‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 57 sur 294 · A M. MARTIN · texte numérisé non relu

A M. MARTIN

SUPéRIEURy A TURIN.

II rappelle que nous ne devons jamais parler contre les lois des princes. ~ Il le loue de sa prudence à l'égard d'autres religieux. — il enverra les missionnaires promis, quand les missions de Bourgogne et dé Picardie seront terminées. — On ne peut imposer à un missionnaire de dire tous les jours la messe pour une intention déterminée.

Paris, 14 juillet i656.

Monsieur,

Maintenant que vous êtes à Turin, je reçois de vos lettres plus souvent que lorsque vous êtes en mission. Celle du premier de ce mois m'apprend qu'on a traité dans le Sénat de vous chasser comme perturbateur du repos public ; mais comme c'est sur de faux rapports, Dieu a détourné cet orage. Nous ne devons jamais rien dire ni faire contre les lois et les impôts des princes; car ils croient, et avec sujet, que leur domination est de droit divin. Notre-Seigneur n'est pas allé contre cela; au contraire, comme il en fut soupçonné, pour montrer à ses accusateurs que c'était à tort, il leur demanda à voir une pièce de monnaie, et y trouvant l'image de César, il leur dit qu'il fallait rendre à César ce qui était à César; et il aima mieux faire un miracle que de manquer à payer le péage qu'on lui demanda, bien qu'il eût droit de s'en exempter. Je vous prie de bien faire entendre cette vérité à tous ceux qui travaillent avec vous, afin que rien ne leur échappe contre les ordres souverains. Je serais bien aise de savoir qui est celui qui s'est trop avancé, pour n'avoir pas voulu s'accommoder aux sentiments du reste de la Compagnie, pourvu que vous n'ayez pas obligation de me le taire, vous assurant du secret, si vous me le nommez.

La nouvelle proposition que vous a faite Mgr le marquis de Pianezze passe toute obligation, non seulement pour la bonté incomparable qu'il a de faire attention à l'avancement de la petite Compagnie, mais pour un si grand avantage qu'il a

intention de lui procurer; Dieu veuille nous rendre dignes de tant d'honneur qu'il nous fait. La réponse qu'il a reçue de vous, sur le sujet de ces bons pères, est fort sage et très conforme à l'esprit par lequel nous nous devons conduire, et quand vous y auriez pensé longtemps, vous n'auriez pu lui en faire une meilleure. Dieu nous veuille garder de jamais prétendre à nous établir sur les ruines d'autrui ; si pourtant il donne sujet d'être chassé d'un lieu, et que les puissances temporelles et spirituelles trouvent bon de nous mettre en sa place, sans que nous l'ayons recherché, c'est alors une vocation de Dieu à laquelle nous devons nous soumettre.

Si cette affaire va plus avant, vous m'en donnerez avis, s'il vous plaît. Le nôtre a été d'accepter la fondation de deux messes par jour, pour les quatre cents livres de rente que ce bon seigneur vous offre. Il me semble que je vous l'ai ainsi mandé ; mais il faut augmenter votre nombre en considération de cette fondation.

Nous n'avons pu envoyer le prêtre d'augmentation, ni celui que vous demandez à la place de M. Dheaume. Nous attendons le retour de notre monde qui travaille depuis trois mois en Bourgogne et en Normandie, parce que nous devons prendre ces deux ouvriers que vous demandez parmi ceux-là. Nous tâcherons de les accompagner d'un frère, et continuerons d'offrir à Dieu votre famille, votre personne et vos conduites, afin qu'il plaise à sa divine bonté d'en tirer sa gloire. Nous n'avons rien de nouveau que le retour de M. Berthe. Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

P.'S. Monseigneur entend-il qu'on vous envoie deux prêtres pour ces quatre cents livres pour les deux messes, ou bien qu'on envoie un autre prêtre, et que la communauté se charge de dire les deux messes indifféremment et qu'elle les fasse dire chaque jour ? D'envoyer deux prêtres, et que chacun se charge de dire tous les jours la messe pour cette même

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fin, nous trouverons difficulté d'en trouver qui s'en veuillent charger. Chacun a des dévotions particulières, pour eux, pour leurs parents et amis vivants et trépassés, qui auront peine de se priver du droit d'en dire quelques-unes à leur intention, et de leurs parents. Les RR. pères Jésuites sont fort circonspects à donner des messes à dire à leurs pères pour la raison que j'ai dite, et nous n'avons pas désiré vous en charger pour la même raison, si ce n'est au sujet des fondations qui se font, non plus que d'aller faire la mission en certains lieux de cinq en cinq ans, comme nous avons fait au commencement, parce que ces fondations-là occuperaient la Compagnie, en sorte que dans peu de temps l'on ne pourrait aller ailleurs où la nécessité plus grande nous presserait d'aller.

Je ne me ressouviens pas de quel nombre de messes vous êtes chargé pour votre fondation : je vous prie de me le mander, comme aussi l'intention de mondit seigneur, ainsi que votre sentiment avant de vous engager. Ce bon seigneur est tellement raisonnable qu'il ne voudrait pas vous obliger à quelque chose qui ne se puisse exécuter.

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