‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 75 sur 294 · A M. JOLLY · texte numérisé non relu

A M. JOLLY

SUPÉRIEUR, A ROME

Il dit U peine que lui cause la contagion qui règne en Italie. — Il développe les raisons pour lesquelles il défend que, sans ordre, les missionnaires s'exposent à la contagion. — 11 témoigne ses bonnes dispositions à l'égard de la Compagnie de Saint-Sulpice, mais il désire qu'elle ne prenne pas le nom des missionnaires.

27 octobre i656.

Monsieur,

A proportion que le mal public augmente, ma douleur va croissant, et elle m'est d'autant plus sensible que le collège de la Propagation est fermé par la crainte du danger, et que votre famille y est intéressée en la personne de M. Martinis qui est dedans; je pense pourtant qu'il n'y a aucun péril en cette maison close, puisque la maladie de ce garçon mort, qui a donné lieu à cette clôture, n'a pas été prise là dedans. Nous prions Dieu qu'il les ^conserve tous, particulièrement Mgr Massary et notre bon confrère, qui a eu le courage de s'enfermer et de s'exposer tout ensemble. C'est un effet de la grâce de Dieu, qui a voulu, par cette action pleine de charité, lui faire mériter d'autres bénédictions pour lui et pour la Compagnie.

Nous continuerons encore de prier incessamment pour toute l'Italie affligée de peste et d'appréhension, afin qu'il

plaise à Dieu de la délivrer bientôt de Tune et de .l'autre, ce qu'il y a sujet d'espérer qu'il fera, maintenant que les froids vont purifier l'air.

Ces grands personnages de l'Oratoire dont vous me parlez, qui se sont exposés au danger de la mort pour le salut des pestiférés, ont fort bien fait d'en user de la sorte, et Sa Sainteté a bien fait aussi de les retirer de ce péril. Nous devons louer ces actions héroïques, et non pas présumer d'en pouvoir faire de semblables; les jeunes enfants ne doivent pas entreprendre de faire ce que font les hommes forts; notre Compagnie est encore trop petite et trop faible pour imiter les autres corps de l'Église, qui sont comme des géants, et qui peuvent, sans s'incommoder, fournir plusieurs ouvriers, au lieu que nous ne saurions faire de même sans nous anéantir; nous devons nous contenter d'offrir à Dieu notre bonne volonté, nous estimant indignes d'en venir aux effets, jusqu'à ce qu'il nous soit ordonné de nous exposer actuellement; car alors il nous faut sacrifier par obéissance et mourir comme Notre- Seigneur, qui, pour le salut des hommes, a été obéissant jusqu'à la mort de la croix.

Vous êtes en peine, dites- vous, de connaître mon intention, parce que, vous ayant prié par une lettre de ne pas prévenir cet ordre-là, mais de l'attendre sans le demander, je vous ai écrit par une autre lettre de n'exposer point votre personne, et de là vous doutez si je consens que les autres s'exposent. Non, Monsieur, je n'ai point voulu dire qu'aucun s'exposât, sinon en la première manière, qui suppose une volonté déclarée de la part de notre Saint-Père le Pape ou de la Congrégation établie à cet effet; et en ce cas-ci, je vous ai voulu excepter particulièrement, afin qu'étant mandé d'envoyer des prêtres pour administrer les sacrements aux malades, vous ne prissiez pas cette commission pour vous, qui devez vous conserver pour la conduite et pour un plus grand bien.

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Mais quand je vous dis que personne des vôtres ne se doit tant avancer que de s'exposer sans un ordre exprès, je suppose une autre chose, qui est qu'il n'y ait point de nécessité, ne pouvant m'imaginer qu'à Rome, où il y a tant et tant d'autres prêtres et religieux, et de plus un si bon ordre pour l'assistance des malades de la ville et des champs, il ne se trouve assez d'autres ouvriers pour les lieux infectés.

Je ne sais pas si ce que M. N. vous a écrit de ces messieurs de Saint-Sulpice est véritable ou non; mais Dieu nous veuille garder d'empêcher qu'ils se lient avec d'autres, et qu'ils se fassent ériger en congrégation. Nous devons seulement souhaiter qu'ils prennent un nom qui les distingue d'avec nous et qui les fasse distinguer de tout le monde, afin que les fautes que nous ferons ne leur soient pas imputées, et qu'aussi on ne nous impose point celles qu'ils pourraient faire; nous ne devons point cependant nous persuader qu'ils en fassent, étant tels qu'ils sont maintenant; mais la prudence chrétienne et l'usage de l'Église, qui a donné divers noms à toutes les compagnies, requièrent que cette bonne coutume se continue, afin que la multiplicité ne soit pas une confusion, ni la ressemblance des parties de ce grand corps de l'Église un sujet de division entre elles. Il me suffit de vous dire cela ; car, au reste, je remets entièrement à votre prudence d'agir en ce rencontre tout ainsi que vous le trouverez expédient, etc.

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