LIVRE VII. — LETFftE VFÎ55fïlffC" o
employés. Mais qu'ils évitent snigm^sisf^njoitl do faire entrer dans ces récits rien qui puisse offenser aucune des personnes qui les pourront lire ; que nos Frères en retranchent la mention des fautes devenues irréparables, des faits dont la divulgation est sans utilité, dont la publicité serait un scandale; dont le récit enfin, qui n'est point motivé, peut exposer les lecteurs à une affliction inutfle, cl les auteurs des lettres au reproche légitime d'imprudence. Il doit suffire d'exprimer ce qu'il importe de connaître, et dont le récit est digne de mémoire : la propagation du royaume de Dieu , les victoires de la Grâce, les idolâtres convertis à la religion de J.-C., les criminelB arrachés à la fange de leurs désordres. On doit exprinie? te* espérances qui se font entrevoir d'un progrès sérieux .ÀpnÂïhain.
Nos Frères écriroàt d'autres lettres sur les mêmes sujets, conçues avec la même réserve, à tous les membres de la Compagnie en Europe, leur communiquant, pour la gloire divine et la consolation mutuelle des Confrères, les succès de leurs travaux : on évitera toute allusion offensante, toute plainte intempestive, toute révélation indiscrète de ce qui doit rester ignoré. Ces lettres peuvent être adressées, les unes à nos Confrères de Coïmbre, qui les feront passer dans toute l'Espagne ; les autres à nos Confrères de Rome, et aux autres Pères et Frères de la Compagnie dispersés en toutes les contrées de l'Europe.
Vous écrirez vous-même en particulier au recteur du collège de Coïmbre, touchant l'état et les fruits de votre collège de Goa, et vous lui donnerez les informations que vous croirejLjdevoh* lui être agréables : mais le style de votre correspondance ne sera point apprécié de lui seul : songez qu'un grand nombre de personnes de toutes les classes jugeront votre langage; car les nouvelles de ce genre sont lues avec avidité et se répandent au loin. Votre honneur et votre prudence sont intéressés à craindre et à prévenir les censures : et vous devez vous appliquer surtout i\ ce que la publicité donnée à ces récits, qui seront rédigés par
33& UfU VU. — LETTRE VINGTlftHE.
VOUS, des événements de Tlnde, satisfOMe la curiosité publique, non-seulement sans offenser personne, mais en procurant le bien spirituel des lecteurs.
Vous informerez spécialement notre bienheureux P. Ignace, dans une lettre écrite avec une attention extrême, de l'avantage immense qu'il y aurait pour l'extension de la gloire de Dieu dans ces contrées des Indes, et pour le progrès spirituel des âmes, à ce que notre Père obtint du souverain pontife des grâces spirituelles en faveur de nos Confrères de ces contrées, telles que des Indulgences plénières proposées à ceux qui se seraient approchés dignement des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. Il serait nécessaire que ces occasions offertes aux peoples de gagner ces précieuses Indulgences revinssent plusieurs fois dans Tannée, par exemple aux fêtes les plus solenûelleSj et qu'elles ne fussent pas limitées à un brief espace de temps pour tous les lieux à la fois. Gomme il n'existe ici qu'un petit nombre de prêtres, de ceux surtout qui sont capables de décider habilement les aifaircs de conscience^ un intervalle assez long est nécessaire au grand nombre des pénitents pour découvrit* tous les replis de leur âme et accomplir les satisfactions légitimes. Les Pères aussi doivent avoir le temps, après avoir fait profiter une ville ou une place des fruits sacramentaux de l'Indulgence pontificale , de se transporter ailleurs, afin d'y procurer le même bienfait aux fidèles.
Avertissez aussi notre Père de prendre soin, s'il est possible, que les concessions de ces grâces nous soient envoyées ici revêtues des formes de là chancellerie, avec les signatures requises et les sceaux pendants pour l'authenticité des diplômes : afin qu'on puisse les montrer, et convaincre les plus incrédules. Dans ces pays une infinité de personnes ont peine à se laisser convaincre, et à reconnaître pour avérées les grâces de cette nature, si ces grâces ne sont confirmées par les lémoigtiages et les garanties les plus incontestables. Il serait utile encore que les diplômes scellés exprimassent formellement que la volonté du sou-
U?U YIL— LETTBE VINGTIÈIIE. 335
yerain pontife est que Tusage et |le fruit de ces grâces s'étendent à tous les fidèles chrétiens de tout sexe, de tout âge et de toute eondition, colons, indigènes ou voyageurs, qui résidetit, par tel motif que ce soit, au delà du 6ap de Bonne-Espârance, et jusqu'aux extrémités de l'Orient.
Vous persuaderez plus aisément encore à notre P. Ignace de consentir à preddre ce soin, si, comme tous le pouvez faire en toute vérité, vous lui présentez une magnifltpie peinture des fruits spirituels que le Jubilé, qu'il nous a précédemment adressé de Rome, a produits ici^ et qui ont été si immenses et si merveilleux. Que si ce Jubilé restreint, ainsi que je l'ai dit, à un court espace de temps , et à des termes très-étroits, A néanmoins produit de si grands biens, vous concevrez sans peine quels plus grands avantages on est en droit d'espérer d'Indulgences plârdères, subsistant pendant un intervalle de plusieurs années, et revenant avec la solennité de certaines fêtes. Je Yot» conseillé de mettre en usage^ en cette circonstance» topte votre {Inissance de persuasion, de ne rien omettfe en fait de suprêmes efforts, afin que le P. Ignace croie devoir employer toute sa charité pour nous obtenir ces grâces; vous ajouterez que je m'unis à vds sollicitations de la manière la plus vive, et que j'estimerai comme un bienfait infini de sa part, s'il condescend à mes prières, et daîgne procurer à ces peuples une occasion aussi précieuse de bëfaëflces spirituels. Vous en écrirez également à M» Simon, ou au recteur du collège de Goimbre, pour les prier de traiter eux-mêmes cette affaire avec le roi , et de lui exposer les fruits immenses qui doivent naître infailliblement de la promulgation de ces Indulgences ; ils devront obtenir de S. M. , qu'elle seconde nos vues en écrivant à Rdtne, otl plutôt qu'elle mène l'entreprise à sa fin, par l'effet de l'autorité considérable dont elle joiiit, et de la faveur que lui accorde le pontife : sa majesté daignera faire remettre les diplômes qui seront obtisnus, ad. P. ftriacë, à l'adresse du collège de Goà Aèln Compagnie '^ Jésus, afin que la publication en ait lieu, selon le gré des Pères de ce
336 LIVRK VH. — LETTRE VINGTIÈME.
collégo. 11 on résultera que les peuples, attirés par les grâces qu'ils devront à ces Pères, et dont ceux-ci seront les ministres, les entoureront de plus d'égards et dé respects; et qu'ainsi les travaux de nos membres seront plus appréciés du monde, et deviendront plus profitables à la généralité des fidèles.
Ceux qui demanderont à être admis dans la Compagnie, quel que soit leur mérite, ne vous empressez point, je vous le recommande, de les accueillir dans un âge trop tendre. Surtout rejetez absolument ceux que vous saurez appartenir à Tune de ces classes auxquelles, en les désignant formellement, notre P. Ignace a entendu que l'entrée de notre Ordre fût à jamais interdite; Tune d'entre elles est, vous le savez, ceux qui tirent leur origine de la nation juive (1). Observez également de n'admettre personne, s'il n'est doué, dans un éminent degré, des facultés propres à l'un des ministères spéciaux à notre Institut. S'il arrive qu'ils soient tout à fait ignorants des lettres, quelque éminente que soit leur intelligence , je défends absolument qu'ils soient admis au rang des ouvriers spirituels. Que s'il se présente à vous une foule de sujets admissibles de plein droit, évitez cependant la trop grande abondance. Choisis-
(i) Il existe, aux termes' des Gonstilutions, cinq empêchements absolus à l'admission dans la Compagnie :
1" Être sorti du sein de l'Église, en reniant la foi pour aller dans les rangs des infidèles; en tombant dans une hérésie publiquement condamnée ; ou en se séparant du corps de l'Eglise pour adhérer à un schisme ;
2" Avoir commis un homicide, ou avoir, par des péchés énormes, contracté une tache d'infamie ;
{l 3« Avoir porté l'habit d'une autre relii^ion, ou vécu de la vie érémitique sous un habit religieux ;
4» Être dans le Uen du mariage, ou dans celui d'un esclavage légal ;
6» Être d'une faible intelligence.
Un décret de la 6* Congrégation générale exclut formellement les juîfs et les sarrasins.
Tous ces empêchements, quoique absolus, et ne pouvant être Icvé^ ni par le Général ni par la Compagnie, peuvent, dans des cas e\traof«MDaires, être levés par 1c souverain pontife, avec l'assentimont du Gëqinil de la Cornpagnie. ' '*; '
sez peu de sujets dans un plus grand nombï«i^;îy^lus dignes parmi les dignes , en raison Jl la i^iiÉté ms missions et des offices, tenant compte en i^mè temjps des cas possibles et contingents, de manière à rie point manquer de sujets pour en envoyer où le besoin l'exige, pour en substituer à ceux dont nous prive la maladie ou la mort ; mais à ne point surabonder en oisifs, inutile fardeau pour une maison.
Jamais absolument vous ne permettrez qu'aucun de nos Confrères soit élevé au sacerdoce, s'il n'est suffisamment instruit dans les lettres humaines, quoique TinnoT cence de sa vie vous soit parfaitement avérée par une expérience de plusieurs années : souvenez-vous que le P. Ignace Fa défendu de la manière la plus expresse. Or eût-il gardé le silence , la raison parlerait d'elle-même ; et le souvenir afO^eant des inconvénients très-graves qui sont venus pour nous de cette source devrait suffire pour nous en éloigner. Ne vous laissez point séduire par les espérances que l'ignorant vous fait concevoir qu'il doit être un parfait religieux: comme s'il pouvait, par sa sainteté, suppléer à la science qui M manque; d'ordinaire ces espérances se trouvent confondues par l'événement, les occasions font tomber un masque trompeur, et jusqu'à la fin Ton se montre tel que l'on est en réalité. Je désire aussi que vos yeux pénètrent avec la subtilité du lynx dans les secrètes profondeurs des esprits ; que vous ne vous laissiez pas séduire par quelques larmes répandues au milieu des prières , et par les gémissements exhalés du fond d'une poitrine pendant les méditations sacrées : attendez que des expériences certaines vous aient convaincu que les sujets commandent énergiquement aux inclinations dépravées de la nature, qu'ils font violence à la colère, à l'ambition, à Tendurci^iifiaenl de, là' volonté , qu'ils ont en horreur toute recherche de vaïné gloire , avant d'arrêter sur eux votre opinion et de leur décerner le mérite d'une sainteté parfaite à tous les égards, et, pour ainsi dire, consommée.