UVRE Y. — LETTRE ONZIÈME
par la grâce de Dieu, dans tontes ces résidences, ne travaillent pas inutilement à propager le règne de Jésus- Christ; ils vous parleront de nos Frères qui sont employés dans le Portugal; ils vous diront les fruits recueillis par tous. Cette assurance me dispense de la peine, qui n'est pas indifférente, de vous écrire longuement; nos Confrères, amplement informés de toutes ces affaires, vous en instruiront plus à Taise et plus complètement, de vive voix et dans la conversation familière.
Je vous parlerai de moi seul : j'ai mûri le dessein , — et j'y suis pleinement résolu, — de me rendre par mar au Japon. En effet, les autorités les plus dignes de fol m'ont convaincu que ses habitants étaient merveilleiuemeat disposés pour accueillir la prédication évangélique, et qjaCÛB ofiEraient à la doctrine sainte toute espérance de succès. ,; Nous partons au nombre de six,^trois Européens et trws ;^'^^ ces derniers sont?^.Abmmes d'une probité
'\stre et de parfaits chrétiens. .]|||jnft;i$té initiés à Goa dans la religion de J.-C, et ils'^^nt ajfris, dans le collège de Sainte-Foi, à lire nos caractères et à les tracer avec la plume. Chacun d'eux a consacré un mois tout entier aux méditations ascétiques, avec un fruit spirituel infini, et tous les jours ils ajoutent à la somme de leurs progjts. Tous les trois éprouvent un extrême désfr de retourner dans leur pays, afin de faire partager à leurs parents et à leurs amis le trésor qu'ils ont découvert, afin d'arracher leurs concitoyens à leurs vaines superstitions, et de les gagner à Jésus-Christ, qui seul èst la lumière et le salut du monde.
Plusieurs princes de cet empire ont, dit-on, la pensée d'envoyer des ambassadeurs au roi de Portugal, pour lui demander des prêtres chargés d'annoncer aux peuples indigènes la religion de Jésus-Christ
Nous nous dirigeons vers ces pays, animés de la confiance que notre voyage produira de grands fruits et que la toute -puissance de Dieu Notre-Seigneur secondera.
il& IIVRE y. —LETTRE ONZIÈME.
dans sa clémence, nos chétifs et misérables efforts. Après que j'aurai, par moi-même, vérifié les espérances qui pourront s'offrir; et si, lorsque j'aurai mis le pied sur ces lies, les dernières du monde, je reconnais avec évidence que l'on peut justement se promettre des fruits abondants de nos ministères, je vous y appellerai, et je vous ferai venir afin de mettre la main à la moisson qui m'aura paru la plus abondante : préparez donc vos âmes, excitez vos courages, et que rien ne vous empêche d'obéir, sans hésiter un instant , à la réception de mes lettres qui vons appelleront au Japon.
Le P. Alphonse se rend auprès de vous ; il fera sa résidence dans la citadelle des Moluques (1) ; il y prêchera pour les Portugais et leurs esclaves des deux: sexes, ainsi que pour les chrétiens indigènes de condition libre; il expliquera chaque jour la doctrine chrétienne, ainsi que j'avais coutume de le fah-e, 'lorsque j'étais en cette place ; et, une fois la semaine, il rétftiira les femmes des Portugais, pour leur exposer les articles du Symbole et les préceptes du Décalogue; en même temps, il leur donnera la méthode pour s'approcher avec fruit des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie.
I^passant dans mon souvenir les faits dont j'avais inoi-môme été le témoin, j'ai cru qu'il était avantageux que le P Alï)honse fît un séjour d'une année au moins dans la place de Temate; et pendant un plus long temps, si votre expérience présente vous le faisait juger nécessaire ; car son habileté et son zèle lui feront trouver en lui-même, après l'entier accomplissement des ministères qui regardent lè salut des âmes, assez de loisir, assez de ressources, et 11 recevra la grâce suffisante, pour faire avec succès toutes les affaires qui vous sont personnelles, et celles des chrétiens que vous dirigez dans les différentes résidences de ces Ues et de ce port. Il saura vous procurer, en temps qQK)itttD9 tout ce qoi vous est nécessaire, et, toutes les
fois qu'une occasion se présentera , il saura, pour le bieo ,^ de vos intérêts ou de ceux de vos amis, se rendre favorables le prince de Ternate, le gouverneur et le trésorier ;|^ portugais.
Manoël de Moralez et François Gonçalez (1), qui se readent également auprès de vous, demeurerai sous vos ordres. Vous devez vous féliciter dé les posséder,, ainsi qu'Alphonse : ces trois Pères sont doués de toutes les qualités, qui doiffent en faire espérer un puissant secours.
J'attends des lettres de votre part, qui m'annonceront qu'une moisson abondante est entrée par Yos soins dans les greniers de l'Église; plût à Dieu qu'elles m'apprissent que le fils du souverain s'est déjà fait chrétien, ainsi que je sais qu'il y était disposé (2) !
Mais que contiendront vos lettres, touchant les Iles du More? Entrevoit-on l'espérance d'en voir les habitants revenir à 4gs sentiments meilleurs et songer à rentrer e»^ grâce avec nous? Quant à vos populations des Moluques, je désire savoir si elles font paraître quelque attrait ou quelque disposition pour croire à l'Évangile qui leur est prêché. Si quelques heureuses nouvelles de ce genre vous étaient apportées des régions environnantes, je vous prie de ne pas me les laisser ignorer. Combien j'éprouverais de joie, si j'apprenais par vous que Macassar ouvre ses portes
(1) Nous ne trouTons dans les auteurs aucuns détails sur ces religieux, que le P. Xavier se \it obligé de renvoyer de la Compagnie , conune on le verra dans Ja lettre'iv* du IV* livre.
Un autre jMp^êl de Moralez vint aux Indes en 1551, et après de grands traTauTà'IkR^f à Ceylan et à Goa, mourut en 1553, sur la côte de la
(2) Turae^in« — Veuillez m'écrire souvent touchant vos affaires, les fruits spirituels recueillis par nos Confrères, les espérances pour la propagation de FÉvangile qui s'olïrent en ces places et à Macassar, ainsi que dans les autres îles voisines, afln qu'étant instruits de toutes choses, je détermine la vocation de chacun de vous ; car si je reconnais que la moisson doit être plus grande et plus abondante, je vous enverrai plus d'ouvriers; autrement, d'après la connaissance que j'aurai des divers pays, des Moluques et du Japon, je vous appellerai dans le champ où vos services me paraîtront pouvoir être employés avec le plus d'avantage.
à l'Évangile; que Tolo (1), que Célèbcs, ne paraissent pas éloignées de croire à la religion de Jésus-Christ! N'oubliez pas de me faire connaître, à l'égard du souverain des Moluques, comment il se conduit vis-à-vis des chrétiens; s'il est favorable, et à quel point il l'est, aux ministres de l'Évangile et aux affaires de la religion; n'omettez rien enfin de tous les détails qui pourront me faire apprécier dans quelle mesure les fruits répondent au labeur des ouvriers, et s'il est utile d'accroître le nombre de ceux-cgj)ar de nouveaux renforts.
Faites en sorte qu'à Rome notre P. Ignace, à Lisbonne le P. Simon Rodriguez, sachent par vous combien d'idolâtres, dans le champ que vous cultivez, se sont convertis à J.-C; si vos néophytes font de grands progrès; quelle constance ils font paraître dans les persécutions ; que nos Pères connaissent la fréquence de vos prédications, le nombre des sacrements administrés ; les conquêtes spirituelles des prêtres; l'assiduité, le zèle, qu'ils apportent dans leurs saints ministères; enfin, donnez toutes les nouvelles dont la connaissance en Europe doit porter à glorifier Dieu ceux qui les recevront.
Dans ces lettres, vous devez apporter un discernement et un choix dans les faits, qui passent sous silence tout ce qui peut atteindre indirectement les personnes, ou les offenser par une allusion téméraire; toute la substance et le style doivent être conformes à la gravité comme à la prudence ecclésiastiques : que vos récits soient de telle nature, qu'étant portés en Europe, ils puissent passer de main en main, et même être communiqués au public par la voie de l'impression : vous ne devez pas perdre de vue que les mémoires de ce genre, qui proviennent de pays si éloignés, sont
II) Célèbcs. — Du %o N. au 60 S. —Grande île, dont Macassar ctail l'une de? villes principales, séparée de Bornéo dans toute sa longueur par le détroll de MacQssar. Les Portugais furent en relation avec Célèbes dès Tannée
Jph. — P^G ^ Jlle de Célèbes, sur la iMile qui porte son nom.
curieusement recherchés et lus avidement en Espagne, en Italie et ailleurs; et nous devons, par là même, écrire avec plus d'attention et de réserve, les lettres que nous envoyons : eDes ne doivent pas seulement être remises dans les mains de nos amis, mais elles doivent passer en celles de personnes, souvent injustes, et souvent jalouses et malveillantes; il faut donc que ces lettres satisfassent tout le monde, si c'est en effet possible, et qu'elles portent chacun à rendre hommage à Dieu et à sa sainte Église : enfin elles ne doivent donner à personne aucune occasion légitime de blâme ou d'interprétation fâcheuse. Vous écrirez sur les mêmes sujets des lettres circulaires à tous nos frères des Indes, afin de leur communiquer les heureuses nouvelles des succès obtenus par vous, dans l'intérêt de la gloire divine.
Lorsque vous aurez l'occasion d'adresser une demande au seigneur gouverneur, ou au seigneur évêque, vous prierez, par une lettre particulière, le P. Antonio Gomez d'employer son entremise pour traiter l'affaire : vous vous adresserez au même Père, pour tout ce qui vous sera nécessaire pour la subsistance et l'habillement de nos Frères; car je lui ai donné l'ordre de vous aider en ces circonstances, et de faire venir directement ici, par le navire que l'on expédie tous les ans de Goa vers les Moluques, tous les objets nécessaires à votre existence et dont vous lui auriez fait connaître le besoin.
Vous aurez soin de m'apprendre tout ce qui regarde vos travaux, vos succès dans la prédication évangélique, votre discipline intérieure, les progrès que tous nos Confrères font dans la vertu, toutes les nouvelles enfin favorables ou défavorables; jamais vos lettres ne devront être sommaires et de simple formalité. Après les avoir écrites telles que je les demande, vous les cacheterez avec soin, et Vous les enverrez à l'adresse de François Pérez, à Malacca< J'ai don]Qé l'ordre à ce Père de profiter soigneusement des occasions des navires» qui affluent de toutes parts dans
118 LIVBE V. — LETTRE ONZIÈME.
cet entrepôt universel, et qui vont dans toutes les direcr tiens , afin de me transmettre avec sécurité les messages qiU sont nécessaires «ntre nous pour le gouvernement de la Compagnie.
Si quelqu'un des Confrères commettait volontairement l'une de ces fautes pour lesquelles il mériterait d'être exclus de la Compagnie, — et vous savez qu'au premier rang est le refus obstiné de l'obéissance, — vous lui commanderez, selon l'accord passé entre le seigneur évêque et moimême, et dont je vous ai fait part l'année dernière, vous lui commanderez, dis-je, en vertu de la sainte Obéissance, et sous peine d'excommunication, de 4e présenter sans retard devant le seigneur évêque , de qui seul désormais il devra dépendre, attendu quQ la Compagnie ne le reconnaît plus comme l'un des sfejoé. Signifiez clairement cette décision de ma part, et 6ei ij^j^n^^^ est donné, à
cb^eun de nos Frères qia $ûiâf ayjSb vous, afin que chacun ^^elle parfaitement à quel pôrîlson péché l'expose : que nul m a'abuse, et ne pense qu'il peut laisser s'affaiblir son zèle, tendre avec moins d'ardisur vers sa perfection, se montrer lent ou rebelle à obéir, et en même temps se croire assuré d'appartenir toujours à la Compagnie, r^^^
Que Dieu nous rassemble dans sa sainte glora; cai* en cette vie notre pèlerinage est si divers, qu'à mes yeux ce serait un prodige que de jamais nous retrouver (1),
Adieu; de Malacca, le 20 juin 1549.
Il me vient une crainte, en considérant le nombre et l'étendue de vos occupations, c'est que vous n'ayez point le temps nécessaire pour écrire les lettres dont j'ai parlé pour M* Ignace, W Simon, et tous les Confrères des Indes,
(I) Tursellin. ^ Je désire, d&né tous les cas, vous trouver préparé^ et pleins de zèle, afin que vous puissiez accourir à ma voix, avec la grâce de Dieu, cette grâce qui, je l'espère, nous réunira tous ensemble dans la divine patrie; car, dans cette vie, notre pèlerinage est si incertain et M divers, 4iie ]e ne sais si nous devons jamais nous revoir. Adieu. ^
UYRE Y. — LETTRE ONZIÈME. 1M
eu même temps que celles qui doivent être adrefisées k Goa pour tos intérêts propres : je vous donnerai donc irn moyen de vous épargner èette peine. Vous aurez auprAs de vous , à Ternate, notre Frère Alphonse; vous lui feres passer toutes les informations transmises par nos Frères , qi}i sont disséminés dans toutes les résidences des Moluques, si confus que soient ces récits, pourvu qu'ils expriment avec vérité et d'une manière exacte tous les événements, les œuvres accomplies par nos prêtres^ leurs efforts dans les divers ministèi'es et les &uit8 qu'ils en recueillent ; à quelles contradictions ils sont en butte, et de là part de qui ; l'étendue de leur patience, et les victoires dont ils se couronnent, avec l'assistance divine; enfin les qualités naturelles, les dispositions favorables des peuples et les espérances qui doivent en naître. De tous ces faits , Alphonse , qui unit à l'esprit de discernement le talent d'exprimer ses pensées, et gui possède, avec le style, la perfection de l'écriture, rédigera les lettres qui seront adi*essées en votre nom dans rBurope et aux Indes : le même expédiera toutes les affaires de votre maison, soit directement vis-à-vis du gouverneur de Ternate , soit à Goa, par l'entremise du P. Antonio Gomez ; VojH àtit'ei uniquement pour vôils le reste dti travail et ce dont vous ne pouvez donner la charge à aucun autre, c'est-à-dire le soin de m'écrire, — ce que j'exige absolument, et qui est très-nécessaire, — silr l'état intérieur, les prc^ès spirituels , les talents, les vertus ou les imperfections de chacun de nos Frères qui combattent sous vos ordres*
Ici Ton ia répandu le bruit que vdus aviez péri dans l'Ile du More; mais cette rumeur, on n'en sait pas l'origine t elle nous a parrfj%lijiiè , et nous n'y croyons point; nous espérons, avec lé^^és de Dieu Notre-Seigneur, que votrô vie se prolongera pendant de longues années , pour être employée à le servir; que si, contrairement à nos prévisions et à pos vcBUx, quelque malheur vous arrivait ou
liO LIVRE V. — LETTRE DOUZIÈME.
VOUS était arrivé, je veux que tous nos Frères, ceux qui déjà sont dans les Moluques, et ceux qui s'y rendront plus tard, obéissent au P. Alphonse: et à cet égard, voici le commandement dont j'ajoute ici les termes, et qui leur sera r^ulièrement notifié :
« Les PP. Ribeiro et Nicolas, si Joam de Beira était sprti « de cette vie , doivent obéir au P. Alphonse. Vous , Ma- « noël de Moralez, et François Gonçalez, qui êtes aux « Moluques, je vous commande, en vertu de la sainte « Obéissance, si la mort a enlevé Joam de Beira, derecon- « naître pour supérieur Alphonse de Castro et de lui être « soumifli Mais si , ce que je crois plus vraisemblable et « ce que je désire, Joam de Beira est encore vivant, c'est à ce lui, comme à votre légitime supérieur, que je veux et je « commande que tous deux vous obéissiez , sur le plus u l^er signe de sa part. »
François.
LETTRE XIL
An P. Slmoii Rodrlsuem^ de la Compagnie ito ëémtm»
Que la grâce, etc.
Ne soyez point surpris si je vous écris souvent; mais d'une part , un nombre infini de personnes partent d'ici pour aller où vous êtes, et me demandent des lettres pour vous les porter; et, d'une autre part, je saisis avec empressement toutes les occasions de m'entretenir avec vous : j'ai la consolation de penser que les lettres que je vous écris, avec un fruit infini pour monftme, doivent être lues de vous avec quelque satisfaction/en raison de votre amour tout fraternel envers moi.
Les porteurs de cette lettre sont deux hommes sages et vertueux; d'excellents chrétiens» habitants de Malacca, où
UVBEV. — LETTRE DOUZIÈME. 121
ils ont leur établissement et leur famille. Le motif de leur voyage est de s'acquitter de certaines visites et de certains hommages qui leur sont commandés par le devoir. Us vous donneront des nouvelles très-authentiques touchant la ville de Malacca , nos travaux dans cette place et les fruits qui en sont résultés, toutes choses dont ils sont parfaitement instruits, en ayant été les témoins.
Ds vous portent encore une lettre du P. François Pérez, dans laquelle celui-ci vous donne, ainsi que je le pense, car il me l'a promis, des détails étendus et circonstanciés sur les succès qui sont résultés dans ces contrées des œuvres spéciales à notre Compagnie; ils ne vous laisseront rien ignorer de ce qui regarde les affaires de la Chine et du Japon : depuis longtemps, en effet , ils habitent Malacca, qui se trouve être le plus directement en relations avec ces empires et leurs habitants, et où l'on en connaît le mieux les caractères et les coutumes. Tous mes amis et tous les gens qui me connaissent me témoignent une vive surprise, de ce que je me livre aux hasards d'une navigation lointaine et très-périlleuse; mais je suis plus surpris encore de la faiblesse de leur foi. Notre Dieu tient en sa main, et sous sa puissance, les ouragans de la mer de Chine et de celle du Japon, et d'un commun aveu, ce sont les tempêtes les plus formidables qui soient au monde (1). Tous les vents sont de même en sa puissance, ainsi que les écaeils, les récifs et les passes dangereuses qui sont innombrables en ces parages, et qui recèlent dans leur sein mille hasards funestes. A son empire sont soumis les pirates, dont
(1) Les typhons [taï fong, vent Yiolenl} des mers de la Chine peuvent survenir, et surviennent ordinairement une ou deux fois pendant chaque saison d'été, ùb» ouragans terribles, où le vent décrit une révoluUon des trois quart[|^Q{|dron du compas, avec une puissance de dix lieues, — quelquefois de trente et quarante, — à l'heure, enlèvent et anéantissent la plupart des vaisseaux qu'ils rencontrent. Tous les ans il périt, par ce fléau naturel, un nombre inflni de créatures humaines : d Macao, en 1848, après on typhon , les débris de cent barques de pécheurs et deux ou trois cents cadavres ]0Dchideat le rivage du port intéileur.
on dit qu'il existe un nombre infini^ et qui sont d'une férocité sans exemple ; on sait que d'ordinaire ils font périr^ dans d'inouïs supplices, leurs prisonniers, surtout les Portugais. Mais comme Dieu Notre-Seigneur a sous son empire tous ces instruments de mal ^ je ne crains riei) d'aucun d'entre eux : je ne crains que Dieu seul ; je crains ma négligence à le servir, qui peut me rendre, par ma propre faute , inutile et de tous points incapable de travailler à dilater son empire et la connaissance de son Fils Jésus- Christ parmi les nations qui l'ignorent ; je crains l'effet d'un juste châtiment que Notre-Seigneur exercerait envers moi. En dehors de cette crainte, toutes les autres frayeurs, tous les périls, toutes les épreuves dont mes amis s'efforcent à Tenvi de m'épouvanter, ne me sont rien, et je m'en ris avec assurance : au sein de mon âme la seule crainte de Dieu fait évanouir toutes les terreurs provenant des créatures; je sais qu'elles n'ont le pouvoir de nuire qu'à ceux-là seuls,— encore c'est dans une mesure déterminée par Dieu, — à qui Dieu , le souverain Maître, a donné la puissance de nuire.
Je reviens à cette heure aux Portugais dont je vous ai parlé, et je vous prie^ au nona de tout votre amour et de tout votre zèle envers Dieu Notre-Seigneur, de les accueillir avec charité durant le peu de jours qu'ils doivent demeurer à Lisbonne ; de leur procurer une habitation commode ; de les assister en toutes choses, selon vos moyens, et suivant le besoin qu'ils en éprouveront. Et après que vous en aures entendu tous les détails qu'ils vous donneront sur les Indes, et que vous nous les renverrez, ayant terminé leurs affaires en Portugal, vous leur remettrez pour nous des lettres trèsétendues, qui nous feront connaître ce qui nous intéresse, au sujet de tous les Pères et Frères de notre JÉ(tapagnie , qui sont en Italie, en France , en Belgique , enffllemagne , en Espagne et en Aragon, et particulièrement sur ce collège à jamais béni de Coïmbre, qui m'est infiniment cher. Vous ferez bien d'adresser vos lettres à nos Confrères
« "sKPniB y* -^LBTTft£ TREIZIÈME. 123
de Malaeca. ^I«es /priginaux qui leur seront remis par les deiix haU^ajits de Malacca , de retour dans leur ville , seront conservés à Malacca ; des copi|3$ p6w en seront adressées de ce port, d'où chaque annëi;^^;j||^wd nombre de navires se rend en Chine et au Japon , ps^ une infinité de voies différentes ; et Tune au moins de ces voies nous les fera parvenir avec sécurité.
Que Dieu Notre-Seigneur nous rassemble un jour dans la sainte gloire de son Paradis ! Amen.
Malacca, 21 juin 1549.
Votre Frèrfi très-affectionné et dévoué en Jësus-Ghrist.
' . ''ftlAKÇOIS.
LETTRE XIII
Aux PP. Paul de Gamerlno et Antonio GomeZ) de la Compagnie de Jésus ) ik Goa.
Que la grâce et la paix de N.-^ JT.-C. habitent toujours en nos âmes ! Amen. I^,^
A mon arrivée à Malacca^ j'ai été pénétré d'une admiration que je ne saurais vous exprimer, à la vue de la mois^ son infinie que recueillait dans cette cité, comme dans un domaine d'une fertilité prodigieuse, et que rassemblait dans les greniers de Jésus-Christ, au prix de ses sueurs et d'un lële infini, un seul ouvrier évangélique, le P. François Pérez. Tous les jours de dimanches et de fêtes, il prêché le matin pour les Portugais, dans la prmcipale église de la Yille ; et le soir , il expose avec soin les articles du sacré Symbole aux enfants encore ignorants et aux esclaves des deux sexes. Une fois la semaine, dans l'église consacrée à Notre-Dame , la très-sainte Mère de Dieu, il rassemble en un nombreux auditoire les épouses des Portugais et des
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chrétiens indigènes , et leur fait entendre une instruction en rapport avec leur intelligence et leur état. Dr plus, tous les jours sans jamais y manquer, il enseigne dans l'église de la Confrérie de la Miséricorde, et il fait apprendre, avec un travail infini, les éléments de la doctrine chrétienne à un nombre considérable d'enfants.
En outre de ces occupations, qui suffiraient à remplir avec surabondance la vie d'un homme, il entend seul les confessions d'un nombre immense de pénitents.
Il n'est point ici comme un ouvrier oisif et inutile de la vigne du Seigneur; et nous sommes témoins de son ardeur continuelle et infatigable, qui ne lui permet pas de s'accorder le temps nécessaire pour prendre sa réfection et goûter le sommeil. J'espère en vérité qu'il n'entendra pas le Seigneur lui adresser ce reproche de la parabole sacrée : Pourquoi demeurez-vous ici tout le jour sans nen faire (1)? En effet, à aucune heure du jour ou de la nuit, on ne le trouve sans s'occuper à l'œuvre de retirer les âmes de la fange du péché, et de les encourager à sei'vir fidèlement Dieu Notre-Seigneur, qui les a créées. Lorsqu'il parle en chah-e , il se fait un si prodigieux concours , que les églises les plus vastes ne peuvent contenir l'assemblée. Le même religieux, dans \e& entretiens familiers, est d'une douceur et d'une affabilité rares; dès l'abord il attire tous ceux qui s'adressent à lui ; il se rend singulièrement agréable à tout le monde, aux grands ainsi qu'aux petits; il fait les délices dé tous, du gouverneur et de la ville entière ; son insatiable ardeur pour gagner les âmes à J.-C. le fait regarder universellement comme un homme apostolique et singulièrement aimé de Dieu. Je vous l'avouerai, mes Frères, à cette pensée j'ai rougi de moi même : et me représentant les dépouilles opimes , dont un seul homme, si délicat de corps, et dans une langueur continuelle, enrichit sans cesse, avec le secours de Dieu, les trésors de
(1) Mitt., XX, 6.
ilTBE V. — LETTRE TREIZIÈME. 125
l'Église, i'^ouve un sentiment d'humiliation très-profonde , et je me sens anéanti par la conscience de ma propre lâcheté.
Apprenez donc que François Pérez, dans ses discours publics et dans ses entretiens particuliers, ramène dans les yoies d'une conversion sincère un nombre de personnes si considérable, qu'il suffirait, pour occuper entièrement six prêtres, d'une expérience consommée dans le ministère de la confession , et qui n'auraient pas d'autre occupation pendant tout le jour.
Néanmoins le même homme ajoute à toutes ces œuvres, de remplir auprès de la Confrérie de la Miséricorde toutes les fonctions d'un chapelain particulier; et vous savez combien ce ministère est laborieux et rempli de détails. Que vous dirai-je, si ce n'est de confesser encore que je dois être pénétré de honte, ou nier l'évidence, moi, dis-je, et tous ceux qui me ressemblent, qui sont sains et valides Comme je me sens, qui sont inutiles comfte je suis, à la vue d'infirmes et de valétudinaires, qui reviennent de la moisson, chargés de la récolte immense de toutes ces âmes, arrachées par eux aux entrailles de l'enfer.
Le compagnon de Pérez, Roch d'Oliveira, ne travaille pas à l'œuvre divine avec moins d'ardeur ni de fruit: il dirige une classe nombreuse des enfants de la ville; il enseigne aux uns à lire et à tracer nos caractères, et aux autres il fait apprendre la granunaire latine. Il y a longtemps qu'il a commencé cette œuvre; et déjà plusieurs de ses élèves ont achevé de s'instruire et terminé le com-s des leçons qu'ils étaient en état de recevoir; en rentrant dans leurs iamilles, ils ont fait paraître, par l'innocence de leur vie, et par la bonne odeur de leurs exemples en toutes circonstances, à la vive satisfaction de leurs parents et de leurs compatriotes, la différence qui existe entre la jeunesse bien instruite et celle qui est demeurée sans culture. Ces enfants lisent couramment et comprennent, autant qu'il est nécessaire, un abrégé concis de la doctriig^^ido^ ils
peuvent lire dans leurs livres les prières de l'Église. La modestie de leur maintien invite ceux qui les regardent à glorifier et à remercier Dieu ; car, dans leur extérieur et dans leur démarche, ils ne sont pas inférieurs aux novices des Ordres religieux d'Europe. Jamais personne ne les a entendus proférer une parole grossière ni un jurement, une parole qui soit déplacée, aucune même de ces expressions qui sont sans gravité, et qui obtiennent aisément l'indulgence. Au nombre des excellentes pratiques que notre Roch a instituées parmi cette jeunesse, nous avons surtout remarqué la coutume de faire souvent figurer ses élèves en ordre de procession, par longues files parallèles, tenant les yeux baissés, s'avançant d'un pas grave et lent, et chantant à deux chœurs les litanies ou d'autres morceaux de musique sacrée. On est très-curieux, en général, de ces cérémonies: on aime à les contempler; et souvent elles ont pour effet d'ajouter à la dignité des funérailles; toutes les fois qu'il vient à mourh» un de nos chrétiens, les plus grands des élèves prennent sur leurs épaules le cercueil du déftmt et le portent ainsi jusqu'au lieu de la sépulture.
Tous ces enfants savent par cœur, sans hésitation, rOraison dominicale, la Salutation angélique, le Symbole des apôtres et quelques autres formules de prières chrétiennes ; ils les récitent en toute occasion et sans faire de fautes. Tous les jours ils assistent ensemble au sacrifice de la Messe avec un profond recueillement et sont tous en étal de la servir dignement. Au lever du jour, ils se réunissent à l'école; ils s'y rendent encore dans l'après-mîdi, et, après qu'ils ont entendu dans l'église l'explication de la doctrine chrétienne, que Pérez leur enseigne chaque jour, ils reçoivent la leçon que donne Oliveira. Après avoir ooîendu et répété la leçon , et terminé les différents exercices fle la classe, tous se mettent à genoux et prononcent ^ à haute voix et à l'unisson, les prières chrétiennes. Ce spectacle, dbiit j'ai été témoin, a pénétré mon âme d'une consolatioÉf 'Infinie. Priez Dieu, je vous en conjure, afin
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qu'il conserve ce qui est acquis, qu'il fasse prospérer ce qui est heureusement commencé, qu'il consomme ce qui est fondé, en lui donnant l'accroissement; tout est pour l'honneur et la gloire de son saint Nom, et pour l'extension du service de sa divine Majesté.
Alphonse part pour les Molùques, où il fera seul ce que font ici ensemble Pérez et Oliveira. C'est à regret que je l'enlève à Malacca, car, d'après ce que j'ai dit plus haut, vous avez compris, j'en ai la confiance, combien ses travaux étaient nécessaires. Mais nous devons faire passer en premier ordre ce qui presse le plus : en même temps vous devez pourvoir au plus tôt, par un secours trèsvivement désiré, aux besoins de sa résidence. Envoyez-y sans retard un prêtre de nos Frères, consommé dans la décision des affaires de conscience, pour soulager au moins dans une partie de son fardeau, c'est-à-dire dans les confessions journalières, le P. François Pérez que tant d'affaires accablent; en vérité, de toutes les. colonies portugaises des Indes, à peine il en est une qui, plus que Malacca, ait besoin d'excellents confesseurs. De toutes parts il s'y fait un infini concours d'Européens et d'Indiens, attirés par les affaires du commerce; tous les premiers sans exception, et la plupart des seconds, professent la religion chrétienne; et ils ont besoin, en raison de la fragilité humaine, du remède de la Pénitence sacramentelle; que s'ils n'ont point les ministres à leur portée, ils se trouveront dans on péril continuel et extrême pour le salut étemel de leurs ftmés. Si donc, pendant cette année 1549, il arrive de Portugal quelques-uns de nos prêtres , il vous sera facile d'envoyer ici l'année suivante, c'est-à-dire en 1550, par le navire qui se rend en avril de Goa à Malacca, quelqu'un de vos Pères dont les nouveaux arrivés occuperont la place. Je dis au mois d'avril, quoique je n'ignore pas qu'il part un autre navire, au mois de septembre, pour la même traversée : mais je ne veux point qu'un supplément si nécessaire à cette ville soit remis à la seconde expédition.
Voyez également s'il se trouve dans votre maison queiqu'im de nos Frères , même laïque, initié suffisamment dans les lettres pour pouvoir montrer aux enfants à lire et à tracer avec le pinceau la forme des caractères. Je désire aussi que le prêtre que je vous ai prié d'envoyer ait un compagnon capable de suppléer, jusqu'à un certain point, Roch d'Oliveira, qui devra se rendre à Goa l'autre année, pour y recevoir le sacerdoce; et qui, dès qu'il l'aura reçu, repassera sur-le-champ à Malacca.
Je laisse donc, en me dirigeant vers le Japon, l'ordre de faire passer, en 1550, sur le navire dont le départ régulier pour Goa a lieu dans le mois de septembre, ledit Frère Roch d'Oliveira, avec le novice Joam Bravo (1), désirant que ce dernier étudie les humanités à Goa.
Je le veux donc absolument, et je vous le commande, Pères Paul de Camerino et Antonio Gomez, en vertu de l'Obéissance : vous enverrez à Malacca au mois d'avril de l'année prochaine,*'ou si une puissance imprévue et invincible y mettait obstacle, aussitôt que vous en aurez le pouvoir, les deux personnes que j'ai dites, un prêtre, qui puisse entendre les confessions, et un autre Confrère, eh état de diriger l'école.
J'écris au P. Nicolas, afin qu'il ait autorité et qu'il veille sur nos Frères qui demeurent à Méliapour, et sur ceux qui se trouvent sur la côte de Comorin et à Coulan : je prescris en même temps à nos Frères de Comorin d'être soumis au P. Nicolas, et de s'adresser à lui pour leurs affaires, toutes les fois qu'ils auront besoin, soit de secours pour euxmêmes, soit de bienveillance et de protection pour les chrétiens qui leur sont confiés; qu'ils lui adressent leurs
(1) Joam Bravo, de Braga, en Portugal, fut le modèle des novices, et devint un parfait religieux. Le Saint, reconnaissant en ce rare sujet tous les éléments d'une haute perfection, voulut l'instruire lui-même d'une façon toute spéciale, et lui adressa la précieuse leçon que nous verrons plus loin (lettre xvi* de ce livre).
Le P. Joam Bravo parcourut une longue carrière apostolique, et moumt saintement en 1575, étant alorfi recteur du collège de Goa.
LHRE V, —LETTRE QUATORZIÈME. 429
lettres à Coulan, ou à Cochin : car ce Père va et vient frëqaemment entre ces deux villes, pour les affaires de son administration. J'ai de même ordonné au P. Nicolas de demander immédiatement à Goa tout ce qu'il saura que désirent nos Frères de Comorin.
Et je veux, Père Antonio Gomez, que vous accomplissiez à l'instant même tout ce que demandera le P. Nicolas. Je vous prescris et je vous enjoins, avec toute la force que j'y puis apporter, de ne rien omettre à cet égard, en fait de zèle et de charité dévouée.
Le P. Nicolas sera sous les ordres du P. Paul, ainsi qu'à mon départ je me rappelle lui en avoir donné Vordre.
Les élèves de Goa, portugais et indigènes, obéiront à là direction du P. Antonio Gomez.
En même temps, Antonio Gomez sera lui-même, ainsi que je l'ai ordonné, soumis au P. Paul de Gamerino : au P. Paul obéiront également, ainsi qiue'je l'ai prescrit et formellement commandé, ceux qui demeurent à Baçaïm et dans la résidence d'Ormuz ; et afin que tout s'accomplisse selon cet ordre et selon cette règle précise, je vous recommande, Pères Antonio et Paul, d'y apporter tous vossoins^ et de me tenir informé de toutes choses. ^
Adieu. Malacca, 22 juin 1549.
Votre frère dans les entrailles de J.-G.
François.
LETTRE XIV
Aax PP. Paul de Gamerino et Anionlo GoineB.
Que la grâce, etc.
n m'est survenu, depuis ma dernière lettre, qui était assez étendue, un sujet hwve^ de vous entretenir, et j€| vous envoie ces ligues, vous saurez donc qu'ici j'ai ren-
130 UVRE V.— U3TTBB QUATORZIËIIB.
contre mon anéien et excellent ami Christophe GarvaUio. n n'est point marié ; il aime la yertu, il est riche, honorable, plein d'intelligence, et il occupe im rang distingué. Je Tai Tiyement engagé, par le zèle qui me fait désirer le salut de tous, je l'ai conjuré , au nom de notre amitié et de son amour pour Dieu, de mettre un terme à fton existence agitée et à des habitudes de vie errante, qui exposent et compromettent souvent la fortune et la vie, et, ce qui est d'un in* térét bien supérieur, le salut éternel Pourquoi, lui disais-je, être toujours voyageur, étranger en tous lieux, n'habiter qu'en la maison d'autrui, et ne s'arrêter jamais dans un domicile p^sonnd! Ne se donnerail^il jamais le loisir de •e reoneillir en lui-même et de mettre ordre aux affaires de sa conscience? Alors il me témoigna qu'il entrait dans les vues de mon amitié : il m'avoua même qu'il avait sou" vent éprouvé les ennuis de cette existence errante. Assez longtemps un navire avait été sa demeure, et il était heureux de tourner ses regards vers le port et vers la sécurité d'une résidence plus paisible. Enfin, il était résolu de s'arrêter en quelque lieu, et de recueillir, sous un toit domestique, les fruits de ses longues et heureuses entreprises ; de faire servir les biens considérables qu'il avait amassés à des usages dont la charité, la religion et sa légitime reconnaissance envers Dieu, l'Auteur de tous biens, lui faisaient un devoir; en même temps qu'il céderait à l'invitation pressante de son âge déjà mûr et au soin nécessaire de sa santé.
Notre entretien se prolongeait en ce sens, lorsqu'il me vint l'heureuse pensée de songer à cette charitable dame, qu'en raison de son affection, pour ainsi dire maternelle, envjBrs notre Compagnie , confirmée par tant de preuves journalières, et par un zèle si dévoué pour nos intérêts , nous avions coutume d'appeler notre mère.
J'ai proposé à CMtalho de s'unir à la fille de cette dame. I*ai dépeint, comnie ]e 1^ connaii0ais,f excellent caractère de la jeune flUei^M vertu, sa pureté de mœurs; et je n'ai
LITRE Y. -—LETTRE QUÂTORUftME.
point trouvé mon auditeur insensible : au contrairej/ paru touché de mes paroles, des éloges sincères qvkfl^ faisais de la personne et de ses qualités; enfin, ilapro de la choisir pour épouse , et je ne doute point qu'il ne tienne fidèlement sa promesse ; car je connais la solidité de sa parole, et l'amitié sincère qu'il me coiAerye, et dont toujours il s'est montré jaloux. En la circonstance présente, il a parfaitement compris que cette alliance lui donnerait un état à la fois avantageux et honorable^ et garantirait le repos et la consolation de son existence future. Je n'ai point hésité à communiquer par lettre toute cette affaire à notre bonne mère, et à la lui préseùter comme assurée, si elle-même y consentait : je ne doute point qu'elle n'accepte et qu'elle n'estime un grand bonheur pour elle cette alliance considérable avec un homme à la fois recommandable et riche.
' Mais encore qu'il vous doive paraître que cette ajEfaire est très-avancée; comme, entre les desseins et leur réalisation, se présentent souvent mille obstacles, je présume naturellement que le terme de celui-ci n'est point arrivé, si vous n'y concourez de tout votre zèle. Ainsi, je vous prie et je vous conjure l'un et l'autre d'avoir toujours en l'esprit le zèle sans réserve et si constant envers nous, la libéralité de chaque jour, la profonde charité de notre mère, et de vous bien pénétrer de cette pensée, que c'est une occasion prêteuse qui vous est offerte par la divine Proie payer des bienfaits infinis par un retour et un de notre reconnaissance, que la circonstance id d'un prix très-considérable pour notre mère. Bus par vous-mêmes, et au besoin sollicitez et faites concourir au même but la protection et les soins du trésorier de S. M. , et ne permettez pas qu'une famille affligée perde l'occasion d'une si favorable fortune^ Mettez, dî9-je^ tout en œuvre^ afin que les voies préparées par la divine Providence dans ftn double intérêt, afin de remédier à l'isolement d'une veuve pleine d;e mérite et à l^xis-
132 LITBE V. — LETTRE QUATORZIÈME.
tence, privée de protection, d'ime Tertneose et innocente Cffpheline, ne demeurent pas stériles.
Pour amener Christophe Carvalho au but que nous désirons, je ne pense point que beaucoup d'efforts vous soient nécessaires. Je connais sa droiture et sa consistance dans ses paroles, et je n'ai point la crainte qu'il rétracte ses engagements ou qu'il refuse d'accomplir ce qu'il m'a promis. Quant & faire entrer dans tos vues le trésorier du roi, TOUS devez seulement lui exposer, et vous le pouvez en toute vérité, que cette affaire est de celles où il peut dignement user de son influence, attendu qu'elle concerne au plus haut degré la gloire et le service de Dieu Notre-Seîgneur; d'une autre part, elle touche essentiellement à l'état, à l'existence, à tous les intérêts du repos et de l'avenir d'une famille placée sous sa protection, d'une respectable dame qui lui est alliée par le sang, d'une jeune orpheline pleine de mérite, et qui en attend secours et assistance. J'ai la confiance que, dans sa miséricorde, Dieu Notre-Seigneur saura vous inspirer dans cette occasion, et fera que tous vos discours à ce respectable et sage ami le persuaderont entièrement et l'amèneront à nos vues.
Vous n'ignorez point aussi que notre mère possède entre ses mains un diplôme royal, délivré dans les formes, et qui l'autorise à transmettre, avec tous les émoluments qui y sont attachés, la fonction publique ou l'office, selon l'expression reçue, qu'exerçait Diogo Froez, son mari, — de qui l'âme jouisse de la gloire divine, — à celui qu'elle choisira pour époux de sa fille, et à constituer cet office comme un avantage dotal : vous devrez obtenir du trésorier de S. M. qu'il permette de faire passer l'office à un étranger , moyennant en retour une somme de finance, qui fera partie de la dot de la jeune personne. Et voici la raison qui le rend nécessaire : Christophe Carvalho occupe un rang dans le monde et possède une fortune qui lui feraient envisager comme au-dessous de sa condition de se chaiger d'un semblable office ; mais il est surtout, comme
je VOUS l'ai dit, lassé des affaires et des soucis du monde, et désire trouver dans le mariage un repos absolu et l'entier affranchissement de ses anciennes fatigues. J'ai craint qu'il ne s'élevât en cette occasion quelque difficulté; sans doute il ne manquera pas de gens qui prétendront que l'on doit s'astreindre aux paroles formelles et à la lettre du diplôme, sans en interpréter l'intention et le sens équitable, et qui, par ces discours de mauvaise foi, s'efforceront de ruiner les effets qu'aurait eus la grâce de sa majesté, et de dépouiller une jeune orpheline et sa mère de ce qui est leur bien légitime. S'il se présentait des oppositions de ce genre, agissez, je vous en prie, avec tout votre zèle , luttez vivement; cçmfcattez avec persévérance par vous-mêmes et par l'entremise du trésorier royal; et si vous jugiez utile d'employer le concours ou la protection de quelque autre personne, employezrles, afin de .déterminer le gouverneur et les autres officiers de è* M., de qui l'affaire peut dépendre, à daigner interprèter les intentions du roi dans un sens favorable. Qui ne voit, en effet, que sa majesté n'avait en vue que de faire profiter la fille de Froez de la juste récompense accord^^à son père ; que S. M. n'a poipiVYollltt, s'il arrivait qu'on lui donnât pour époux un hoibm^qi^^ pourrait administrer la charge paternelle , que deiSè.ççgtieline pauvre se vît dans la nécessité de perdre le principal de son patrimoine ? Vous obtiendrez , je l'espère, avec le secours de Dieu, qui est le défenseur des veuves et le père des orphelins, une décision équitable : et je désire vous voir entreprendre cette affaire, et vous la voir suivre avec un zèle extrême; car à mes yeux ce serait un crime, ce serait une odieuse ingratitude, dont la tache rejaillirait sur la Compagnie tout entière, si vous pouviez ne pas apporter en cette œuvre, qui intéresse notre mère, toute votre industrie et votre diligence ; jusqu'à ce qu'enfin vous soyez parvenus à rompre tous les obstacles, et à faire réaliser ce mariage approuvé de Dieu, et qui doit assurer l'existence et la considération d'une respectable dame qui nous a
134 UVBE V.— LETTRE QUINZIÈME.
rendu de si grands services, et de sa fille, orpheline pleine de vertus.
Vous trouverez, en Carvalho lui-même, une "bonne volonté parfaite et une entière déférence, pour vous donner tout le concours qui sera nécessaire : il m'a engagé sa promesse , ainsi que je vous Tai dit, et c'est un homme d'une probité rigoureuse. Mais il a de plus témoigné qu'il attachait un prix infini à cette aDiance; il entrevoit, dans ce mariage, l'espérance très-fondée d'une paix profonde, et de la sécurité qu'il s'est promise pour le reste de son existence.
rai, je le pense, assez insisté près de vous sur ce désb de ma part, pour vous avoir fait partager met sentiments. Si j'apprends par vos lettres que mon vœu s'est réalisé, ce sera pour mon cœur mie précieuso nouvelle, et un bienfait singulier dont je vous serai redevable.
Que Dieu nous réunisse dans sa gloire : car de nous revoir en cette vie, c'est la chose du monde la plus incertaine.
Adieu. De Malacca, la.yôille de la naissance de saint Jean-Baptiste, de rannée|jt]^.
Votre frère en J.-G. • '-'''■ '"r*
LETTRE XV
A Jean m, roi de Portugal.
Votre majesté, dahs les lettres qu'elle a adressées à son gouverneur des Indes, a exprimé la volonté que je lui fisse parvenir un rapport touchant ceux de ses officiers qui s'acquittent avec zèle et fidélité des emplois que vous leur avez confiés dans ces contrées. Pour vous obéir donc, je TOUS exposerai qu'Edouard Barreto, qui a récemment administré vos finances & Malacca, a fait paraître, dans cette
UVRB y. — LETTRE QUINZIÈMB. il3
charge, tontes les qualités d'un serviteur actif, intelligent et fidèle. Il a géré vos finances avec une rare sagesse, il s'est montré favorable au commerce, il a rendu la justice selon l'équité, sans nulle ac^ggion dés personnes; il s'est conduit d'une manière parfam pendant tout le temps de son exercice, et son administration a accru la gloire de votre majesté parmi ces peuples : mesurant leurs juge^ ments sur cet exemple, ils ont généralement pensé que vous n'envoyez ici, pour être les représentants de votre autorité, que des hommes consommés dans les vertus qui vous sont les plus précieuses, dans les vertus qui brillent en vous-même avec le plus d'éclat.
Oui, telle est ma pensée, que la glob*e des souverahis et des princes qui rident sur de vastes empires consiste à confier le gouvernement des provinces qu'ils ne* peuvent administrer par eux-mêmes à des représentants qui puis-» sent justement être présumés leur être semblables, des personnages tels que le peuple, en les voyant et en découvrant avec le temps leur grandeur d'âme, leur justice et toutes leurs vertus, et en leur accordant son amour, paraisse considérer et vénérer en eux la vivante image des mérites et des qualités du souverain absent, reproduits en ces lieutenants de son autorité. Au rang et dans le caractère de ces excellents ministres, qui font consister leur satisfaction suprême dans une parfaite obéissance aux volontés du prince, me parait être au premier rang Edouard Barreto î à ce titre il est digne que votre majesté le fasse croître en fortune et en dignité, et, qu'en récompense des éndnents services qu'il vous a rendus ainsi qu'à l'Etat, vous ne négligiez! aucune occasion de le combler de vos grâces; 11 n'a accompli les grandes œuvres de son admi^ nîstration qu'au prix de travaux immenses, et le nombre infini des ennemis du bien lui a suscité de graves oppositions et l'a mis àtm le cas de livrer les plus rudes combats.
L*on ne doit point envisager comme une suffisante ré-
ISd LIVRE V.— LETTRE SEIZIÈME.
compense de ses éminents services, pendant un si grand nombre d'années, Vadministration de Malacca, dont je vous ai parlé. Les circonstances, d'une part, ont fait que ce gouvernement n'a point été, gpp Barreto, l'occasion d'une fortune ; et d'une autre part, il n'a pu l'exercer pendant le temps ordinaire; d'où est résulté qu'il en est sorti pauvre. Daignez, seigneur, vous souvenir de ses intérêts, et favoriser un homme qui a si bien mérité de votre majesté.
Je prie Dieu Notre-Seigneur, afin qu'il ajoute un grand nombre d'années à la vie glorieuse et prospère de votre majesté, et que, dans sa clémence, il vous accorde de connaître dès cette vie sa très-sainte volonté; que, dans sa miséricorde, il vous donne les facultés de l'âme pleinement suffissÉtes pour accomplir dans vos pensées , dans vos œuvres »t dans vos désirs ce qu'à l'heure suprême vous seriez heureux d'avoir en effet accompli.
De Malacca, le 23 juin 1549.
. De votre majesté l'inutile serviteur.
François.
LETTRE XVL A Joam Bravo.
Mon très-cher Frère,
Je désire que tous les jours vous observiez très-fldèlement cette règle de vie religieuse : le matin, dès l'instant de votre réveil, vous méditerez sur un des mystères de la Vie de J.-C, en commençant par sa sainte Nativité, et vous en parcourrez toute la série, jusqu'à son Ascension triomphante aux deux.; Vous avez des thèmes de méditation, rédigés dans un ordre régulier, au livre des Exercices spirituels. Vous consacrerez au moins une demi-heure à cette pieuse méditation, avec toute l'attentioA et la dévotion de votre âme, et en accomplissant les règles et les pratiques
que vous vous rappelez d'avoir observées dans les exercices du mois ascétique. Vous passerez chaque jour à une méditation nouvelle; ainsi, par exemple, si vous avez, le lundi, considéré dans Totre esprit la Naissance de Jésus- Christ, le mardi vous méditerez sur le mystère de la Circoncision; et de même par ordre, jusqu'à ce que la révolution du mois vous ait fait parcourir tous les événements de la Vie du Seigneur Jésui^et que vous soyez arrivé à sa consommation glorieuse , qui est l'Ascension de Jésus au ciel. Alors vous reprendrez la série dès le commencement, allant d'un mystère à celui qui le suit immédiatement, et vous formerez tous les pas du mois nouveau sur les traces du mois précédent. A la fin de chacun de ces exercices, vous renouvellerez les vœux que vous avez prononcés solennellement une fois ; et spécialement les trois vœux principaux de Chasteté, d'Obéissance et de Pauvreté. Vous les exprimerez de nouveau, je vous le recommande, et vous les oflrirez à Dieu, renouvelant et ranimant en votre sens intime la vive ardeur avec laquelle vous les avez prononcés pour la première fois. Ce renouvellement des vœux, parmi ses autres fruits, aura pour effet d'atténuer les feux de la concupiscence et de vous faire triompher des attaques du démon, qui vous sollicite constamment au mal : et je suis convaincu que vous ne devez jamais omettre ce devoh'.
Après le repas principal et une méridierfne de peu d'instants (1), vous reprendrez la méditation du matin, et vous y consacrerez l'espace d'une demi-heure, en considérant de nouveau le même mystère ; après quoi vous renouvellerez encore la profession des vœux. Que cette règle invariable et indéfectible subsiste toujours pour vous, au milieu de la variété de vos œuvres journalières ; qu'aucune dis-
(1) Les Mponnaircs italiens et espagnols ont besoin, dans les régions tropicales, oe quelques instants de sommeil vers le milieu du jour. L'usage contracté dans leur pays natal, rendu plus nécessaire par Faccablant surcroît de chaleur, fait paraître naturelle cette légère indulgence.
138 UVRE V. —LETTRE SEIZIËIIE.
traction ou occiipation ne soit assez puissante pour vous empêcher de consacrer tous les jours une heure entière à la pieuse méditation de la trës-samte Vie de J.-C. N.-S. : à cet effet, la division que je tous ai marquée aura cet avantage, de vous réserver une demi-hmre avant midi et le soir un égal intervalle. Et le ttmps da soir , qui me paraît le plus favorable à cet exercice, estllieiire, vers la chute du jour, où votre compagnon le P^. Frtnçoid Ferez enseigne le catéchisme : en ce moment tous tnrei le loish* de vous livrer à votre oraison du soir*
A la nuit, avant de vous livrer au sommeil, rentrez en votre conscience, examinez vos pensées, vos paroles et vos actes de la journée tout entière , et n'oubliez pas de vous demander si vous n'avez rien omis dans l'ordre de vos devoirs. Approfondissez ainsi toutes vos fautes, comme si vous deviez à l'heure même les révéler au prêtre et vous en laver dans la confession sacramentelle ; et formez au dedans de vous l'acte d'une contrition sincère , pour tout le mal que vous avez commis , pour tout le bien que vous avez omis volontairement , en vue de Dieu que vous devez aimer plus que tout au monde, et qui par là se trouve offensé; enfin, conjurez très -ardemment Jésus-Christ de vous pardonner, exprimez le ferme propos de vous amender, et après avoir récité un Pater et un Ave, prenez votre repos, de manière que le sommeil survienne en vous au milieu de pensées saintes, et sur le dessein dépasser plus Mdntement encore la journée qui doit suivre.
Le lendemain, à votre réveil, élevez sur-le-champ votre âme à Dieu, et pendant que vous prenez vos vêtements, que vous lavez vos mains et votre visage, revenez par le souvenir sur vos fautes de la veille et demandez à Jésus-Christ la grâce de les éviter pendant la journée qui commence. Vous accomplirez ensuite la méditation du m^, ainsi que vous aviez fait la veille, et vous vous acquitfltez de la même manière de tous vos autres devoirs; vous aurez soin d'être si fidèle en cet ordre de vie, qu'excepté Tempéche-
LtVBB V.— LETniE SEIZIÈME. 139
ment de la maladie, rîen au monde no vous puisse» nn faire altérer la plus légère partie, et s*il ^'ous aiTivait, par un,, motif et sons un prétexte quelconciues, êLaol cF ailleurs sain de corps et d'esprit, de différer ou de négliger la moindre partie de ce qui vous est prescrit, tous vous en ferez un cas de conscience, vous vous en accuserez dans l*assemblée de nos Pères, et vous demanderez de vous-mtoe qu'une pénitence vous soit infligée, pour avoir omis ou accompli négligemment et comme par uitiniùre d'acquî^ les devoirs qui vous étaient si gi^avenient recommandés et imposés par votre supérieur.
En général, dans toutes vos actions, dans Fexercice de vos ministères, en un mot dans toutes vos occupations, et jusque dans vos intervalles de loisir, dirigea toujours, par un ardent effort, toutes les puissances do votre âoievers le devoir de vous vaincre vous-même; domptoz vos passions, embrassez ce qui révolte le plus vos sens ; abattez surtout le penchant naturel pour les éloges et pour la supériorité; n'épargnez rien sur votre passage, jusqu'à ce que la superbe soit déracinée entièrement en vous , que vous consentiez sans peine à vous laisser ravaler au-dessous de tous, et que vous vous sentiez hé^ux d'être méprisé. Soyez bien convaincu que sansL^raféliumilité , sans cet empire sur les mouvements dér^|pOT|^me, vous ne pouvez être utile à vous-même et au^^ufres, et que vous ne sauriez être en bonne odeur devant Dieu; vous seriez enfin incapable de persévérer en la Compagnie de Jésus.
Obéissez en toutes choses au Père avec lequel vous vivez; accomplissez avec un empressement absolu tous ses ordres, si pénibles ou désagréables qu'ils soient à vos yeux; ne lui résistez jamais, n'élevez jamais d'objection sur aucun sujet ; mais écoutez toujours ce Père, et laissez -vous toujours conduire à ses moindres signes , comme si vous receviez les commandements de notre P. Ignace, s'il était ici présent Toutes les tentations , de quelque forme et bdjj^Vft^ qu'elles soient, révélez-les aussitôt que vous en é^St^f^z
UO UVRE y. —LETTRE SEIZIÈME.
l'atteinte, et exposez-les avec une siftcëritéparfaite à votre supérieur; )[)ersuadez-vous que ce sera la voie la plus sûre 'pour éviter |ïy succomber. Outre ce prihdrMlrïïvantage, il s'en trôùSljîfe^ un très-grand pour l'âmè, en cette connaissant jpiw^ qui nous fait arriver à l'aveu des mouvements sêcîèls cïe notre cœur : on y recueille de grandes grâces de la part de Dieu, et ces grâces deviennent le gage de merveilleuses récompenses; c'est le secret d'une victoire chèrement achetée, pour l'ordinaire, sur l'amourpropre naturel^^ynsi l'on porte les coups les plus terribles aux secrètes*.éspérances et aux œuvres souterraines de l'infernal eBBrèfeSj de qui la principale puissance pour le mal a ses f|Éi|emeBts dans le secret et dans l'ombre; il se voit dés8ÈrCre^^(p$ qu'on l'attire à la lumière, il voit s'évanouir en un moment tout l'édifice de ses conseils pervers, il devieat la risée de ceux qu'il cherchait à perdre, et qui, devenus forts à cette heure, se trouvent désormais à l'abri de ses coups. Adieu.
Dans la chapelle de Sainte-Marie-du-Mont, près de Malacca, la nuit d'avant la fête de saint Jean-Baptiste de l'année 15/i9, sur le point de faire voile pour le Japon.
Votre affectionné de cœur.
François.