‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 46 sur 294 · PRÊTRE OE LA MISSION, A NOT RE-D AMB-DE-LA-ROSE · texte numérisé non relu

PRÊTRE OE LA MISSION, A NOT RE-D AMB-DE-LA-ROSE

Il lui souhaite la persévérance et Texhorte à Thumilité.

7 mai i656.

Monsieur,

Quoique votre lettre du 1 7 avril ne semble avoir été faite que pour me demander des réponses aux précédentes, et que j'aie satisfait à cela il y a plus de quinze jours, je ne laisse pas de vous écrire en action de grâces à Dieu des bons sentiments qu'il vous donne, et pour vous dire que très volontiers je prie sa bonté qu'elle vous donne la persévérance en votre vocation et la grâce de le bien servir. La première dépend de la seconde, en sorte que si vous êtes bien fidèle à vos règles et à vos emplois, en quoi Dieu veut que vous le serviez, vous assurerez par ce moyen votre vocation par bonnes œuvres et y persévérerez jusqu'à la fin.

Je remercie particulièrement Notre-Seigneur du désir qu'il vous donne de votre perfection et du moyen qu'il vous inspire pour y parvenir, qui est de vous mettre au-dessous de tous vos frères. Vous ne ferez en cela que ce qu'il a pratiqué, et pour beaucoup que vous tendiez à l'abaissement et embrassiez l'abjection, vous n'approcherez jamais des humiliations qu'il a faites. Ne craignez pas d'en faire trop, ni de contrevenir, en imitant cet humble Sauveur, à l'esprit et à la façno d'agir de la Compagnie ; car si elle n'est pas tout à fait dans •cet usage, il ne s'ensuit pas qu'elle n'y doive pas être.

En certains lieux et en certaines occasions, il est loisible a chacun de garder son rang de prêtrise, d'ancienneté, de science, d'emplois; mais parmi nous. Monsieur, cela ne

s'observe pas : chacun passe et se place indiflféremment, comme il se trouve, tant à table qu'ailleurs. J'excepte les principaux officiers, qui représentent dans les familles la personne de Notre-Seigneur, et qui, en certains cas, doivent prendre la primauté.

Dieu vous fait une grâce bien grande, Monsieur, de ce que, dans la pente que vous avez à la vanité, il vous donne affection pour la vertu contraire : c'est signe qu'il veut vous la faire acquérir par l'exercice; et son Fils, Notre-Seigneur, pour vous y encourager, vous en a donné l'exemple dans tous les états et les actions de sa vie.

Saint Paul même vous en fournit un moyen quand il nous exhorte à considérer les autres comme nos supérieurs ; car en ce faisant vous les honorerez comme tels, et vous vous soumettrez au moindre, vous croyant plus petit que lui devant Dieu, pour l'amour duquel cela se doit faire, et à qui vous devez aussi recourir, lui demandant souvent et instamment cette sainte humilité. Elle consiste, comme vous le savez, à aimer le mépris : bienheureux est celui qui est parvenu à ce degré, car il a trouvé un trésor caché et une source de grâces qui ne tarira jamais, mais qui l'élèvera de la terre au ciel, et de sa condition misérable à un trône éternel de gloire. Demandez-lui, s'il vous plaît, pour moi et pour tant que nous sommes, cette vertu, comme je le ferai pour vous, à qui je suis, etc.

PRETRE DE LA MISSION, A SAINT-MEEN

Il Tencourage à supporter quelques tentations, et l'exhorte à la confiance en son

supérieur.

17 mai i656.

Monsieur,

La candeur avec laquelle vous m'avez exprimé vos peines est une grâce de Dieu, et je vous en souhaite une autre, qui

ta

est la patience ; votre abattement d'esprit ne durera pas : c'est un nuage épais qui passe. L'homme est comme le temps, qui n'est jamais en même état, et je veux croire que, depuis votre lettre écrite, vous en avez ressenti quelque allégement.

Si ces pensées fâcheuses viennent de l'esprit malin, vous ne voudriez pas adhérer à ce qu'il prétend, qui est de vous ennuyer au service de Dieu, et de priver les âmes des secours qu'elles reçoivent de votre présence de delà; et si ces peines viennent de Dieu, vous êtes trop à lui pour rejeter ce qu'il vous présente, et trop expérimenté dans les conduites de la grâce pour ne savoir pas qu'elle se trouve dans les tribulations. Les saints ont été exercés en diverses manières, et c'est par leur patience dans les difficultés et par leur persévérance dans les saintes entreprises qu'ils se sont rendus victorieux : vous le savez. Monsieur, et je sais aussi que vous ne voulez pas aller à Dieu par un autre chemin que le leur.

Si l'exercice du tribunal vous cause en partie le trouble que vous sentez, il ne faut pas pour cela cesser de réconcilier les âmes à Dieu ; la vôtre ne trouverait pas , par cette cessation, le repos qu'elle cherche, puisqu'il ne se rencontre que dans l'accomplissement delà volonté de Dieu,[qui vous est connue par Tobéissance,

Vous dites de plus que le désir de retourner en votre pays contribue à vous susciter cette inquiétude; je le crois bien. Monsieur, et c'est par où vous pouvez juger que ce désir ne vient pas de Dieu, parce que ses inspirations sont douces, attrayantes et presque imperceptibles, au lieu que les mouvements de la nature et les suggestions du diable troublent et violentent l'âme par leurs efforts ; aussi Notre-Seîgneur n'a garde de vous inspirer ce retour chez vos parents, après vous avoir tiré d'auprès d'eux pour le suivre.

Et partant, je vous prie de continuer à donner gloire à Dieu^ au lieu et en la manière que vous savez lui être agréable;

prenez-en la résolution dès maintenant et concevez plus de confiance que vous n'en avez en votre supérieur ' ; il est un bon missionnaire, sage et vertueux, qui ne veut que vous porter à Dieu et à votre propre avancement, en procurant celui du prochain ; mais, quand il serait encore meilleur, ce n'est pas tant pour sa bonté que vous le devez considérer, que parce qu'il vous représente Notre-Seigneur, et que Notre- Seigneur est en lui pour vous conduire, comme il est en la personne du pauvre pour recevoir l'aumône du riche; et ainsi. Monsieur, en vous ouvrant à lui, vous vous ouvrez à Dieu, et, faisant ce qu'il vous dira, vous ferez le bon plaisir de sa divine bonté, etc.

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