CLERC DE LA MISSION
Il témoigne ss^ reconnaissance pour Toffre qui est faite du prieure de Saint-Martin et cependant remet à plus tard la réponse définitive, afin de connaître mieux la volonté de Dieu.
3o janvier i056.
Monsieur,
J'ai vu ce que vous avez fait à Chartres; je rends grâce à Dieu de la disposition où vous avez trouvé M. Leferon, votre oncle, de nous considérer pour son prieuré de Saint- Martin ; je ne sais pas ce qui en arrivera, mais il semble qu'il y ait eu quelque chose de Dieu dans notre entrevue. Le bienfait proposé me paraît si grand, que je me trouve au même état où je me trouvai lorsque feu M. le prieur de Saint-Lazare me vint offrir cette maison ici : j'avais les sens interdits comme un homme surpris du bruit d'un canon qu'on tire proche de lui sans qu'il y pense : il reste comme étourdi de ce coup imprévu, et moi je demeurai sans parole, si fort étonné d'une telle proposition, que lui-même, s'en aperce-
I. Nicolas Etienne, né à Paris le 17 octobre 1634; reçu au séminaire interne le 8 août i653. Saint Vincent ne l'y admit qu^après une longue hésitation et à la condition quMl n'aspirerait pas au sacerdoce, à cause de la difformité de sa main gauche qui le rendait inhabile à en exercer les fonctions. Deux ans après il prononçait les saints vœux et on lui permit de poursuivre ses études théologiques. Non content de donner sa personne, il lit encore Tabandon d^une partie de ses biens à la petite Compagnie pour fonder un établissement dans le diocèse de Chartres. Knfin, embrasé de zèle au récit des travaux de nos missionnaires de Madagascar, il sollicita l'honneur d^aller les partager en qualité de catéchiste. Ce ne fut qu'après trois ans de mûre réflexion que saint Vincent, s'éiant décidé à Vy envoyer, fit demander au pape une dispense pour Télever au sacerdoce et écrivit à cette occasion à M. JoUy, alors supérieur à Rome. Etienne partit une première fois pour Madagascar en 1660. Il ne put y aborder et revint en France. Parti une seconde fois, eu mai i663, il y aborda à la fin de la même année. En 1664, il était d'abord empoisonné, puis assommé par le trop fameux Dian Manargue, dans un repas où l'hypocrite Malgache^ irrité d'ailleurs de quelques mauvais procédés du gouverneur à son égard, l'avait invité, après avoir refusé toutefois de tenir la promesse qu'il avait faite de recevoir le baptême.
vant, me dit : Quoi ! vous tremblez ? Oui, mon cher frère, celle dont vous venez de m'écrire a fait quasi le même effet en moi et je n'ose y arrêter ma pensée, lorsque j'ai dans l'esprit la pensée de notre indignité, sinon pour admirer la bonté de M. le prieur de Saint-Martin d'avoir jeté les yeux sur une petite compagnie naissante et chétivc comme la nôtre.
Une autre chose me donne encore beaucoup d'admiration et de reconnaissance ; c'est l'offre que vous faites de votre bien pour nous établir en ce lieu-là ; et ainsi vous dépouiller de tout pour la gloire de Dieu, c'est vous mettre en état, par ce dépouillement volontaire, d'être revêtu de l'esprit de Jésus- Christ, pour accomplir votre sanctification et procurer celle d'autrui. Je vous remercie très affectionnément, mon cher frère, de l'amour cordial et effectif que vous avez pour votre pauvre mère, ainsi qu'un enfant bien né, qui ne laisse pas de chérir celle qui l'a engendrée, quoique laide et chétive. Plaise à Dieu de faire la grâce à la Compagnie, à qui vous êtes, de vous élever, par son exemple et par ses pratiques, à un grand amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est notre père, notre mère et notre tout !
Revenons à l'affaire de M. Leferon. Je pense que nous ferons bien de la laisser là pour encore quelque temps, tant afin d'émousser la pointe de la nature, qui voudrait que les choses avantageuses fussent promptement exécutées, que pour nous mettre dans la pratique de la sainte indifférence, et donner lieu de Notre-Seigneur de nous manifester ses volontés, pendant que nous lui recommanderons la chose. S'il veut qu'elle se fasse, le retardement ne gâtera rien ; et moins il y aura du nôtre, plus il y aura du sien, etc.