‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 54 sur 294 · A M. OZENNE · texte numérisé non relu

A M. OZENNE

SUPÉRIEUR, EN SILÉSIE

II lui fait part des inquiétudes que lui causent la maladie de M. Desdames et les dangers auxquels sont exposés les missionnaires enfermés dans Varsovie. — 11 se réjouit des progrès des armes du roi de Pologne.

Paris, 7 juillet i656.

Monsieur,

J'ai reçu votre lettre du 8 juin avant-hier, et trois ou quatre jours avant j'avais reçu celle de M. Duperroy, qui nous a fort affligés, nous apprenant la maladie dangereuse de M. Desdames; mais notre peine a été un peu allégée par votre dernière lettre, où vous dites que M. de Saint-Martin, chapelain du roi, qui a demeuré en votre maison de Sainte- Croix jusqu'à la fin de mai et qui écrit à M. de Fleury, ne lui touche rien du sieur Desdames, ce qui est une marque qu'il se porte mieux, ou du moins qu'il n'était pas plus

mal. Plaise à Dieu de conserver à la Compagnie ce sien serviteur.

Je l'ai recommandé aux prières de la Compagnie, et nous continuerons de l'offrir à Dieu au lieu de nous inquiéter de sa maladie, jusqu'à ce que nous soyons assurés qu'il en est quitte. Si vous avez occasion de lui écrire ou à M. Duperroy, témoignez-leur cela. Je ne puis le faire, à mon grand regret, à cause de l'accablement où je me trouve.

Je vous remercie de ce que vous avez pourvu à leurs besoins, et je rends grâces à Dieu et à cette digne mère, qui a donné ordre que rien ne leur manque, des excessives bontés qu'elle a pour vous. Je prie sa divine Majesté qu'elle soit sa récompense. Assurez-la, s'il vous plaît, de mes services et de ma reconnaissance, comme aussi de notre exactitude à rendre de deçà l'argent qu'elle vous aura fait fournir et à ces messieurs de Varsovie, au temps et aux personnes qu'elle nous ordonnera.

Je reviens à ces pauvres missionnaires qui, certes, me tiennent fort au cœur à l'occasion du siège de Varsovie; car, se trouvant enveloppés dans les incommodités et les accidents de la guerre, ils sont fort à plaindre et ne sont pas sans danger ; mais j'espère aussi que Dieu et le roi les protégeront, en sorte qu'il ne leur arrivera rien de ce que nous craignons. J'en prie sa divine bonté.

J'ai voulu vous parler par avance des sujets de notre douleur pour ne plus penser dans le reste de cette lettre que de la consolation que nous avons d'apprendre les progrès des armes du roi sur les ennemis de l'Église et de son État. Je ne puis, certes, vous exprimer les sentiments de joie et de reconnaissance que j'en ai en mon particulier, qui font que quasi sans cesse je bénis et fais remercier Dieu des bons sucr ces que vous me mandez. Je le prie aussi et le fais prier, afin qu'il ait agréable de prendre lui-même les armes et de com-

battre pour ce royaume-là, de conserver Leurs Majestés et d'achever d'accomplir leurs justes désirs. Les obligations que nous leur avons me sont si présentes et si fort à cœur, que je voudrais être un puissant roi pour les reconnaître ou assez bon prêtre pour les mériter. Plaise à Notre-Seigneur, Monsieur, d'être notre tout. Je suis, en son amour, etc.

P.'S. Ce qu'on vous a dit du désordre de Paris n'est pas véritable : cette ville jouit du bien de la paix, il y a quatre ans.

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