A M. DU PERROY
PRÊTRE DE LA MISSION, A VARSOVIE
Il lui fait part des craintes que lui ont causées la maladie de M. Desdames et les dangers du siège. — Il le remercie de son dévouement à fon confrère. — II lui annonce l'entrée de son frère au séminaire interne.
Paris, 21 juillet i656.
Monsieur,
J'ai reçu deux de vos lettres. La première nous fut comme un glaive de douleur, par la nouvelle de la maladie de M. Desdames; mais il a plu à Dieu que la même main qui nous avait blessés nous ait guéris par la seconde lettre, qui nous assure que ce cher malade se porte mieux : ce dont
nous avons remercié sa divine bonté, tous en général* et chacun en particulier, avec de grands sentiments ; car nous appréhendions fort que Dieu voulût affliger la Compagnie par la privation d'un si bon ouvrier.
Et comme vous avez beaucoup contribué au retour de sa santé par vos prières et par vos soins, vous avez aussi mérité de la même Compagnie qu'elle en ait du ressouvenir et de la reconnaissance, et qu'elle fasse état de Vous, comme d'un bon serviteur de Dieu, à qui nous continuerons de vous offrir, afin qu'il ait agréable de vous conserver, ainsi que ledit sieur Desdames, particulièrement dans les périls de la guerre où vous êtes.
Nous vous portions grande compassion devons savoir dans les alarmes et les dangers du dehors, pendant qu'au dedans vous combattiez pour le malade contre les assauts de la mort. Nous ne savons pas encore quelle aura été l'issue de ce siège, et nous serons toujours en crainte de vos personnes jusqu'aux premières nouvelles que nous attendons avec grand désir, priant Notre-Seigneur qu'elles soient bonnes, et que bientôt la réunion des parties dispersées se fasse, selon votre souhait, afin que, les forces de la famille étant par ce moyen ramassées, elle les puisse employer au service de Dieu et du public selon les premiers desseins.
Vous avez su comment nous avons reçu au séminaire M. votre frère, qui nous paraît un fort bon prêtre et qui a bien de l'affection pour vous. Il est un peu incommodé de la tète, et nous appréhendons que cela lui fasse penser qu'il n'est pas propre aux fonctions de la Compagnie. Nous l'avons envoyé à une mission où il s'est bien comporté, et je lui ai fait voir les lettres que vous m'avez écrites : ce qui l'a un peu encouragé. Je recommande sa personne et sa vocation à vos prières. Il est propre à bien réussir, s'il prend à cœur nos exercices et que sa santé soit bonne ; à quoi nous tâcherons
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de Taider le plus que nous pourrons, et nous éviterons même de luî donner sujet de s'ennuyer parmi nous et de s'en aller; en sorte que, s'il en vient jusque-là (ce qu'à Dieu ne plaise!), ce soit de son propre mouvement et non pas du nôtre, quand même il serait tout à fait infirme ; car il nous est cher à cause de vous et à cause de sa bonté. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous remplisse de plus en plus de la sienne.
Si M. Desdames n'est pas encore bien rétabli, je vous prie de ne rien épargner pour le remettre, et de ménager votre propre santé pour l'amour de Notre-Seigneur, en qui je suis, etc.
35o. — A LA SŒUR JEANNE LEPEINTRE,
FILLE DE LA CHARITÉ, A CHATEAUDUN
Il 'oae set bonnes dispositions, pais il lui reproche deux voyages faits sans permission.
23 juillet i656.
Ma sœur.
J'ai reçu deux ou trois de vos lettres sans vous avoir fait réponse, à cause des embarras que j'ai eus, qui m'en ont empêché. A présent que j'ai un peu plus de loisir, je vous dirai, ma sœur, que je vous regarde toujours du même esprit dont je vous ai regardée en Notre-Seigneur, depuis que vous êtes fille de la Charité, je veux dire avec estime et affection pour les grâces que Dieu a mises en vous à cause du bon usage que vous en faites, dont je remercie sa divine bonté, et je la prie qu'elle vous continue et augmente les mêmes grâces. Continuez de votre côté, ma sœur, à bien pratiquer les vertus pour aller croissant en l'amour et l'imitation de Notre- Seigneur; soyez-lui bien fidèle en vos exercices, faites en sorte de vous rendre de plus en plus agréable à ses yeux et aimable aux yeux des pauvres, puisque vous êtes comme leur mère; c'est ce que j'espère de sa bonté infinie, comme aussi
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que vous recevrez en bonne part les avis que je vais vous donner.
On m'a dit (et vous me l'avez mandé, ce me semble) que vous avez fait un voyage à Orléans pour le bien des pauvres, et un autre au lieu où M. de Franqueville est mort pour le solliciter en sa maladie. Cela est bon et louable de soi, mais qui ne devait pa? être fait par une personne qui s'est consacrée à Dieu sous une règle et sous une conduite, sans l'avis de ses supérieurs ; et peut-être, ma fille, que, si vous examinez bien, vous trouverez, ou quelque curiosité, ou quelque amourpropre dans ces voyages; pour le moins l'humilité vous doit faire estimer qu'il y en avait.
Le prétexte pourtant a été d'acheter du linge ou des meubles pour rhôpital, ou des drogues pour les malades, ou tout cela ensemble; mais un autre n'eût-il pas bien fait cela? Pensez-vous que MM. les administrateurs ne s'entendent pas aussi bien que vous en ces choses-là? ou si celui qui aurait été chargé de faire ces provisions avait eu besoin d'être aidé, n'eût-il pas trouvé un ami sur le lieu, comme ces messieurs n'en manquent pas, pour choisir et apprécier ces marchandises? Il n'en faut pas douter : comment ont-ils fait avant que vous y fussiez ?
Pour l'autre (qui est d'avoir été veiller et servir ce bon défunt pendant sa maladie), je veux croire que vous l'avez fait par reconnaissance des bons offices que vous avez reçus de lui; mais, outre qu'il vous les a rendus purement pour l'amour de Dieu, sans attendre aucune gratitude de votre part, il était si amateur du bon ordre, qu'il ne vous eût pas permis de le rompre en sa considération.
Si vous dites que l'on vous a obligée à ces voyages, je réponds que, pour M. de Franqueville, j'ai peine à croire qu'il Tait fait, et peut-être que, lorsqu'il vous vit, il vous pria de vous en retourner sans vous arrêter auprès de lui. Et
pour MM. les administrateurs, on m'a dit que c'était vous, ma sœur, qui vous étiez offerte à eux pour aller à Orléans; mais, quand ils vous auraient les premiers fait cette proposition, vous pouviez leur représenter qu'elle était contre vos pratiques, et que vous ne pouviez pas vous éloigner de Thôpital sans le consentement de Mademoiselle ou le mien.
Quoi qu'il en soit, vous avez fait ces deux sorties de votre mouvement, et avez contrevenu à l'usage de votre Compagnie où rien ne se fait de semblable. Nous sommes souvent pressés à Paris pour permettre que des sœurs aillent à d'autres malades que les pauvres, mais nous ne pouvons consentir à ce qu'elles les servent,, non pas même leurs confesseurs, tant parce qu'elles ne sont que pour ceux qui n'ont personne qui les assiste, que pour les inconvénients qui en pourraient arriver.
Vous voyez par là, ma sœur, la faute que vous avez faite d'aller çà et là sans permission, voire contre l'intention de vos supérieurs; et puisque vous avez abandonné votre troupeau, j'entends les sœurs et les malades que la Providence a commis à vos soins, humiliez-vous bien de cela, ma sœur, et demandez à Dieu la grâce de ne jamais quitter votre poste que par l'avis de ceux qui vous conduisent. J'espère que jamais plus il ne vous arrivera de faire autrement : j'en prie sa divine bonté.
Vous m'avez mandé que vous étiez en peine d'un confesseur : mandez-moi quels ecclésiastiques il y a dans la ville de plus grande probité, bon exemple et réputation, et que vous estimez être bien propres pour vous rendre ce bon office.
J'ai donné la lettre que vous avez écrite à M"° la duchesse d'Aiguillon, mais elle ne m'en a rien dit depuis : je ne m'en étonne pas, d'autant qu'elle fait tant d'autres aumônes dedans et dehors le royaume, qu'elle ne peut pas les étendre partout.
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Je vous prie, ma sœur, de nous recommander à nos bonnes sœurs et toutes ensemble à Notre-Seigneur, à qui je continuerai aussi de vous offrir, toutes en général et vous en particulier, comme étant, en son amour, ma sœur, votre, etc.
35 r. — A MA SŒUR N...,