II. — Il
souvent entreprendre des desseins qu'il n'inspire et ne bénit pas. Il sait ce qui nous est convenable, et il nous le donnera quand il sera temps, si, comme enfants pleins de confiance envers un si bon père, nous nous abandonnons à lui. Certes, si nous étions bien persuadés de notre inutilité, nous n'aurions garde de nous introduire dans la vigne d'autrui avant qu'on nous y appelle, ni de prendre le devant pour nous préférer à d'autres ouvriers que peut-être Dieu y a destinés.
Je vous envoie deux lettres : l'une pour Mgr Dom Antoine de Savoie, l'autre pour M. le doyen de Nouery, en reconnaissance de la protection que le premier vous accorde, et de la démission que l'autre a faite. Sur quoi je vous dirai, Monsieur, qu'il est à craindre que vous soyez allé un peu trop vite dans cette affaire du Sépulcre : au moins auriezvous bien fait d'attendre ma réponse avant de rien résoudre. Car, dans l'expérience que j'ai en fait d'unions, j'aurais pu vous faire prendre garde à certaines difficultés qui pourront traverser votre dessein ; mais il m'eût fallu mander en détail l'état de la chose, car je ne suis pas bien informé de la qualité de cette maison : de quel ordre elle est ? quel nombre de religieux il y a ? quel revenu et quelle charge ? si le prieuré est commendataire ou régulier ? si vous prétendez faire unir la mense des religieux avec les offices claustraux, ou seulement le titre et le revenu du prieur, en sorte que la communauté des religieux subsiste après l'union, comme elle est présentement ? s'il y a apparence que les mênies religieux y consentent ? et pourquoi vous dites que, l'affaire étant passée en cour de Rome, vous n'aurez pas besoin de leur consentement, puisque pour l'ordinaire il est nécessaire de l'avoir? Je vous prie de m'éclaircir de tout cela. Je suis, en Notre- Seigneur, etc.'
— i63 — 382. — A M. DUPERROY,
PRÊTRE DE LA MISSION^ A 'OPOLE
Il lui exprime la peine qu'il éprouve de son état, sa reconnaissance pour tous ceux qui l'ont soigné. — Il lui propose de rentrer en France^ si son état le permet. — Il lui donne des nouvelles d*un de ses frères.
Paris, i«î juin lôSy.
Il n'y a que huit jours que je vous ai écrit de ma propre main ; je le ferais toujours, si je le pouvais, pour vous exprimer mieux les sentiments de mon cœur, lequel est plein d'affection pour le vôtre et de douleur pour le mal que vous souffrez et le danger où vous êtes. Mais aussi je suis plein de reconnaissance envers la bonté de Dieu, de celle que la reine exerce «n votre endroit pour tâcher de vous guérir, et de la disposition que ceux qui vous pansent y trouvent. Son saint nom en soit béni ! et qu'il veuille bénir les remèdes et exaucer les prières que lui fait toute la Compagnie pour votre conservation. Je lui parle souvent des grâces que Dieu a mises en vous, et du bon usage que vous en faites, dans tous les états où vous vous trouvez, particulièrement dans celui de la souffrance, qui vous donne lieu d'exercer à présent une grande patience et une résignation spéciale aux ordres de Dieu : de quoi nous remercions sa divine bonté et nous la supplions de vous fortifier de plus en plus. Nous souhaiterions fort que vous fussiez ici; mais quel moyen que vous fassiez un si grand voyage, ayant le mal que vous avez, sans y périr, ou du moins sans vous incommoder davantage? Pour moi, je n'ose vous inviter à venir, voyant ce danger, ni je ne veux pas aussi vous en dissuader, ne sachant pas quel est le plus expédient ; je vous prie seulement de suivre les intentions de la reine, qui n'en peut avoir à votre égard que de justes et charitables, et les avis de M. Ozenne, qui ne vous conseillera rien qu'en la vue de Dieu et que les médecins et chirurgiens n'approuvent.
J'ai envoyé vos lettres à monsieur votre frère et à votre sœur. II s'en est retourné en son pays, il y a environ un mois. Nous l'avions envoyé à Montmirail, de son bon gré, à cause que l'air y est bon et que son mal avait besoin de divertissement. Il y a demeuré cinq ou six mois bien content ; mais comme.son indisposition ordinaire ne lui permettait d'appliquer son esprit ni à l'oraison ni aux exercices des missions, il s'est ennuyé et a demandé à se retirer. Il avait le soin de la procure. Comme il a l'àme bonne, j'espère que Dieu en aura soin. Je vous prie d'en avoir autant que vous pourrez de votre personne, que j'embrasse en esprit, et je suis, en Notre- Seigneur, etc.