soulagements possibles. Toute cette communauté ressent vivement votre mal, elle redouble ses instances auprès de sa divine bonté pour votre conservation ; et je ne puis vous dire la part que j'y prends; mais vive la volonté de Dieu! Pour moi, je suis toujours exercé de mes infirmités, et le bon Dieu, qui m'abat, me soutient néanmoins dans l'état misérable auquel je vis. La Compagnie souffre de la privation de votre présence. Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.
58o. — A M. PESNELLE,
SUPÉRIEUR, A GÊNES
Il le blâme d'avoir permis à un professeur de philosophie de dicter son cours.
Paris^ 20 août 1G60.
Monsieur,
Vous me marquez les raisons que vous avez eues de permettre à M. Simon de donner des écrits, et vous êtes en
doute si vous avez mal fait. Oui, Monsieur, vous avez mal fait, non du côté de M. Simon, qui par la grâce de Dieu est assez capable pour cela, mais pour ce que cette façon d'enseigner n'est pas la plus assurée, ni la plus utile, et qu'elle n'a pas été jugée convenable par la Compagnie, mais bien sujette à divers inconvénients par plusieurs docteurs des plus habiles qui fussent pour lors, et qui soient à présent. Ce qui m'oblige de vous dire qu'il vaudrait mieux ne point enseigner la philosophie que de la montrer de cette sorte. De quelque façon que cela se fasse, j'approuve que vous y fassiez étudier, pour cette fois seulement, les deux séminaristes qui sont sur la fin de leur séminaire.
Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.
58i. — A M. ALMERAS,
PRÊTRE DE LA MISSION, A RICHELIEU
Il se réjouit de ramélioration de sa santé. — II l'engage à faire toat son possible pour se guérir et revenir promptement, la Compagnie ayant besoin de lui.
22 août 1660.
Monsieur,
Votre lettre et celle de notre frère Gauthier, qui m'a écrit l'état de votre indisposition, m'ont ôté d'une grande peine, par l'espérance qu'elles me donnent de votre prochain rétablissement, fondée sur beaucoup de raisons dont je rends grâces à Dieu. Quand sera-ce donc, Monsieur, que nous aurons la consolation entière de vous savoir remis? Oh! que je le souhaite ! Oh ! que Dieu nous fera une grande grâce ! Je la lui demande souvent, non seulement pour mon intérêt particulier, qui n'est pas petit, puisque, étant plein d'estime et de tendresse pour vous, je suis le premier qui souffre de votre mal et de votre absence, mais encore pour le bien de la Compagnie, laquelle ayant reçu de vous, par la grâce de
— 47* — Dieu, une grande édification, a encore besoin de votre secours et de vos exemples.
Je vous dis ceci, Monsieur, avec sentiment de reconnaissance envers Dieu et envers vous ; et je n'en dis pas davantage, parce que cela suffit pour la fin que je prétends, qui est de vous montrer que vous ferez un sacrifice à Dieu de vous conserver et de vous guérir ; je vous en supplie très humblement. Mais cela dépend-il de moi, me direz-vousî Oui, ce me semble, Monsieur, en tant que cela dépend du repos et des remèdes qui sont en votre pouvoir, et surtout du bon plaisir de Dieu, qui ne vous refusera pas les forces de corps et d'esprit nécessaires aux desseins qu'il a sur vous dans la Compagnie, si vous le lui demandez par son Fils, Notre- Seigneur, qui, ayant suscité la même Compagnie pour son service, vous y a aussi appelé si utilement par sa grâce. N'épargnez donc rien de ce qui peut contribuer à votre santé et à l'avancement de votre retour, après lequel nous soupirons. Ne vous engagez pourtant pas au voyage que de l'avis des médecins, particulièrement pendant les chaleurs. Nous aurons patience. Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.