I.1V1IE VII. ^LETTRE ^li^ÊÊÊÊÊÊh
leur œuvre d'écouter avec indulgence^ de. conseiller avec zèle le mari que réjpouse.
Us s'adresseront aux hommes, et les prenant à part en détournant leurs esprits de Tafifaire présente, ils les détermineront à purifier actuellement leur âme par une confession générale, à laquelle ceux-ci feront bien de se préparer par une courte retraite et par la méditation de .quelquesuns des sujets que l'on propose ordinairement durant la première semaine du mois d'exercice. Après que le prêtre notre Confrère aura donné ses soins à entendre l'homme dans la confession des péchés de sa vie, il l'amènera douœment à consentir que l'absolution sacramentelle lui soit différée de quelques jours : pendant ce temps le pénitent s'exercera par dé-^Motes méditations et par des œuvres de pénitence, et formera surtout de solides propos d'amendement pour l'avenir. Dans ces sentiments, et confirmé dans la résolution de s'adonner tout entier au service de Dieu, il se laissera sans peine amener à entendre les avis qui in-' téressent la paix intérieure du ménage ; la source du mal. étant une fois tarie, et les occasions de ressentiment s'étant évanouies, vous reconnaîtrez avec une vive satisfaction qu'en portant remède à une seule personne , vous en avez ?;uéri deux ensemble.
S'il vous arrive, ou à quelqu'un de nos Frères , de vous occuper de ces sortes d'affaires, et que la femme vous entretenant à part vous exprime sa vive inclination pour se consacrer au service de Dieu, en ajoutant que les empêchements invincibles à son pieux dessein sont la vie commune avec son mari, le naturel bizarre et vicieux de celui-ci, et ses moeurs déréglées : si elle a, dit-elle, des raisons légitimes de se séparer d'avec lui , telles qu'elle croit pouvoir les faire apprécier du magistrat , et en obtenir l'autorisation légale de vivre indépendante et libre d'elle-même. Toutes ces raisons et bien d'autres encore que ces personnes sont habiles à présenter , et ne manquent pas de faire valoir, ne doivent point vous toucher et vous faire approuver
318 LITBE TIL — USITEE piX-NEpVIË]||E.
ces désirs de séparation. Vous dçvez dj^meprer fermes et leur conseiller de rester avec leurs nuiris : pes ardeurs pour la Tîe ascétique sont molles dans le fppd et s'éyanouissent bientôt, chez un sexe inconstant, gui plus tard condamnerait et son desspii^ e|; votre f^qseU. Adniettez encore la constance dans le3 femmes; eu ce cas même , le danger pour le mari, et, ce qui est inévitable en des cas pareils, le scandale public, sont des maux trop sérieux pour laisser prévaloir sur eux un avantage de dévotion pour une àme isolée, ambitieuse de posséder au sein du mariage tous les avantages de Tétat de veuve. Enfin dans ces sortes d'affaires évitez soigneusement de blâmer le mari devant des tiers, lors même qu'il serait évident qu'il est seul à blâmer. Voyez-le dans le particulier, etpdbpr^z-le charitablenient à faire une confession générale : ^ l'occasion de cet acte, et d'après ses aveux mômes, faites-lui des représentations, mais avec amitié et de manière à lui faire comprendre que vous êtes affligé, dans son propre intérêt , du préjudice qu'il s'est fait à lui-même par sa propre faute, plutôt que vous n'êtes sensible aux accusations de sa femme irritée contre lui ; considérez en effet que vous devez éviter gur toutes choses de laisser apercevoir ou soupçonner au mari, que vous êtes plutôt en faveur de la femme et que vous entrez plus vivement dans les intérêts de celle-ci : une telle opinion serait décisive contre vous et ferait évanouir toute espérance de succès. Ainsi donc, quelle que soit la faute du mari, que jamais il n'en soit question entre vous et lui; lorsque yous l'aurez amené à vous en faire J'aveu de lui-même, vous pourrez, sans le blesser, condamner ce dont il s'accuse lui-même. Mais même alors il faut que votre jugement soit exempt de toute amertume. Censurez donc ce que le coupable confesse de lui-même avec repentir , afin de lui faire voir que vous entrez dans ses regrets, bien plutôt que vous n'êtes son juge irrité.
Que le tendre intérêt , que la charité que vous portez au pécheur se révèle en vos paroles et pur votre visage : tous
UTBE YIL — LETTBB DIX-NEUYIËIIE. S19
les hommes demandent d'être guéris avec de la doucQur; mi^ c'est surtput dans les Indes qu'on le vérifie. Ce peuple est pomme le veire : qu'on l'offense , même légèrement, il réagit vivement et se brise ; par des façons aimables on le flécidt, et on le dirige connue on lie 4ésire. Ici vous pouvez tout obtenir par la prière et par les manières affectueuses, et vous n'obtiendrez rien par la menace et par la Rigueur, Aussi je vous réitère cet avis , afin d'y attirer votre atteption et de vous faire vous en pénétrer. Si un mari et sa femme vous prennent pour arbitre, et plaident leur cause en votre présence, évitez de jamais donner publiquement aucun tort à rhonime , lors même C[ue les apparences seraient contre lui , ou de permettre que l'avocat ou le défenseur de la partie adverse le fassent en votre présence. Les esprits passionnés des femmes s'emparent avec ardeur des paroles de ce genre et en conçoivent une présomption effrénée; épiant sans cesse les occasions d'humilier leurs maris , si ^es présument que la justice est favorable h leur cause, elle s'inspirent de l'opinion qu'elles prêtent aux ministres de la religion, choisis par elles pour être leurs ai-bitres; elles en triomphent ouvertement, et se livrent avec une intempérance de langage sans mesure et sans arrêt à des plaintes, à des accusations contre leurs maris, à des apologies d'elles-mêmes, qu'elles multiplient jusqu'à l'infini; elles remplissent de leur verbiage frénétique les oreilles imprudentes des prêtres qui ont eu le malheur de leur donner audience.
Npn-seulement je ne suis point d'avis que l'on doive blâmer le mari en présence de la femme, mais je pense même que le prêtre doit paraître ne point ajouter foi aux défenses de 1^ femme qui racpnte les querelles de son intérieur, et qui, plaidant sa cause, essaie de faire entendre qu'on ne lui saurait imputer la plus légère faute. Ses récits seraient-ils parfaitement vraisemblables, et même seraientils vrais, il est essentiel qu'elle ne voie point son allégation admise par celui qui préside à la conciliation : on doit au
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contraire ravertir sérieusement du devoir suprême imposé à la femme , et qui consiste à honorer son mari et à tolérer son caractère. C'est la loi que Dieu lui-même a prescrite à toutes les femmes, et que souvent eUes transgressent sans s'en apercevoir, dans les mouvements divers de la colère ou des autres passions, dans la téméraire opinion de leur propre innocence, et par l'effet de leur indulgence excessive à l'égard d'elles-mêmes; elles donnent à leurs maris des raisons de s'irriter: tandis qu'elles leur devraient complaire, et qu'elles devraient se les concilier par leur patience, leur soumission et leur obéissance. C'est donc pour elles un devoir de justice que de s'accuser, même alors que leur conscience leur parait les absoudre. En même temps elles doivent multiplier leurs efforts, afin de pratiquer et de se rendre familières l'égalité d'âme, l'indulgence, l'obéissance, l'humilité : afin de vivre dans la soumission à leur époux, ainsi que les Épitres apostoliques en font un devoir aux femmes chrétiennes. Après s'être ainsi pleinement justifiés vis-à-vis des maris de tout soupçon de favoriser les femmes, nos Confrères éviteront d'offenser les femmes, auxquelles ils pourraient paraître suspects d'une injuste partialité en faveur des maris; il ne faut pas paraître ajouter foi aux accusations que ces derniers font entendre contre leurs femmes. Mais on doit obseiTer une juste balance, et ne faire pencher le poids d'aucune part; réserver, comme on le dit encore, une oreille pour l'accusé, ne condamner personne avant de l'avoir entendu , et apprécier toujours la défense en regard de l'accusation. C'est en administrant ainsi l'office de la justice, que non-seulement on évite d'offenser l'une des parties, ce qui pourrait compromettre l^jbonclusion de l'affaire, mais que l'on arrive le plus prèsJB|û vérité. En effetv^lltbs les différends de ce genre, ordinàîp^ent les deux parties ont tort, l'une davantage et l'autre moins : et la part qui esta faire à chacun dans là faute, doit obliger l-arbitre à réprimander tous les deux, et à n'absoudre enëêpement
l)ersonne; il doit donc n'accueillir qu'avec une réserve et une circonspection singulières Ips allf'galions et les justificdtions respectives. C'est une voie très-stinple pour arriver au but désiré, qui est la concilialion des parties , en même temps qu'on prévient d'une manière infaillible les plaintes et les longs discours des gens mn\ disposés.
Enfin, après avoir reconnu que tous les efforts sont demeurés inutiles, on devra reiiiojer, devant le seîf^neur évéque ou devant son vicaire, les parties que Ton desespère de pouvoii' amener à la conciliation^ Et en le faisant Ton doit éviter encore d'aigrir l'une des parties ou de lui faire entendre des paroles sévères ; car vous connaissez la faiblesse humaine, on est enclin naturellement à se répandre en reproches contre quiconque n'a point accordé ce qu'on rédamait comme un droit. Et si le médiateur malheureux* dans son entremise ne montre pas une prudence extrême, s'il laisse échapper quelques paroles vives, capables d'offenser les deux adversaires, ou l'un d'eux au moins, en les reprenant de leur espritcontentieux et de leur peu d'équité : il n'aura rien gagné,. 1^%^ n'est d'encourir la haine de celui qu'il aura censuré, eipeut-être le mépris des deux : à la vue d'un arbitre aus^ 4iteonsidéré, il doit leur paraître à tous deux qu'ils ont conÂnistiiie erreur en s'adressant à lui. Afin de ne point compromettre le fruit de vos peines, et de ne point perdre de plus les bonnes grâces de l'une des parties ou de toutes les deux, vous vous efforcerez de faire paraître une charité patiente, une prudence pleine de ménagements en ses moindres paroles, qui permette aux deux adversaires de s'éloigner de vous dans des dispositions modérées, et bienveillantes à votre égard.
Je vous conjur^.éK^paetjnanière générale d'être toujours recueillis en tofpltr^iuâmes, et de vous posséder toujours, dans vos tli^p^oMséf^ tous les hommes quels qu'ils soi^ N^!^li|^ vue que nous sommes donnés
m^ij^tJl^^lk- ce monde pervers, qu'à toute heure nous son^lfrés oloÊtiféÊ par les regard» assidus ot curieux do
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l'envie, et par une malice toujours inclinée yers de mauvais jugements , qui saura saisir avec empressement totite occasion de mal penser de nous et d'en mal parler. SouTeiiez-yoas <iae nous sommes tentés par notre propre instinct, et par les séductions du mauvais Esprit, notre adversaire infatigable et qui veille toujours : et demeurez convaincus, qtie de toutes les chutes causées par l'imprudence, la plus funeste est celle où le mal présent s'accroît, comme par l'effet d'une semence , de ce qui est à réparer dans l'avenir. Emportés, à ce qu'il nous paraît, par le zèle le plus pur de la gloire divine, par notre intention uniquement dirigée vers le bien, nous courons à notre ruine, sans tenir aucun compte de nos actes ou de nos paroles, pourvu que nous fassions avancer l'œuvre de la religion; et nous commettons des actes, nous proférons des paroles, dont nous éprouverons plus tard de la confusion et du regret ^ sous l'impression cuisante des maux immenses qui en seront résultés : ce qui devait être poUr nous l'objet de prévisions circonspectes, de précautions scrupuleuses, étant réalisé témérairement, nous produit de longs fruits d'un repentir inutile et tardif.
Appréhendez surtout de vous abandonner à celte colère^ qtle fait naît^e, en mille occasions, la vue de tant de crimes, et qui entraîne et perd ceux qui se livrent ù leur zèle, si dans cette pente ils ne posent un pas après l'autre, s'ils ne captivent leur langue ^ qui laisserait échapper des paroles amères , par le frein d'une modération pleine de douceur : sans cette modération, toute la vivacité des reproches s'exhalerait en une ardeur stérile. A-t-on jamais vu personne qui soit devenu meilleur par les discours agités d'un censeur plein de courroux? N'adressez jamais de reproches à ceux qu'il est nécessaire de corriger avec un calme parfait; qu'aucune irritatioil ne paraisse, dans les discours que vous avez médités pour la guërison de gens qui n'ont eux-mêmes failli que par un mouvement déréglé. Autrement vous donneriez l'exemple du mal plutôt que son
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remède. La plupart des hommes voient dans la colère une action coupable; ils ne pourraient jamais croire que la charité diyine allume seule le zèle des personnes consacrées à Dieu, qui se livrent à des emportements extrêmes envers les pécheurs; ils s'imaginent plutôt, croyant en posséder la preuve, que ces personnes ne diffèrent en rien des autres hommes, et qu'absolument pareilles aux créatures les plus inférieures, elles se livrent comme elles au flux et au reflux de leurs mouvements passionnés.
Avec les religieux des autres Ordres, et en général avec tous les prêtres qui , pour une cause quelconque , seront en différend avec vous, vous tous montrerez toujours pleins de déférence et d'humilité, donnant^ suivant le précepte de l'Apôtre, intervalle à la colère (1) et à l'agitation, s'il s'en élève quelque apparence en vous-même. Ceci n'est point seulement pour le cas où votre conscience vous ferait sentir ses reproches; mais pour le cas même où vous reconnaîtriez avec évidence que vous êtes innocents^ et que les torts sont chez vos adversaires. N'ambitionnez pas en ces occasions de plus grande vengeance contre ceux qui vous oppriment avec injustice, que de leur opposer un hmnble silence^ qui tait modestement la justification de son droit, lorsque vous avçz Compris que vos paroles ne seraient point entendues dé personnes égarée par les préjiigés et la colère. Vous recueillant alors au plus profond de votre àme , vous gémirez sur la condition de ces individus ^ qui fcourent à leur perte en violant toutes les lois du devoir et de la justice ; de ces malheureux^ sur qui Dieu tôt ou tard étendra sa vengeance , avec une rigueur plus terrible «t plus inexorable que Vous et qu'eux-mêmes ne l'auriez jamais t)résumé. Répandez dcniÉ? en présence' de Dieu vos continuelles prières en leur flireur , attendrissezvous sur leur infirmité, sur leur imprévoyance i surtotit préservez-vous avec un scrupule extrême de céder od
(1) Rom.j iii, 1».
324 LIVRE VII. — LKTTRE DIX-NEUVïfcME.
aucun cas à la douleur que vous éprouvez, de prévoir en votre esprit aucune vengeance à venir , de concevoir la pensée et le désir, même tacites, d'un mal que vous appelleriez sur eux , ou d'exprimer dans votre langage et dans vos paroles en présence du monde une opinion sur leur injustice, et à plus forte raison d'en renir à Aes actes, qui seraient de votre part une autre injustice.
Tous ces sentiments que la chair et le sang, c'est-à-dire l'instinct dépravé de notre nature , font naître dans les imparfaits, considérez-les comme devant être infiniment dangereux et funestes > si vous ne les bannissez à l'instant de ,^ votre âme. Soyez bien jp^uadé, et à cet égard ne conser- ' vez aucun doute , que Dieu répand avec profusion ses ' grâces et ses bienfaits les plus précieux sur ceux qui ont souffert, avec patience et pour son amour, les persécutions les plus graves, sans éprouver aucun désir de vengeance; sur ceux qui inimolent cette ardeur du sang, qui porte à rendre une inj ure reçue, à la suave charité de Dieu. Alors ce Dieu plein de miséricorde se sent, pour ainsi dire, obligé de compenser avec plénitude ce dont on s'est vu dépouillé par injustice; il comble d'honneurs et de biens, dans une mesure infiniment plus grande, ceux que la calomnie flétrit, ^ et q[aelaTioIence déMA|lle, sans que ces âmes paisibles et padflques se laissent Pouvoir par un sentiment passionné, si grandes que soient les indignités dont elles sont victimes. Aux auteurs mêmes de l'injustice , à ceux qui vous font éprouver une opposition injuste , qui troublent et ruinent vos pieuses entreprises, il sait infliger à son heure la confusion et la honte qu'ils ont méritées. Mais il retiendra toutes ses justices , si vous-même avancez 4a main pour prendre part à votre vengeance, ou si des mouvements hostiles et le sentiment de votre offense, si des paroles de plainte exhalées publiquement, si les actes qui sont en votre pouvoir, ont entrepris sur votre vengeance, et ont eu pour objet d'infliger une peine à vos persécuteurs. S'il arrivait, ce dont Dieu vous préserve l qu'il survint
entre vous et les autres religieux quelque différend, gardez-vous, sur toutes choses, d'entrer en discussion avec eux devant le gouverneur ou l'intendant des flnancML^ ou en la présence d'aucun séculier. On ne saurait concevoir à quel point, de voir et d'entendre des hommes consacrés à Dieu s'abandonner ainsi dans leurs paroles, scandalise les gens du monde. Que si ces religieux se sont élevés contre vous du haut de la chaire, ou vous ont diffamé dans :4es conyjeriations publiques, vous irez trouver le seigneur "é^'ôque, et vous le prierez, s'il le juge convenable, de les appeler devant lui, et après avoir entendu les deux parties en présence, de prononcer sçlon sa sagesse, afin d'apaiser le différend, et de faire ^ewgff^iUïBCi^âale funeste parmi le peuple. Vous direz ajst^txrdiat qae |aJe prie moi-même de vouloir bien donner ses soins àcâtè œuvre, et d'assoupir de bonne heure les attisions 46 ^i^^^ ^^^^^' ^^ crainte qu'elles ne soient évoquées piéfes magistrats séculiers,^ ^ et Surtout qu'elles ne se divulguent parmi le peuple, ce qui "^iai doit être évité plus que tout au monde. . ^ï^
Au surplus, je vous défends d'une manière absolue, alors même que ces religieux auraient déclamé le plus vivement contre vous en chaire, de faire entendre à votre tour du haut de la tribune sainte vos apologies et vos défenses, afin
l rétablir votre droit. Il doit vous suffli'e, ainsi que je is l'ai dit, de porter l'affaire devant l'évêque, et d'obtenir de lui qu'il veuille bien faire appeler vos adversaires et les entendre en votre présence , et qu'après avoir pris une connaissance approfondie du litige, il le termine de quelquemanière, et prévienne, par l'effet de sa sagesse et de son autorité, les scandales qui en pourraient naître et qui causeraient un mal infini parmi le peuple. A cet égard' vous devez considérer que l'honneur de la Compagnie ne consiste pas à défendre énergiquement notre droit devant le monde, à faire triompher notre cause par des arguments aigiljcjés des autres hommes, à recueillir les applaudissemelfe de notre auditoire, dans le temps et le lieu où ce n'est .
point nécessaire : nos affaires appartiennent au tribunal de Dieu : si Dieu réprouve nos actes, la faveur mensongère du monde ne saurait effacer la tache très-réelle qui les ternit au jugement divin.
Avant toutes choses, appliquez-vous à rendre votre ministère conforme à la raison divine, à n'agir que par l'inspiration de Dieu, à ne vous attribuer qu'une gloh^e légitime et approuvée de lui : or jamais Dieu ne saurait nous approuver de prolonger sans fin nos différends, ot de troublei» ainsi grièvement les esprits des hommes, lui qui commande aux siens de donner un intervalle à la colère, d'apaiser les esprits agités, de vivre dans le calme, d'être pacifique avec ceux-là même qui sont ermeniis de la paix (1).
Et non-seulement je vouifseecmmande instamment de vous conduire ainsi dans tûStes les circonstances , mais je vous le prescris et rordonnepar autorité; je le répète, vous ne plaiderez pas vous-même votre cause, si vives et si manifestes que soient les attaques , mais vous aurez recours au seigneur évêque, et vous solliciterez sa justice, le conjurant avec instance de ne pas hésiter à rétablir la paix, dans la terre où l'homme ennemi sème la discorde.
Enfin et surtout, je vous recommande à vous-même, ayez soin de vous rappeler toujours que vous êtes un membre de la Compagnie de Jésus. Que cette pensée vous inspir^^^ la conduite que vous devez tenir en toute occasion! Adièl^'
De Goa, le 15 avril 1552.
François.
LETTRE XX
Ail p. Gaspard Banée , reetepr 4w C9l|iéa;c dp Goa.
Afin que vous puissiez dignement accomplir, pour votre avantjage spirituel et pour celui des autres^ les fouctiQtt|de
(1) PS. CTO, 7.
gouvernement que je vous ai confiées, sur ce collée fijiçGpa et sur nos Confrères de ces contrées, j'ai cru devoir, dp moment d'entreprendre un lointain voy^gis, voi^s lais^pr par écrit ces recommandations, que je vous invite sipgi^" lièrepient à lire souvent en mon absence, et à conseirer toujours présentes à votre mémoire : en effet, je suis c&it^] vaincu qm ces avis vous seront un guide et un appui salutaires dans la conduite générale de votre administration, et vous dirigeront d'une manière avantageuse vers le but auqiMs) nous aspirons uniquement, qui est la plus gr^n^e glpire de Dieu.
Avant tout eÇorcez-vous de maintenir votre esprit profondément affermi (dans un abaissement sensible , en observant les préceptes que je vous ai déjà donnés ^ cet égard d'après votre demande : repassez-les par une méditation de tous )es jours, et insistez fprtement pour les faire pénétrer au fond de vous-même , afin de graver en votre pensée d'une manière ineffaçable, et Ips conseils qi^ je vous ai suggérés, et les inspirations que Dieu lui-même daignera vous eftvoyer, par un eiïet de sa miséricorde, au mijieu 4(3 vps propres méditations. Avec les Pères qui vivent avec f pus d^s cette résidence, ou qui, demeurant ailleurs, ilépendent néanmoins de votre autorité, agissez toujoms avec infiniment djB modération, d'aménité, d'indulgence: saos Sjévérité comme saps l^auteur, si ce n'est envers ceux qui abuseraient de votre mansuétude et de votre huipiliti^. Dans CQ dernier cas, en vup de leur inférêt même e|; npn pour conserver et sanctionner votre domination, et vepger Ip mépris de votre autorité., vous les punirez avec modéri^tion, pour leur faire sentir votre pouvoir, mais uniquemeqt dans la mesure indispepsable, afin qu'ils soient relevés d^ leur chute par la correction qui Jeur pst nécessaire, et que le «fcapdale de nos Frères, témoins de la faute, ^it effacé par le salutaire exemple de la répression.
Toutes les fautes contre l'obéissance, qu'auront commises le9 Pères ou les Frères, doivent êtr<B l'objet d'pne peine : à
32S LIVRE vu. —LETTRE VlNUTltMB.
cét40ftrd, le rang sacerdotal n'est point un titre d'exemption qui- flève celui qui l'occupe au-dessus du clerc ou du laïque, Sitjirelqu'un de ceux qui vous sont soumis agit à votre égard avec une apparence d'orgueil, et qu'enflé d'une vainc opinion de lui-même , il oppose à votre premier signe un air altier et un front arrogant , soyez rigoureux envers lui , et faites-lui sentir une impérieuse sévérité plutôt qu'une affectueuse douceur. N'hésitez point à lui imposer des peines publiques, si la faute se renouvelle tous les jours ; et de toute manière, ayez soin qu'il ne surprenne en vous aucune faiblesse, qu'il ne croie jamais vous avoir inspiré de la crainte, et ne suppose pas que vous laisserez impunis d'autres manquements, surtout envers l'autorité dont il dépend. Rien ne confirme autant dans leur audace, et n'encourage plus à la révolte les inférieurs indociles , que l'expérience qu'ils ont faite de la faiblesse de ceux qui les gouvernent ; les voient-ils hésitants et dans l'appréhension, craignant même d'imposer des peines aux sujets qui refusent à leurs supérieurs les respects et l'obéissance qui leur sont dus, ils s'enflent dans leur orgueil, et s'élèvent à un degré prodigieux d'audace : le succès de leurs actes les y confirme et les y fait persévérer : enfin c'est un progrès continuel et sans terme, un excès infini qui compromet la sécfttité de la Compagnie.
Vous devez donc accomplir très-exactement ce que je vous prescris, et ne vous laisser détourner, par aucune considération , comme par aucune crainte des jugements ou dés discours du monde , d'accomplir en entier votre devoir.
Parmi les inférieurs, on en voit qui ne sont point opiniâtres et rebelles, mais qui omettent, par faiblesse et par oubli, d'accomplh' les ordres des supérieurs, sans aucun mépris de ces ordres ; et souvent ils ne les négligent que par imprévoyance ou paresse. Vous devrez les rappeler avec indulgence à leur devoir, et tempérer l'austérité des avis, par un visage et des manières remplis de sérénité : et à titre d'expiation salutaire de leur faute, vous leur impose-
Rljg^ine légère. Si, dans les Frères laïques, vous en lîS'élèvent par une sorte crefFervescence vaniteuse s de leur condition, apportez une attention extrême à les rabaisser, et occupez-les aux plus humbles ministères de la maison ; en même temps, faites-leur paraître, aussi longtemps que cette opinion vaine vous semblera subsister en eux, un front sérieux et sévère, et pour ainsi dire dédaigneux. Cette froideur sera le remède à ces esprits enflés ; s'ils y sont sensibles , et commencent à s'apaiser, vous pourrez tempérer légèrement le dédain de votre front; enfin, s'ils sont revenus à la modestie de leur étatj vous adoucirez à l'instant même la sévérité de votre appa comme pour les féliciter ; afin que la comparaison ^ les principes et les effets, si opposés enti^e eux, leur fassent discerner où est leur devoir; qu'en même temps ils se désabusent d'une erreur funeste, qui fait que ces personnes se séduisant elles-mêmes, vont jusqu'à croire qu'elles sont nécessaires à la Compagnie. La Compagnie cependant n'a point besoin des superbes; et s'ils sont sages, ils reconnaîtront , au fond de leur âme , par la sévérité que le supérieur leur témoigne, qu'ils se sont portés au delà des bornes Intimes.
Ne consentez jamais, je vous le recommande, à admettre dans la Compagnie des sujets de faibles moyens, d'un étroit jugement, d'une médiocre mtelligence, d'un tempérament délicat y qui ne seraient en état de bien remplir aucun ministère; ou ceux que vous pourriez présumer s'être tournés vers la vie religieuse par ennui de leur pénurie domestique, plutôt que par le zèle du service de Dieu.
Ceux que vou5 ou le P. de Moralez aurez admis, je désire que vous seul les exerciez pendant l'espace d'un mois par les méditations ascétiques ; vous ne vous ferez remplacer en ce devoir par aucun de nos Frères. Pendant tout ce temps, vous les observerez avec une scrupuleuse attention, les étudiant avec persévérance jusqu'à ce que
330 UVBE vu.— LETTBË VINGTIÈIIE.
VOUS les connaissiez à fond. Après que les exera
terminés, vous appliquerez oes sujets à d'humï
res, par exemple, au soin des malades daos l^\
aux fonctions domestiques de la cuisine, ou à d'autjtoi'serr
vices inférieurs du même genre.
Pendant qu'ils pratiqueront les exercices, vous yous fipre? lendre, par eux-mêmes, un compte très-exact des efibrts qu'ils auront apportés à bien accomplir les méditations acr coutumées, suivant la méthode prescrite. Si vous avez reconnu par une expérience certaine qu'ils accomplissent ce ^riAGWoir avec mollesse et avec tiédeur, vous êtes libre de les tTOf er là d'où ils sont venus, et, dès cette heure, de soiilaia Compagnie d'un poids inutile; ou si vous ayez entrevu quelque espoir de les voir s'amender, vous les retîreree pour quelques jours de l'exercice des saintes méditations, les privant, en forme de punition, d'un privilège dont leur négligence les rendait indignes ; afin quB cette humiliation les rende confus, et leur fasse pjus vivement désirer de rentrer dans la lice avec leurs compagnons, et de fourni^ à leurs côtés la carrière imposée par la Règle.
A l'égard de la profession des Vioeux, vous observerez cette méthode. Vous prescrirez d'abord à tous les sujets que vous aurez admis à la probation, de ne prendre aucua engagement devant Dieu, avant de vous avoir ejqtosé leur dessein, et d'avoir obtenu votre assentiment : vpus aunoe soin de les bien pénétrer de cette obligation au commeor cément des Exercices. Ceux qui seront suffifianmient éprouvés, et qui devront émettre la profession solennelle des Vœux, auront à s'engager en termes pré€i^ à observer la Pauvreté, la Chasteté et l'Obéissance. Mais vous les avertirez à l'avance que cet engagement de leur part, et ce lien solennel des Vœux , ne les oblige que pour la durée du temps qu'ils demeureront en la Compagnie : que si, ce dont Dieu les préserve, ils en étaient exclus en raison de quelque faute, par le recteur, ou par celui qui aurait le pouvoir en la place du recteur, ils se verraient pour l'avenir pleine-
ment dégagés de toute obligation relative à ces Vœux.
La profession des Vœux doit être faite en votre présence, et ceux qui les prononcent doivent exprimer, d'après la formule écrite que vous leur aurez donnée, les paroles essentielles de J'oblation qu'ils font ainsi d'eux-mêmes. Vous leur prescrirez également, ainsi qu'il convient de le faire, les autres actes de la cérémonie, au rang desquels celni-ci doit être observé : Lorsque le prêtre célébrera le Saint-Sacriflce, et qu'il sera près d'administrer le Corps adorable de Jésus -Christ, les novices prononceront à haute Toli la formule des Vœux, et recevront immédiatement rasuite la très-sainte Eucharistie.
La condition, par laquelle l'obligation des Vœux dépend du séjour dans la Compagnie, est d'autant plus indispensaWa en ees pays des Indes , qu'il s'y trouve im nombre infiniment restreint de couvents des autres Ordres religieux, dans lesquels on puisse faire passer les sujets ayant fait la profession solennelle dans notre Ordre, et qui auraient paru n'y pouvoir être conservés. Afin donc de laisser à la Compagnie, dans toute son intégrité, la faculté de retrancher les membres qui lui seraient nuisibles, faculté sans laquelle elle ne saurait subsister, il est absolument essentiel de déclarer à ceux qui vont émettre les Vœux, que l'engagement qu'ils contractent en ces Vœux de Religion, doit être dissous dû plein droit par leur renvoi de la Compagnie en la forme régulière , en vertu de l'autorité de ses chefe.
Vous écrirez ih nos Confrères qui habitent les différentes places de ces contrées, pour défendre qu'aucun d'eux, enaucunerésidence, n'admette personne dans la Compagnie sans vous avoir consulté, et vous les avertirez que toute admission de ce genre sera sans valeur, parce qu'ils ne possèdent point le pouvoir légitime à cet effet; si des sujets se présentent à eux, qu'ils croient convenir à la Compagnie, ils devront vous écrire quels senties talents et les qualités qui rendent ces sujets capables de coopérer au service de Dieu
332 LIVRE VII.— LETTRE VING TlfeME. T^
dans Ja Compagnie. Lorsque vous aurez répondu, en faisant connaître que vous n'êtes pas éloigné d'inscrire ces sujets au nombre des Confrères, rien ne s'oppose à ce qu'on leur donne une espérance positive de voir leur désir accompli, et déjà même on peut vous les adresser à Goa, si vous l'avez ordonné ; ou si vous le préférez, vous prescrirez que dans l'endroit où ils sont, l'un de nos Frères, capable de ce ministère, les exercera durant un mois par les méditations ascétiques, et commencera dès lors à les initier aux épreuves de notre Institut; toutefois, en général, il me paraît préférable, s'il n'y existe pas d'empêchement invincible, qu'ils soient appelés dans ce collège : c'est à mes yeux la maison où ils pourront être examinés plus aisément et plus sûrement. Cependant, ainsi que je l'ai dit, je vous laisse en ce point maître d'agir selon votre opinion ; je sais que vous suivrez à cet égard, comme tocqours, selon la vérité et d'une manière absolue, ce que vous croirez conduire le plus directement au plus grand avantage du service de Dieu.
Vous recommanderez soigneusement à tous les supérieurs des maisons ou des résidences de la Compagnie qui existent dans ces contrées , soit de celles où nos Confrères sont chargés en premier rang du devoir de procurer le salut des âmes , parce qu'ils dirigent seuls des églises dépourvues de leurs pasteurs , soit de licJles où ils prêtent lem* assistance auxiliaire aux pr^treaiordinaires de l'endroit, vous aurez, dis-je, le solide; teor recommander d'écrire, chaque année, à notre bieAheaïeiix (1) P. Ignace, d'une manière scrupuleuse et avec -étendue, lui exposant en détail tout ce que Dieu daigne opérer de bien par leur ministère, dans les contrées et parmi les peuples où ils sont
(I) L'éditeur de Bologne, le P. Menchiaca, qui a traduit cette lettre sur l'original, fait remarquer ici que le mot portugais Benaventurado ne peut se rendre en latin que par liealm, et que c'est une preuve de plus que souvent le V. Xavier donnait à son vénéré P. Ignace, dès cette vie, le titre de Bienheureux ou de Saint.