A MADAME SAUJON
DAME D*HONNEUR DE MADA;ME LA DUCHESSE d'oRLÉANS.
II réfute la prétention qu'avaient quelques religieunes de la Visitation de choisir leur supérieur. — Il demande à Dieu de bénir une œuvre qu'il lui a fait proposer.
Paris, 25 août 1660.
Madame,
J'ai reçu votre commandement avec grande affection de VOUS obéir ; je vous demande pardon de ce que je ne vous fis hier réponse : je me trouvai trop embarrassé.
Il est vrai, Madame, que quelques maisons de Sainte- Marie présentent à nosseigneurs les évêques les ecclésiastiques qu'elles désirent pour leurs supérieurs; mais tous les évêques ne les veulent pas recevoir, prétendant que c'est à eux à les choisir et à les nommer. Je vais écrire à la mère de la rue Saint-Antoine pour la prier de me mander en vertu de quoi elles pensent avoir ce droit-là, et comment elles en ont usé, et, si elles ont quelque écrit, de me l'envoyer.
J'ai une grande confusion de l'honneur que vous m'avez fait. Madame, d'être venue ici avec M. de Bretonvillier, et que j'aie été privé de la consolation de vous voir par mes misères et incommodités ; et je l'ai encore plus grande de la confiance dont vous m'honorez, en étant si indigne que je le suis, particulièrement à l'égard d'une œuvre si importante qu'est celle dont vous me faites la grâce de me parler, laquelle j'estime, je respecte et je loue comme ayant été inspirée de Dieu à ce saint homme qui en est l'auteur; et je prie sa divine bonté qu'elle ait agréable de la bénir en la vue de tant de
bonnes âmes qui y prennent part. Je m'estimerais bienheureux, Madame, si je pouvais vous complaire en quelque chose ; assurez-vous qu'il ne s'en présentera jamais occasion que je ne tâche de le faire avec toute l'humilité et l'affection que vous doit, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.