‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 90 sur 294 · A M. DESDAMES · texte numérisé non relu

A M. DESDAMES

> PRÊTRE DE LA MISSION, A VARSOVIE

Il compatit à ses afflictions. — Il fait prier pour lui. — II bénit Dieu de la générosité

qu'il lui inspire.

Paris, 8 juin lôSy.

Monsieur,

. Il y a longtemps que je n'ai reçu de vos lettres, mais je n'en suis pas en peine, sachant les empêchements que vous avez pour écrire, et apprenant de vos nouvelles par M. Ozenne qui me mande tout ce qu'il en sait. Béni soit Dieu, Monsieur, de toutes ses conduites sur vous, qui sont extraordinaires, et de ce que les vôtres sont si bonnes, par sa miséricorde, qu'il n'y a personne qui n'en soit édifié. Je vous avoue que notre Compagnie l'est autant qu'elle le puisse être de la vie d'un vrai missionnaire, et, pour moi, j'en ai une consolation des plus sensibles que j'aie jamais eue. Vous pouvez penser de quel cœur nous remercions Dieu d'une telle grâce, et quels sont les sentiments d'estime et de tendresse que nous avons pour vous, en la vue de votre patience et de votre fidélité. Mais, d'un autre côté. Monsieur, Dieu sait l'affliction où

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nous sommes des agitations que vous souffrez, et en votre corps et en votre esprit, et en vos exercices et en vos paroissiens, par craintes, troubles, persécutions, outrages, travaux, pauvreté et compassion, qui vous pressent de toutes parts, et qui nous percent Tâme de douleur, autant de fois qu'on nous mande les dangers où vous êtes exposé, et que la charité de Dieu et le zèle d'un vigilant pasteur vous font supporter avec tant de courage et de fermeté. Plaise à l'infinie bonté de Dieu de se glorifier de la force et de la confiance qu'il vous donne en lui, de vous établir de plus en plus dans son esprit pour agir toujours selon ses opérations, de vous conduire de vertu en vertu pour vous faire enfin arriver à l'état de perfection où sa bonté vous appelle; comme aussi. Monsieur, de donner le calme à la pauvre Pologne agitée, et la première vigueur à rÉglise souffrante et languissante. Ce sont les prières que nous lui faisons incessamment et que nous continuerons de faire. Dieu aidant, tant que les choses seront en l'état présent.

Je vous prie, au nom de Notre-Seigneur, Monsieur, de veiller à votre propre conservation d'un soin particulier, de ne vous laisser manquer d'aucune chose nécessaire, de prendre de l'argent, si vous en trouvez, ou de quelque marchand, ou de quelque Français qui le veuille recevoir en France, où nous le rendrons; si vous n'en trouvez pas, recourez à M. Ozenne, qui en trouvera plus facilement, et qui a charge de nous de vous en fournir.

J'avais grande peine de vous savoir seul, aussi bien de voir M. Duperroy obligé de s'en éloigner pour un mal qui semble incurable ; néanmoins, je viens d'apprendre deux choses qui diminuent ma crainte : la première est qu'il y a quelque espérance que ce bon serviteur de Dieu guérira, et la seconde, que le séminariste qui vous avait quitté est revenu à vous, et qu'en effet il vous soulage dans le service de la paroisse , ce dont je rends grâces à Dieu.

J'espère, certes, que sa providence adorable pourvoira à tous vos besoins, et qu'il sera pendant toute Téternité votre grande récompense pour tous les services que vous lui rendez et les bons exemples que vous donnez à la Compagnie, laquelle je recommandé à vos prières et je m'y recommande moi-même. Elle va toujours son petit train ; nous n'avons rien de nouveau qui soit considérable, sinon que la peste est fort échauffée à Gênes, et que la ville a pris notre maison pour y mettre ceux qui seront suspects de cette maladie, et ordonne à nos gens de se loger ailleurs. Dieu veuille avoir pitié de nous I

Je suis, en son amour, etc. 5

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