A M. MARTIN
SUPÉRIEUR, A TURIN
Il lui dit de ne pas se préoccuper de l'acquisition d'une maison. ~ Il l'engage à ne pas s'inquiéter de quelques malaises, qui ne sont pas un indice du retour de la fiëTre.
Paris, 27 août 1660.
Monsieur,
J'ai reçu vos lettres du 28 juillet et du 14 courant. Il faut avoir patience dans le retardement d'une maison ; Dieu vous la donnera quand il en sera temps et lorsque vous aurez assez honoré la pauvreté de Notre-Seigneur qui n'en avait point, ni seulement une pierre pour y reposer sa tête. Notre famille de Rome a été dix-huit ou vingt ans logée à louage. Pourvu que la vôtre soit fidèle à ses règlements pour bien établir le royaume de Dieu et sa justice en soi et en autrui, rien ne lui manquera. Mais il faut premièrement travailler à cela, comme vous faites, grâce à Dieu, et, vous confiant en la Providence pour le reste, demeurer en paix.
Outre cette raison, vous en avez une autre pour ne vous mettre pas en peine d'un logement : c'est que Mgr le marquis y pense assez pour vous, et, à ce que vous me mandez, il donne la même pensée à d'autres, jusqu'à vouloir céder la qualité de fondateur à qui voudra vous donner plus que lui. J'admire sa grande bonté, et je prie Notre-Seigneur qu'il nous rende moins indignes que nous ne sommes d'en recevoir les effets et de les reconnaître.
Ne craignez pas la fièvre : il y a grande apparence qu'elle
ne s'en est pas allée pour revenir, et que le bon Dieu ne veut pas nous affliger encore de ce côté-là. Les frissons que vous sentez quand il fait un peu froid ne sont pas des indices du retour de cette fièvre, parce qu'ils ne procèdent pas d'une cause intrinsèque, mais d'un accident extérieur, duquel vous êtes plus susceptible par un effet de la fièvre passée qui vous a affaibli. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous rétablisse en vos premières forces, pour lui continuer vos services avec autant de vigueur et de fruit que jamais. J'ai bonne espérance qu'il le fera, si vous faites de votre côté tout ce qui est à désirer pour vous bien porter.
Nous n'avons rien de nouveau; nos malades se portent mieux, grâce à Dieu, et M. Aimeras aussi, qui, étant parti de Richelieu pour s'en revenir ici, a été contraint de s'y faire rapporter depuis Tours, à cause d'une grande faiblesse où il s'est trouvé.
Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.