A M. GET
SUPÉRIEUR, A MARSEILLE
Il lai annonce le départ de deux missionnaires qui lui porteront un des ouvrages qu'il a demandés, mais non pas l'autre, publié par Port- Royal, parce que Ton doit craindre que la doctrine n'en soit pas saine.
22 septembre i656.
Monsieur,
Nos frères Admirault ' et Asselinier * feront ce que vous désirez, qui est de voir M. de la Forcade à Lyon, et de prendre, en passant à Valence, les deux novices de Saint- Victor pour les mener avec eux. Je leur ai donné copie de l'article de votre lettre qui en parle, et ai consenti qu'ils vous portent les discours de M. Godeau sur le pontifical, mais non pas l'autre livre que vous demandez, de la fabrique de Port-Poyal, parce qu'à tous ceux qui sortent de cette boutique on dit qu'il y a toujours quelque chose à redire ; et comme il a plu à Dieu de tenir la Compagnie fort nette de cette doctrine, nous ne devons pas seulement tâcher de nous maintenir dans cette netteté, mais éviter, tant que nous pourrons, que les autres se laissent prendre par leurs, beaux discours et n'entrent dans leurs erreurs, surtout à
1. Claude Admirault, né à Chinon, diocèse de Tours, en i632; reçu à Paris le 20 septembre 1648, ordonné prêtre en décembre i656.
2. Jacques Asselinier, né à Dieppe le 10 mai i633; reçu à Richelieu le 19 novembre i655, ordonné prêtre en iG3g.
présent qu'il n'y a plus lieu de douter qu'ils n'en soient convaincus. Vous avez su la condamnation authentique de leurs cinq propositions par le Pape défunt, et la déclaration qui lui fut faite ensuite par les évêques de France, assemblés à Paris, contre lésdites propositions, qui se trouvent dans le livre de Jansénius et dans le même sens que Sa Sainteté les a condamnées. Vous avez pu savoir encore comme la Sorbonne a censuré quelques lettres que M. Arnaud a écrites depuis; mais vous ne savez peut-être pas. Monsieur, que tout recommence. Notre Saint- Père le Pape a non seulement censuré les mêmes lettres, mais tous les écrits que ledit sieur Arnaud envoya en Sorbonne, lorsqu'elle était assemblée contre lui. M. JoUy m'en a envoyé le décret, donné par l'avis d'une congrégation de cardinaux qui n'est pas celle de l'Inquisition, mais une autre établie à cet effet. Enfin, vous saurez que, tout récemment encore, l'assemblée générale du clergé de France a approuvé et confirmé tout ce qui a été déterminé contre ces nouvelles opinions, tant à Rome que par les évêques de France et la Sorbonne. Je vous dis tout ceci. Monsieur, afin que vous ne vous chargiez plus de faire venir des livres, pour qui que ce soit, d'une telle source, qui, n'étant pas nette, donne sujet de craindre qu'il y ait quelque danger à boire dans les ruisseaux qui en procèdent.