‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 36 sur 294 · A SA MAJESTÉ LA REINE REGENTE · texte numérisé non relu

A SA MAJESTÉ LA REINE REGENTE

11 lui fait ses condoléances a l'occasion des troubles de PEtat. — II lui apprend lc> prières publiques ordonnées par l'assemblée du clergé, et la disposition des prélats de voter des subsides. — Il regrette que quelques missionnaires se soient attiré la disgrâce de la reine.

3 mars i656.

Madame,

Je ne me suis point donné l'honneur d'écrire à Votre Majesté depuis qu'il a plu à Dieu de lui faire part de la croix pesante dont il a chargé le Roi des rois, Notre-Seigneur Jésus-Christ, son Fils, pour ce que j'ai appris le parfait usage que Votre Majesté en fait, et que pour l'ordinaire la consolation des hommes renouvelle la douleur et ne l'adoucit pas; mais maintenant que j'apprends que le bon- Dieu a pris les armes pour Votre Majesté contre ses ennemis, ceux du roi et de son État, je n'ai pu m'empêcher de témoigner à Votre Majesté l'incomparable consolation que j'en ai, qui est certes des plus sensibles que j'en puisse recevoir en ce moment,

— estant pour l'intérêt de votre État que pour ce qui regarde celui de l'Église de Jésus-Christ, son épouse, qui souffre dans la personne de Votre Majesté ; et c'est ce que la plupart des gens de bien voient, et ils s'en affligent.

Nosseigneurs les prélats sont si touchés (tant de cela que de l'établissement de cinq cents prêtres qui se sont établis dans ce royaume) depuis la mort du feu roi, qu'ils ont ordonné en leur assemblée, qui se tient à Paris, de se mettre tous dans la pénitence pour demander à Dieu le remède à tant de maux dont l'Église est menacée. Ils jeûnèrent tous le vendredi et le samedi avant le mardi gras, et commencèrent l'oraison des quarante heures aux Augustins, où deux d'entre eux assistèrent alternativement, en la présence du saint sacrement, pendant les trois jours suivants, et y célébrèrent la sainte messe en même ordre; et trois d'entre eux prêchèrent aussi alternativement chacun son jour, et mirent ordre que leurs laquais fussent catéchisés pendant ce temps-là; et cela s'est fait avec tant de dévotion par mesdits seigneurs les prélats, que chacun a avoué n'avoir jamais rien vu de semblable, ni plus de modestie en la procession.

Tout cela. Madame, donne sujet d'espérer que Notre-Seigneur rétablira son épouse en sa première splendeur et Votre Majesté en son État. J'ai parlé à quantité d'entre eux de contribuer de secours temporel à cet effet, et ai trouvé la plupart dans ce sentiment et dans la résolution de le proposer à leur assemblée; nous verrons comme il plaira à Dieu d'en disposer. J'ose bien assurer Votre Majesté que je ne perdrai pas d'occasion d'y servir, tout chétif que je suis, et il n'y aura que mes péchés qui en empêchent l'effet.

J'ai eu grande affliaion du retour des missionnaires de Votre Majesté, dans l'appréhension que j'ai qu'ils aient donne sujet à Votre Majesté, de les renvoyer; et peu s'en est fallu que j'en aie renvoyé quelqu'un d'entre eux. Je remercie très

humblement Votre Majesté, Madame, de la bonté incomparable qu'elle continue à ceux qui sont restés de delà, et prie Notre-Seigneur qu'il soit sa récompense, et qu'il me fasse digne de mériter la grâce qu'elle me fait de me souffrir en la qualité de son très humble et très obéissant serviteur.

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