A M. MARTIN
SUPÉRIEUR, A TURIN
Il l'encourage à supporter une contradiction. — Il remercie Dieu des bénédictions données aux missions, et en demande la continuation pour celle de Lucerne. — Il lui promet du renfort. — Il lui donne des nouvelles de Pologne.
Paris, 7 juillet i656. •
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre du 24 juin ; vous aurez regardé du biais qu'il faut les plaintes qu'on a faites au parlement contre vous, prenant cette calomnie comme un contre-poids que Dieu a voulu donner au succès de vos missions ; car, en effet, sa sagesse a si bien ordonné les choses en ce monde, que les nuits suivent les jours, la tristesse la joie, et la contradiction les applaudissements, afin que notre esprit ne s'arrête qu'en Dieu seul, qui est au-dessus de ce changement.
Vous avez bien fait de faire entendre la vérité à ces messieurs, à qui on a dit que les missionnaires dissuadaient le peuple de payer les tailles ; et vous ferez encore mieux de ne parler jamais de ces choses. Notre-Seigneur n'a pas improuvé les tributs; au contraire, il s'y est lui-même soumis.
Il faut, tant que nous sommes, nous préparer à souffrir, tantôt d'une façon et tantôt d'une autre; autrement nous ne
serions pas les disciples de ce divin Maître, qui fut calomnié d'une accusation pareille à la vôtre, et qui a voulu commencer par là de vous exercer. Tenez à bénédiction d'être traite comme lui, et tâchez de suivre son exemple dans les vertus qu'il a pratiquées lorsqu'il a été maltraité.
Je remercie sa divine bonté, Monsieur, de la bénédiction qu'elle a donnée à toutes vos missions, particulièrement à la dernière : ce qui se doit attribuer plutôt à la bonne disposition du peuple, pour ne pas dire à la nouveauté de l'œuvre, qu'au mérite des ouvriers, quoique je sache que vos prières, votre zèle et la pureté de votre intention y contribuent notablement.
Ce qui me console fort est l'accommodement important que vous avez fait dans ce lieu, où la division régnait depuis si longtemps, qui avait causé tant de meurtres, et qui était comme une source infecte qui portait son venin dans le cœur de la plupart des habitants. Dieu veuille confirmer cet accord et perpétuer la paix et l'union que vous y avez laissées !
Je prie Notre-Seigneur qu'il vous donne son esprit avec amplitude, pour la mission que vous devez faire en la petite ville de Lucerne, et qu'il ait agréable de porter les hérétiques au désir de s'instruire et de se convertir. Oh ! Monsieur, que s'il plaisait à sa divine bonté de se servir de vous pour cela, que ce serait un grand bien, et que de bon cœur nous lui oflFrirons nos prières à cette intention !
Vous nous demandez deux hommes capables et exemplaires, l'un pour la nouvelle fondation de Mgr le marquis, qui vous donne quatre cents livres de rente pour l'entretien d'un prêtre, moyennant deux messes par jour, et l'autre à la place de M. Dheaume ; nous tâcherons de vous les envoyer au plus tôt que nous pourrons. Dieu aidant.
On nous dit que Dieu continue à bénir les armes du roi de Pologne contre les ennemis de l'Église et de son État, et qu'il
a assiégé Varsovie, où sont MM. Desdames et Duperroy. Nous sommes en très grande peine de leurs personnes ; car étant enveloppés dans les incommodités et les accidents de la guerre, ils ne sont pas sans dangers, ni sans souffrances. Mais ce qui nous afflige davantage est que ledit sieur Duperroy nous a mandé que dès le commencement de ce siège, M. Desdames tomba grièvement malade; sa lettre est du i5 mai, sans que depuis nous ayons pu savoir l'événement de cette maladie, non plus que celui du siège. Je recommande à vos prières ces bons missionnaires et ce pauvre royaume, comme aussi votre serviteur, etc.