FILLE DE LA CHARITÉ, A KIC ILE LIEU
Il lui donne des avis sur la nécessité de combattre les antipathies naturelles , et sur
la conduite à tenir à l'égard de fon directeur.
26 juillet i656.
Ma sœur.
J'ai reçu deux de vos lettres qui m'ont consolé pour être vos lettres, mais affligé, voyant d'un côté l'indisposition de votre sœur, et de l'autre la petite mésintelligence qui est entre vous et elle. Je prie sa divine bonté qu'elle remédie à Tune et à l'autre.
La dernière me met d'autant plus en peine qu'elle semble rompre la charité, dont l'un des principaux actes est le support, sans lequel il est difficile que deux personnes s'accommodent ensemble; et au contraire le support est le lien de l'amitié qui les unit de cœur, de sentiment et d'action, non seulement entre elles, mais en Notre-Seigneur, en sorte qu'elles jouissent d'une grande paix. Je sais bien qu'il y a des aversions naturelles dont on ne peut pas se défaire ; mais, au lieu que les gens du monde les suivent, les bons chrétiens, particulièrement les filles de la Charité, les doivent combattre et les surmonter avec la grâce de Dieu, qui ne manque jamais aux humbles : aussi la vertu d'humilité est-elle un bon remède à ces antipathies, parce qu'elle rend aimables ceux qui la pratiquent, et qu'elle fait estimer le prochain plus que soi. Je vous prie, ma sœur, de vous donner à Dieu pour faire attention à cela.
Je suis bien marri que M. de Beaumont ne vous donne
pas toute la satisfaction que vous désirez; il ne manque pas pourtant de bonne volonté, mais il n'a pas assez de temps pour vous donner celui qu'il faudrait, ou bien il estime que vous en voulez trop. Quoi qu'il en soit, je le prierai de vous entendre et de vous assister le plus qu'il pourra; mais je vous prie aussi de l'épargner, si ce n'est pour les choses nécessaires, ne faisant pas comme certaines personnes qui veulent toujours parler, et qui, sous prétexte de bien, se plaisent à raconter leurs vertus et leurs pratiques pour en recevoir quelque louange, et c'est orgueil; ou bien pour contenter l'amour-propre, elles disent tout ce qu'elle souffrent pour se faire plaindre; ou bien elles se font instruire pour apprendre, et non pas pour mieux vivre. Lors donc que, pour votre consolation ou avancement, vous aurez besoin des avis de votre directeur, recourez à lui avec confiance, ouvrez-lui votre cœur avec simplicité et sin«érité, mais courtement, avec désir d'en profiter et résolution de vous en tenir à ce qu'il vous dira : les filles de la Charité doivent peu dire et beaucoup faire. Au reste, ma sœur, M. de Beaumont a toutes les qualités requises pour cet office-là; il a beaucoup de science et de prudence, et il est un des plus expérimentés aux choses spirituelles que je connaisse en la Compagnie : assurez-vous-en.
Vous ferez bien d'aller une lieue à l'entour de Richelieu assister les malades, en étant requises, quoique non de la paroisse, et laisser même d'observer vos règles si cela vous en empêche, parce que le devoir de la charité est par-dessus toute règle, et que vous avez reçu cet ordre-là de la part de Mademoiselle. Vous pourrez prier ceux qui vous feront avertir, de vous envoyer un âne pour aller et venir, ou bien en emprunter un.
Je prie Notre-Seigneur qu'il bénisse votre personne et votre travail de plus en plus et ceux de votre compagne, que je
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salue cordialement, et je me recommande à ses prières et aux vôtres, ma sœur, etc.