A M. DESDAMES
PRÊTRE DE LA MISSION, A VARSOVIE
Il le félicite de la générosité qui lui fait braver tous les fléaux pour demeurer au milieu de ses paroissiens, donnant ainsi an bel exemple à la Compagnie. — Il dit ses inquiétudes sur la santé de M. Ûuperroy. — Il annonce la captivité du frère Barreau.
Paris, 21 juin i6by.
Monsieur,
Votre dernière lettre de Varsovie, d'environ Pâques, m'a plus consolé que je ne vous puis exprimer, ainsi que font toutes celles que vous m'écrivez, et aussi avec sujet, voyant la constance inébranlable que vous avez parmi tant de diverses afflictions que vous avez souffertes, et tant d'autres que l'état présent des choses vous donne sujet de craindre. O Monsieur, que d'épreuves il a plu à Dieu de faire tomber sur vous, par tous les fléaux dont Notre-Seîgneur vous a affligé, la guerre, la peste et la famine, qui ensemble n'ont pu ébranler la fidèle garde que vous aviez dû donner au troupeau que sa divine providence vous a commis : son saint nom en soit adoré et loué par toutes les créatures raisonnables et celles qui sont maintenant au ciel bien heureuses! Et
plaise à sa divine bonté vous continuer sa même protection 1 Nous vous offrons à cette bonté infinie de Notre-Seigneur, et le faisons prier incessamment pour vous : à quoi je trouve que je suis très disposé. Je ne puis vous dire, Monsieur, combien tout ce que vous faites et tout ce que vous souffrez édifie et anime les pauvres missionnaires au combat : il y en a quantité qui demandent qu'on les envoie en pays étranger.
Nous sommes en peine du bon M. Duperroy, votre cher confrère, et compagnon de vos travaux et de vos souffrances. M. Ozenne m'a mandé qu'on lui allait faire faire une diète. Oh! que nous prions Dieu de grand cœur qu'il bénisse ce remède ! '
J'embrasse ce bon monsieur que la providence de Dieu vous a amené. Je vous prie, Monsieur, de l'embrasser de ma part, et prie Notre-Seigneur de vous le conserver tel que vous me dites qu'il est.
Notre consul d'Alger a été mis en prison au sujet d'un marchand de Marseille qui a fait banqueroute en cette ville-là, et s'est sauvé avec un renégat et quelques esclaves ; et ce qu'il emporte monte à douze mille écus, pour le payement desquels les Turcs ont mis notre cher frère Barreau en prison.
Nous attendons des nouvelles de Madagascar et des îles Hébrides : nous vous en ferotis part quand nous en aurons.
Je finis cependant la présente avec toutes les tendresses d'affection dont un cœur plein d'affection peut être capable. Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.
P.'S. Je suis en peine par l'appréhension que j'ai qu'on voie vos lettres.
— i68 — 385. — A M. GET,
SUPéRIEUK, A MARSEILLE.
n lui dit la peine que lui cause la conduite tenue à Tégard des consuls de Tunis et d'Alger, et ses inquiétudes pour les messieurs Le Vacher. — Il envoie de Targent pour les forçats.
Paris, 22 juin lôSy.
- Monsieur,
Vous pouvez penser si les nouvelles que vous m'avez écrites nous affligent; je vous avoue que pour mon regard j'en suis sensiblement touché. Je prie Notre-Seigneur qu'il redonne la santé à M. Husson, et la liberté au consul d'Alger. Je veux croire que le dernier n'a pas souffert le bâton, comme on vous Ta dit, puisque M.' Constant, écrivant son emprisonnement, n'aurait pas oublié un traitement si rigoureux, s'il était vrai qu'il l'ait reçu; outre qu'il n'est pas vraisemblable qu'on voulût traiter de la sorte un consul qui n'est ni coupable, ni accusé de la fuite de Rappiot', mais qu'on veut seulement rendre responsable d'une de ses dettes, supposant qu'il s'y est obligé.
Je suis fort en peine aussi de MM. Le Vacher, aussi bien de celui de Tunis que de celui d'Alger, tant parce qu'ils sont eux-mêmes fort en peine des vexations extraordinaires dont les Turcs ont usé vers messieurs les consuls, leurs intimes confrères et confidents, que pour ne savoir pas si quelque suite de ces orages ne sera pas tombée sur ces bons prêtres. Je prie Notre-Seigneur qu'il soit leur protecteur et défenseur.
Tous ces accidents sont d'étranges tentations; il semble que par elles le diable s'efforce d'empêcher l'œuvre de Dieu en ces pays-là; et si Dieu, dans sa bonté infinie, n'y met quelque remède, je ne vois pas que nous en puissions trouver aucun dans les moyens humains : nous ne laisserons pas d'y en chercher, pendant que de votre côté vous vous informerez
I. Rappiot était un marchand de Marseille qui avait abusé de la confiance du consul et s^était enfui après avoir fait banqueroute.
de quelque voie par laquelle vous puissiez donner quelque consolation à nos confrères affligés.
Nous avons acquitté votre lettre de change de trois cents livres entre les mains de M. Noblet, apothicaire, et tâcherons de faire de même de l'autre lettre que vous devez tirer. Avez-vons retiré les huit cents piastres que vous dites avoir consignées au patron de la barque qui devait partir pour Alger, et qui a été arrêtée au port, de crainte qu'elle ne le fût par les Turcs? Je vous remercie des soins que vous prenez de M. Husson, pour le soulager en son indisposition et pour tâcher de le guérir : en quoi vous me consolez fort et je vous prie de continuer. Avez-vous fait le voyage de Toulon et satisfait MM. les aumôniers?
Les pères de la Merci ne manquent pas de volonté pour payer : le révérend Père provincial m'est venu trouver pour m'en assurer, mais ils disent qu'ils n'ont pas à présent de quoi le faire, et j'ai peine de les en presser. J'ai écrit à M. Huguier de donner onze Uvres au fils de M. Marbays, notre arpenteur, qui est forçat sur les galères. Je vous prie de les lui rendre, et suis, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.