‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 37 sur 294 · A M. BLATIRON · texte numérisé non relu

A M. BLATIRON

SUPÉRIEUR, A GÊNES

li expose combien pea il faut compter sur les enfants qu*on élèverait, dans l'espoir

de préparer des vocations pour le séminaire interne.

3 mars i656.

Monsieur,

Le moyen que vous proposez pour peupler votre séminaire interne est bien long et bien hasardeux ; car les enfants que Ton prend avant qu'ils soient en âge de faire un choix de vie sont changeants : ils diront assez qu'ils veulent être missionnaires, et même se soumettront pour un temps, afin d'étudier; mais sont-ils capables de quelque chose, ils changent de langage, disent qu'ils n'ont pas de vocation et s'en vont. Combien en avons-nous de cette sorte ! Nous en avions naguère quinze ou seize, qui, après nous avoir bien fait de la dépense, s'en sont allés.

Feu Mgr le cardinal de Joyeuse a fondé un séminaire à Rouen pour y élever de jeunes clercs, afin d'en faire de bons ecclésiastiques pour le diocèse, mais à peine en voit-on un seul qui réussisse; car, quand ils ont bien étudié, les uns embrassent des professions séculières, et les autres qui se font prêtres, ne voulant pas s'assujettir à servir le diocèse, prennent parti ailleurs.

Les maisons de la Visitation tombent souvent dans quelque inconvénient semblable : elles prennent des petites filles en pension, et, les élevant dans l'esprit de la religion, donnent

l^habit à celles qui le demandent à seize ans ; mais presque toutes celles qui le prennent de cette sorte mènent par après une vie lâche et fainéante, parce qu'elles n'ont pas une vraie vocation, ayant été mises là par leurs parents et y étant demeurées par des respects humains. De même, Monsieur, y a-t-il raison de craindre que, quand même ces jeunes garçons voudraient persévérer dans notre Congrégation , ils ne seraient pas propres pour nos fonctions, et qu'ils donneraient sujet de les mettre dehors. C'est autre chose si l'on trouve dans les missions des enfants pieux et de bon esprit, et qui demandent à être de notre Compagnie; car de ceux-ci il semble qu'il serait bon de faire un essai, si l'on avait moyen de les nourrir sans rien payer. Néanmoins, je vois tant de raisons contre cela, que je doute fort s'il est expédient, etc.

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