‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 33 sur 294 · A M. MARTIN · texte numérisé non relu

A M. MARTIN

SUPÉRIEUR, A TURIN

1) lui parle da voyage que son frère vient de faire à Rome. — Il le félicite du succès de sa seconde mission. — Il l'engage h la douceur et patience envers ses confrères, qu*il doit forcer à étudier et à parler Titalien, pour se rendre propret aux missions.

Paris, 4 février i656.

Monsieur,

Dieu soit loué, Monsieur, de ce que vous avez plus tôt appris à Turin, que nous à Paris, le voyage de monsieur votre frère à Rome, voire même avant que vous ayez su la peine où nous étions de son absence, qui sans cela vous eût affligé davantage. Il est vrai qu'il eût mieux fait de ne pas quitter sa classe avant la fin de l'année, et de mettre quelque disposition dans les esprits et dans les affaires pour ce qu'il avait envie de faire, sans les suspendre comme il a fait; mais j'espère qu'il en résultera plus de gloire à Dieu et pour lui plus d'affermissement.

J'en prie sa divine bonté, à laquelle je ne puis assez rendre grâces de celles qu'elle verse sur votre seconde mission. Je les y rends néanmoins telles que je puis, avec grand sentiment de reconnaissance, d'autant plus qu'il est évident que Notre-Seigneur travaille avec vous, puisque, n'étant pas secouru de la part des hommes, vous ne pourriez faire ce que vous faites sans le doigt de Dieu, qui non seulement vous fortifie dans ce grand travail, mais qui touche les coeurs qui viennent à vous; plaise à sa miséricorde de les convertir entièrement à lui.

Vous ne devez pas vous étonner, Monsieur, de voir quelque tristesse en ces messieurs qui sont avec vous, et

encore moins en attribuer la cause à votre conduite ; car elle procède de ce qu'ils ne peuvent travailler à une si belle moisson ; elle provoque au désir, et le défaut de la langue empêche reflfet. C'est pourquoi cette tristesse se changera en joie à mesure qu'ils se verront en état de vous soulager et de partager avec vous la peine et le mérite. Cependant, Monsieur, il est à propos que vous les supportiez, et qu'en les supportant vous les animiez doucement à Tétude et au progrès du langage, et même les aidiez à s'y avancer, parlant toujours italien avec eux et les obligeant d'en parler, afin que, joignant Tusage à l'étude, ils y fassent plus de profit.

Je ne doute pas que les actes de patience et de support que vous pratiquerez en leur endroit n'attirent bénédiction sur eux aussi bien que sur vous-même, et que cette bénédiction ne les fasse arriver bientôt au point que sa providence les demande pour en tirer service. Votre conduite, qui est déjà bien bonne, grâce à Dieu, en deviendra plus suave et plus vigoureuse, et enfin l'œuvre du Seigneur se fera, comme elle se fait toujours, mieux par la douceur qu'autrement. Je vous prie. Monsieur, de la demander à Notre-Seigneur pour moi, qui suis, en son amour, etc.

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