‹ Lettres de Saint Franc̜ois-Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 5 sur 49 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

InforiDalioRS étendues sur le Japon, adressées à là (lompagi^,j|^ J- Europe. — Adoiinislratiofi des Indes. — DeFiiièresi tiens ayant le voyage de Chine.

(JMVIER-»VRILISI2.)

4 iMon safnl Père en JéiMi0HCIirifl) Ifpmre, k ^9^mf^

Que la grâce et l'amour de N.-8. J.-C. soient à jamais notre secours et notre consolation! Amen.

0 mon vrai Père, j'ai reçu à Halacca, lorsque je revenais du Japon, les lettres de votre sainte cbarité. Les nouvelles que j'attendais et qu'elles m'ont données de l'existence et de la santé favorable d'une personne si vénérée et si chère, ont rempli mon âme d'une joie que Dieu seul connaît. J'ai lu les paroles où respirent votre grâce et votre piété, je les relis souvent pour la consolation et le bien de mon âme, je les repasse dans mon esprit, m'en nourrissant pour ainsi dire encore ; surtout ces dernières paroles qui sont comme le sceau de la charité et qui terminent votre leftre : Avons tout entier y sans que le temps ait jamais la puissance dM^ie ^ire vous oublier, Ignace. J'ai lu ces paroles avec d^â^ lannes

délicieuses , et je pleure en les retraçant , au bienheureux souvenir des temps écoulés et du sincère et religieux amour que TOUS m'avez toujours témoigné, que vous m'avez toujours conservé; je considère de combien de travaux et de dangers Dieu a daigné m'affranchir dans le Japon , grâce à vos prières et à votre médiation paternelle en ma faveur.

Les paroles ne sauraient jamais exprimer tout ce que je llois aux Japonais : c'est à cause d'eux seuls que Notre- Sejgneur, par une lumière intérieure, m*a pénétré de la connaissance de mes péchés infinis : errant jusqu'à ce jour au dehors de moi-même, j'étais ignorant de l'abîme de misères que recelait ma conscience, tandis que dans les travaux pt les épreuves de cette contrée, la vue de mon âme s'est d'abord éclaircie, et la bonté divine m'a permis de reconnaître avec évidence et pour ainsi dire par une expérience vivante, et par une impression sensible, combien U m'est nécessaire qu'une autre personne me soit donnée pour exercer sur moi la surveillance la plus vigilante. Considérez les décrets de votre sainte charité, qui me donne à conduire tant de saintes âmes des Pères et des Frères de la Compagnie résidant en ces contrées ; or, la divine miséricorde m'a rendu sensible, au delà de toute évidence, mon insuffisance pour ce ministère de direction, et mon dénuement des qualités les plus nécessaires; j'aurais dû plutôt espérer d'être mis sous la main et sous Tautorité de mes Frères, que de recevoir la charge de les diriger.

Votre sainte charité me témoigne aussi qu'elle est pénét^é^ du désir de me revoir une fois encore avant la fin de cette vie. Notre-Seigneur, qui lit au plus profond de mon âme, sait la vive et tendre émotion qu'a fait naître en moi ce suprême témoignage de votre précieux amour envers jnoi. Et toutes les fois que ces paroles se représentent à mon esprit, c'est-à-dire à toute heure, des larmes involontaires rempUssent mes yeux, et s'échappent doucement sans pouvoir être contenues, à celte seule pensée qui ravit mon cœur, de pouvoir vous serrer encore une fois dans

mes bras : c'est un dessein difficile à réaliser: mais que ne peut accomplir la sainte Obéissance !

Au nom du zèle passionné qui vous anime pour le service et la gloire de Dieu Notre-Seigneur, je vous demande une grâce, que si j'étais en votre présence, j'implorerais à genoux à vos pieds : c'est d'envoyer ici quelque honune parfaitement connu et éprouvé par votre sainte charité , pour devenir le recteur du collège de Goa ; un tel houmie choisi par vous-même , et formé pour ainsi dire de vos mains, est indispensable à ce collège.

Au sujet du Japon, je suis entièrement convaincu que vous ne sauriez y envoyer que des sujets d'une grande valeur et éminents en vertu comme en science, pour paraître dans les académies de cet empire ; en effet les ignorants et les personnes sans lettres , quoique raisonnables et de bon jugement, s'ils se sentent convaincus de leurs erreurs, se retranchent dans cette réponse, qu'il existe aussi dans leur nation une infinité de personnages savants, qui ont consacré toute leur vie à de profondes recherches, et à la lecture de tous les livres : ces lettrés donc qui nient les vérités que nous affirmons, ont besoin d'être vaincus dans leurs raisonnements et conquis à nos croyances , afin que le vulgaire qui s'étaie de leur autorité, puisse lui-même être converti. Ainsi les lettres et la science sont indispensables; mais la force d'âme et la patience les plus insignes, et la perfection de toutes les vertus ne sont pas moins nécessaires à ceux qui se disposent pour de si grands combats. Viennent donc de pauvres et misérables étrangers , pour rivaliser avec la réputation et la gloire d'une nation superbe, qui se fonde sur son admiration d'ellemême et de son histoire ; qui est tout entière sous la domination des bonzes , les premiers personnages du pays par les dignités et la considération : leur audace va les exposer à mihe épreuves, lorsqu'ils auront mis les pieds sur les charbons ardents qu'eux-mêmes auront allumés : ce ne sera pas impunément qu'ils auront entrepris le premier et

le plus nécessaire de leurs travaux, qui est de réduire en poussière les sophismes des bonzes, de confondre leurs mensonges , de faire paraître au grand jour les indignes et secrets artifices, qui servent à ces bo^es pour obtenir l'argent d'un peuple crédule.

D'après l'expérience des faits qui se sont passés en ma présence, je me figure ici les emportements insensés de ces faux prêtres, lorsqu'ils verront devant eux l'homme qui peut, à leur face, leur dénier le pouvoir dont ils se glorifient, d'arracher à leur supplice par des enchantements les âmes déjà dévouées à l'enfer; et si leur folle et arrogante prétention est convaincue publiquement de mensonge, l'occasion principale de leur gain cessera d'exister. Si leurs crimes honteux, si les dësordres exécrables qui ne sont à leurs yeux qu'une chose légère, presque même un titre de gloire, sont flétris par une juste et vive réprobation, on les verra, ces sangliers furieux, se sentant percés de l'épiéu dans leur fange immonde, se précipiter avec rage et vouloir^ déchirer ceux qui leur auront présenté des perles. Ainsi' que je l'ai dit déjà, les propagateurs de la vraie doctrine ne sauraient manquer, en ces pays, d'être violemment attaqués et cruellement éprouvés, et leurs âmes, pour user de la parole évangélique, auront tout à faire pour se posséder dans la patience; que de préparations difficiles, que de secours puissants sont nécessaires pour s'exposer à ces dangers! J'écris au P. Simon, ou, en son absence, au recteur du collège de Coïmbre, de n'envoyer personne pour les académies japonaises, que votre sainte Charité ne l'ait vu, examiné et approuvé. Je ne saurais assez le redire, nos Frères auront des combats et des épreuves au delà de l'opinion ordinaire. Visités à toute heure et toujours à contretemps, ils n'auront pas un instant du jour et souvent de la nuit qui soit libre des questionneurs importuns ; les demandes se succéderont et se confondront sans cesse; les grands les feront appeler, sans qu'on puisse refuser de les aller trouver. Ces distractions leur enlèveront le temps des prières de II. 44

chaque jour, des méditations, du recueillement de l'âme en Dieu et des autres exercices spirituels; ils seront privés de célébrer la Mçclseviiu moins dans les premiers jours de leur arrivée, à cause de l'infinité des visiteurs, auxquels ils ne pourront se soustraire; à peine auront-ils le loisir d'accomplir le devoir du bréviaire, de prendre la nourriture et le sommeil nécessaires. Un défaut de cette nation, c'est de faire perdre le temps sans aucun scrupule, surtout à leurs hôtes et aux étrangers, que souvent ils méprisent et tournent en dérision, même sans provocation et sans cause. J Mais si ces étrangers osent attaquer et blâmer hautement Ce qui est l'objet de l'estime et de l'admiration du vulgaire, s'ils s'élèvent contre les différentes sectes des fausses religions; s'ils jettent, sur les plus grands crimes de la nation, le sel d'une censure vive et pénétrante, s'ils les flagellent sans relâche et sans faiblesse avec la verge de l'autorité; s'ils proclament avec fermeté qu'aucun de ceux qui sont descendus dans les feux de l'enfer, n'en peut être délivré ni parles sacrifices, ni parles dons volontaires, ni par les cérémonies idolâtriques de leurs amis et de leurs parents vivants : la haine s'élèvera contre eux comme une violente tempête; les plus sages eux-mêmes d'entre les habitants s'indigneront d'une opinion si sévère à l'égard des âmes des morts qui leur étaient chers ; ils prendront en mépris, pour la plupart, la religion nouvelle, comme imparfaite et sans puissance, si le prêtre déclare à l'avance qu'il ne saurait apporter de salut aux âmes déjà condamnées. Ces préjugés et ces rêveries préoccupent ici les esprits , parce que la litttérature et les traditions anciennes du pays sont remplies de récits de l'enfer; et rien n'y paraît sur le purgatoire. Or, s'il en est ainsi, c'est une vérité très-évidente, qu'il faut ici de puissantes intell^ences, exercées dans la dialectique, douées d'une éloquence populaire, promptes à atteindre et à saisir l'erreur; qui puissent, à la face de tous, arracher le masque à ces illusions qui prennent l'apparence de la réalité, rétorquer les arguments sophistiques, et dé-

montrer l'incohérence et la contradiction des fausses doctrines. Ils rougissent, en effet, ces bonzes, et se sentent merveilleusement confondus, si le peu d'harmonie et même la contradiction de leurs dogmes sont révélés au grand jour; ou quand, enlacés par un raisonnement invincible, ils ne peuvent s'en dégager. A ces dons de l'âme, il faut unir une force corporelle capable de résister aux frimas les plus rigoureux; Bandou, la première des académleslàponaises, est située dans la partie la plus septentrionale de ces lies , et les autres académies en sont peu éloignées ; au Japon l'on est persuadé que Tintelligence et le génie sont surtout le partage de ceux qui sont nés sous Un ciel rigoureux. Pour l'existence, le riz est presque l'unique aliment, quoique l'on trouve un peu de froment et quelques plantes légumineuses, mais celles-ci n'ont qu'un suc léger et peu favorable à la santé; le vin consiste en la liqueur exprimée du riz, encore il est très-rare et d'un prix élevé. Mais la plus douloureuse épreuve est la continuelle inquiétude, causée par les périls de chaque jour. Les vieillards ne conviennent pas à la culture de ces pays; ils manqueraient de forces pour les travaux indispensables ; ni les jeunes gens, si ce n'étaient de ceux en qui l'imperfection de l'âge serait suppléée par la grandeur des vertus, confirmée parles expériences les plus décisives ; autrement, sans pouvoir servir les autres, ils se perdraient eux-mêmes; tellement les tentations et les occasions des péchés de toutes sortes sont communes. Ajoutez que les esprits des hommesj plus délicats ici qu'en aucim autre lieu, s'offensent facilement de l'apparence, même la plus légère, d'un exemple qui serait imparfait, dans les personnes qui se donnent pour les précepteurs des autres.

J'écris tous ces détails au P. Simon, ainsi que je vous l'ai dit; ou, en son absence, au recteur de Coïmbre. Je serais heureux que votre sainte Charité daignât écrire* à Coïmbre, afin que les missionnaires destinés pour le Japon lui fussent d'abord adressés à Rome.

Il m'est venu dans la pensée que les [dus convenables, pour cette destination, seraient des Belges ou des Allemands, instruits dans la langue portugaise ou dans l'espagnole. Ces deux sortes d'hommes sont endurcis aux fatigues, étant préparés, par leur tempérament et leur éducation, à supporter les frimas de Bandou.

n me paraît assez vraisemblable qu'il doit exister un E)mbre de Pères de ces deux nations dans les diffé- Jéges d'Espagne et d'Italie, où peut-être ils rendentjiit de services, parce qu'ils ne possèdent pas les élégance naturelles de la langue du pays. Transplantés au Japon, ils y rendraient d'utiles services et se recommanderaient par des fruits abondants. J'ai cru devoir suggérer à votre sainte Charité, si cet avis lui agréait, de faire choisir avec une extrême prudence les sujets qui seraient envoyés des collèges d'Espagne et d'Italie pour la mission des Indes. 11 serait à désirer que deux Pères au moins, par année, se missent en mer pour venir aux Indes, et qu'ils fussent tels que le demandent ces contrées : consommés avant tout, comme il est nécessaire, dans la perfection spirituelle; possédant de plus l'éloquence et la science indispensables pour prêcher et pour entendre les confessions. Et je voudrais qu'ils eussent fait par votre ordre le voyage de Rome, avant de venir vers nous; car les épreuves des voyages contribuent à les former, leur donnent la mesure de leurs forces, les endurcissent aux travaux, et les aguerrissent contre les périls futurs, parle souvenir des périls passés , qu'ils ont heureusement évités. Enfln nous obtiendrons ce résultat, qu'ils ne^eront pas nouveaux aux fatigues des courses apostoliques : à^l'exemple de ces hommes, qui sont venus de leur pays, d'où jamais ils n'étaient sortis, ne sachant même pas ce que c'est qjje vivre au grand air, et d'accomplir des voyages à pied.

Ici l'on trouve également tant d'attraits pour la mollesse, des encouragements si vifs et si séduisants à l'inertie et à la paresse ainsi qu'à la volupté, que la vertu de ceux

qui devront être exposés à ces périls spirituels , parait demander à l'avance une sérieuse épreuve; de crainte que des sujets peu convenables, qui nous seraient malheureusement envoyés, au lieu de ïa consolation que nous devrions espérer de leur arrivée et de leur séjour parmi nous, ne nous causassent plutôt la plus douloureuse des peines, en nous obligeant, par leur conduite, de les séparer de la Compagnie. Que votre sainte Charité considère à cet égard s'il lui coupent d'avertir elle-même le P. Maître Simon. Parmi les Pères qui résident à cette heure dans Amanguchi , et parmi ceux qui sont déjà dans les Indes, et qui doivent aller au Japon, si Dieu le permet, l'année prochaine ou Tune des suivantes, aucun ne me paraît convenir pour vivre en ces académies. Mais ils vont dès à présent employer tout leur temps à étudier la langue, à s'instruire de la doctrme des différentes sectes ; et lorsque viendront d'Europe les Pères formés dans votre sein, ces Pères se serviront des nôtres comme d'interprètes fidèles appartenant à leur propre famille, dans les disputes avec les bonzes. L'Église d'Amanguchi me paraît devoir se développer rapidement et prendre de grands accroissements. Elle renferme déjà de nombreux chrétiens; et parmi eux il en est de parfaits; tous les jours on en instruit et on en baptise de nouveaux. Je vis dans la ferme espérance que Dieu Notre- Seigneur nous conservera le P. Cosme de Torrez et Joam Fernandez , et qu'il ne les laissera pas mettre à mort par les infidèles; il paraît en effet déjà qu'ils ont évité les premiers et plus graves dangers, et que la fureur des bonzes, irritée à l'excès dans les premières attaques, s'est adoucie avec le temps, et qu'insensiblement elle a défailli. Il existe aussi dans la contrée de nombreux chrétiens, dont plusieurs sont éminents par le rang et par la puissance, et qui veillent nuit et jour avec un grand zèle à la conservation de nos religieux, Joam Fernandez, quoique simple laïque, en raison de l'usage facile qu'il a acquis de la langue japonaise, de la justesse et de la précision avec laquelle il traduit tout ce

2iU LIVRE Vn. — LETTRE PREMIÈRE.

qui lui est indiqué par le P. Gosme, lui est extrêmement utile. A présent il s'occupe uniquement d'expliquer, dans des Instructions publiques de chaque jour, tous les mystères de la vie de Jésus-Christ.

J'ai reconnu dans les Japonais une heureuse disposition pour apprécier la religion chrétienne, si elle leur est démontrée avec évidence, pour la conserver après l'avoir reçue, et pour la transmettre en héritage à leur postérité, et je pense que les plus grands travaux seront employés avec fruit dans cette culture. C'est en ce sens que je trouve autant de force que de consolation dans l'espérance que j'ai placée en votre sainte Charité, lorsque j'ai osé lui demander pour ce pays quelques Pèfes de grand mérite, que nous puissions opposer aux docteurs iSes fausses religions japonaises. Une des principales causes qui vous doivent déterminer est l'excellence, évidente à mes yeux, de la nation japonaise au-dessus de toutes les nations jusqu'à ce jour connues dans ces mers. Aucune autre nation vivant sous ses propres lois, et indépendante du roi de Portugal, ne me semble, au moins en apparence, devoir permettre que la religion chrétienne s'affermisse chez elle sur des bases impérissables. Une entre toutes, et la seule que je sache, est la nation japonaise, qui parait devoir conserver la possession de la vérité chrétienne saiis se laisser ébranler, et pour toujours, si une fois elle l'embrasse; mais ce sera, sans doute, au prix de grandes souffrances et de combats héroïques de la part des prédicateurs de l'Évangile.

La Chine, empire immense, jouissant d'une paix profonde, régie par de nombreuses et sages lois, est gouvernée par un souverain absolu. C'est un empire opulent, abondant en tous les biens nécessaires à la vie. Un détroit de peu d'étendue le sépare du Japon. Son peuple se distingue par l'intelligence, et vit dans l'étude , principalement dans celle des lois , de la jurisprudence et de la politique ; et la connaissance approfondie de toutes ces sciences excite l'ambition d'un grand nombre. Le visage des naturels est

blanc, imberbe, avec de petits yeux. Les esprits sont polis et amis de la paix, qui fleurit parmi eux depui8'4in temps infini, sans aucune apparence de guerre. Si de nouveaux obstacles ne surviennent et n'altèrent l'effet de mon dessein, j'espère, en cette année 1552, faire voile pour la Chine, où m'attire l'espérance de concourir puissamment à dilater l'œuvre de Dieu , pour le bien éternel de la nation chinoise et de la japonaise. Si les Japonais apprennent que les Chinois ont embrassé la loi de Jésus- Christ, il y a lieu d'espérer qu'iUmenth-ont s'affaiblir en eux l'endurcissement qui les attache à leurs sectes mensongères. Je suis plein de cette confiance, que bientôt les ^^^ Chinois et les Japonais, par les soins de notre Compagnie, renonceront à leurs superstitions idolâtriques , et adore- • ront Jésus-Christ, Sauveur de tous les peuples.

Nous avons écrit un ouvrage en langue japonaise, expliquant l'origine du monde et tous les mystères de la vie de J.-C. Nous avons transcrit le même livre en caractères chinois, et nous pensons emporter cet exemplaire avec nous lorsque nous û-ons dans la Chine, afin qu'en même temps que nous apprendrons la langue du pays, nous puissions montrer aux Chinois un témoignage, écrit en des caractères connus d'eux, des vérités que nous venons leur annoncer.

Je prie ardemment votre sainte Charité, aii nom de son amour pour Dieu, et de son zèle pour le service divin, de me recommander elle-même chaque jour à Dieu, et avec elle, toute la Compagnie , dans vos prières et dans vos Saints- Sacrifices. Je sollicite avec ardeur, et votre sainte Charité sera mon interprète et ma médiatrice, les suffrages spirituels de tous les Pères, principalement des profès, et leur intercession efficace auprès du commun Maître, en union avec les mérites de toute l'Église militante, et avec les prières de tous les bienheureux qui vivants étaient de notre Compagnie, avec les vœux unanimes de l'Église triomphante, afin de m'obtenir de Dieu Notre-Seigneur la connaissance évidente, en cette vie, de ce que sa sainte vo-

loqilé réclame de ma part, et le secours et les forces nécessaires pom* accomplir, dans leur intégrité, dans leur perfection, tous ses commandements et tous ses desseins.

Cochin, 29 janvier 1552.

Le dernier de vos fils, et le plus éloigné de votre présence.

François.

tÈtTRE IL

A 1» Gomipagiite) en Euroi^e*

Que la grâce, etc.

Lç 15 août 1549 nous sommes tous, avec la grâce de Dieu, arrivés au Japon en parfaite santé. Nous avons pris terre à Cangoxima, patrie de nos compagnons. Nous avons reçu l'accueil le plus amical de tous les habitants, et surtout des parents du néophyte japonais Paul; et tous, ouvrant les yeux à la vérité qui leur était montrée, se sont faits chrétiens à la persuasion de Paul. Pendant notre séjour à Cangoxima, les habitants nous ont paru goûter merveilleusement les enseignements de la loi divine, en-, tièrement nouveaux pour leurs oreilles.

Le Japon est un vaste empire tout composé d'îles. On y parle un langage unique, qui n'est point difficile à apprendre. Cette contrée fut découverte par les Portugais il y a huit ou neuf ans. Les Japonais sont très-ambitieux d'honneurs et de distinctions , et se présument supérieurs à toutes les nations pour la gloire des armes et la vertu militaire : aussi méprisent-ils les autres peuples en comparaison d'euxmêmes. Ils font de leur appareil guerrier un objet de gloire et de dépense, et n'ont rien dont ils soient plus fiers que d'armes ciselées d'or et d'ai^ent. Ils portent toujours le poignard, à la maison comme au dehors. Lorsqu'ils se 11-

vrent au sommeil, ils le suspendent à leur chevet Enfin ils estiment les armes plus qu'aucune nation que j'aiéTue. Ils sont excellents archers : d'ordinaire ils combattent à pied, quoique le pays ne manque point de chevaux. Entre eux ils sont très-civils, mais il n'en est point ainsi vis-à-vis des étrangers, qu'ils méprisent souverainement. Ils dépensent leur bien en armes, en vêtements, et dans l'entretien de nombreux serviteurs, et ne se préoccupent nullement d'amasser des richesses. C'est un peuple éminemment militaire et continuellement en querelles, où le plus puissant par les armes exerce la domination la plus étendue. Ils ont un souverain unique, quoique depuis 150 ans les princes aient cessé d'obéir à ses ordres, ce qui est une cause perpétuelle de guerres.

Dans ces contrées il existe un grand nombre, soit d'hommes, soit de femmes, qui professent une règle de vie religieuse : on les appelle bonzes et bonzesses. Il est deux sortes de bonzes : les uns portent une robe couleur de cendres, les autres une robe noire. Il règne entre eux de grandes rivalités : les moines cendrés s'élèvent publiquement contre les noirs, et les accusent d'ignorance et de mauvaises mœurs. Il y a de même deux espèces de bonzesses, les unes distinguées par la robe cendrée, et les autres par la noire. EUes sont soumises aux bonzes de leur règle et de leur couleur. Il existe au Japon un nombre infini et presque incroyable, à qui n'en a pas été le témoin, de ces bonzes et de ces bonzesses. J'ai appris par des autorités dignes de foi qu'il existe un souverain dans les États duquel sont des couvents de 80 personnes, soit bonzes, soit bonzesses , et où les moindres couvents en renferment 30. Il en existe une infinité qu'habitent U, 6, ou 8 individus : et d'après ce que j'ai vu moi-même, j'incline à le croûre. Les doctrines des sectes qui régnent au Japon sont venues de la Chine, empire qui occupe le continent opposé. Les Japonais en ont reçu des traditions écrites, concernant les auteurs des diilérentes sectes , qui passent

218 UYBE VIL— LETTRE DEUXIËME.

pour s'être soumis, pendant 2 ou même 3 mille ans, à des pénitences volontaires dans une absolue solitude. Au nombre des principaux sont Ghaca et Amida. U existe en tout 9 sectes, pour les hommes conune pour les fenunes, différant toutes par leurs lois et par leurs préceptes : chacun est libre de r^er sa créance sur la secte qui lui conyient De là résulte que sous le même toit, le mari, la femme et les enfants suivent des sectes différentes. Et cet usage ne soulève en général aucun désordre, chacun étant libre de vivre selon sa persuasion. Cependant il naît souvent des disputes et des controverses, chacun s'efforçant de faire prévaloir sa croyance sur les autres, et quelquefois même on en a vu qui en venaient aux mains. Dans toutes ces sectes, on remarque un silence étrange touchant la création du monde et des âmes. Toutes font mention d'un séjour des gens vertueux et des méchants; mais nulle ne s'explique sur la nature du séjour des bons, ou sur la puissance qui précipite les âmes des méchants dans les enfers. On se borne à proposer l'exemple des fondateurs des sectes : si ceux-ci, dit-on, dans l'intérêt du salut d'un nombre infini de créatures humaines, qui n'expient leurs péchés par aucune peine, se sont affligés personnellement par des rigueurs inouïes et d'une très-longue durée. En même temps l^s bonzes déclarent que tous ceux qui, sans avoir fait pénitence de leurs péchés, auront invoqué les pères et fondapsars de leurs sectes, seront exempts des suites de ces péchés; mais que ce sera dans le cas unique où ils les auront invoqués avec une entière confiance, en reposant en eux toute leur espérance. Ils sont persuadés que l'intervention de ces saints personnages peut même les retirer des enfers. Mais les sectes dont je parle racontent des fables et des prodiges sans nombre, au sujet de leurs fondateiu^, qu'il serait trop long de vous réciter. Parmi ces sectes, il en est qui proposent 300, d'autres 500 préceptes; toutes cependant s'accordent en ce point, qu'il existe 5 préceptes essentiels entre tous, et qu'il est indispensable d'observer. Xe

UVBE VIL— lETTRE DEUXIÈME, 219

premier est de ne point tuer, et de ne rien manger qui ait été tué; le second, de ne point voler; le tro i î ( k ( , ( point commettre l'adultère'; le quatrième, de ne point mentir; le cinquième, de s'abstenir de vin. Ces principaux devoirs sont communs à toutes les sectes. Toutefois les bonzes et les bonzesses, en dénonçant au peuple la force obligatoire de ces lois, lui ont persuadé que les personnes profanes et engagées dans les affaires du monde ne peuvent ellesmêmes observer les cinq préceptes; mais qu'eux-mêmes sont prêts à satisfaire pour tous les résultats funestes de cette inobservation, à la condition que le peuple leur bâtira des couvents, et leur fournira des revenus annuels, et les sommes nécessaires à leur entretien; enfin qu'on leur rendra toutes sortes d'honneurs et d'hommages : ces conditions étant remplies par le peuple, ils observeront en sa place la loi tout entière. Aussi les principaux et les plus riches de la contrée, afin de jouir d'une plus grande licence dépêcher, ont concédé aux bonzes tout ce qu'ils désiraient. De là résulte que les bonzes jouissent d'une grande vénération parmi les Japonais : tout le monde est persuadé qu*à leur prière les âmes sont exempt^JÉ|^ enfers, les bonzes ayant pris sur eux de satisfaire à la loi pour la nation entière. '.

Les bonzes prêchent en public à de certains jours. Le fondement de tous leurs discours est que nul d'entre le peuple ne sera condamûé à descendre aux enfers, quel que soit le nombre de ses crimes passés et présents. L'auteur de leur secte les eût-ils condamnés aux enfers, les bonzes les retireront du milieu des flammes : si seulement, ayant satisfait pour eux, ils se portent le\irs intercesseurs. Et les bonzes eux-mêmes exaltent singulièrement, aux yeux du peuple, leur propre sainteté, qui consiste dans l'obéissance aux cinq lois. En même temps ils dénient aux pauvres, qui sont dépourvus des moyens d'enrichir les bonzes, toute espérance d'être exemptés des enfers. Ils ont coutume de mettre les femmes au même rang que les pau-

vres, si elles négligent raccomplissement des cinq préceptes : ils les déclarent, à cause de la souillure de leurs époques mensuelles, infectées de plus de péchés que tous les hommes ensemble : un être si dégradé ne saurait donc être sauvé qu'à grand'peine. Ils en viennent naturellement à dire que les femmes elles-mêmes; si elles font encore plus de présents aux bonzes que les hommes, peuvent espérer de sortir du séjour infernal. Us déclarent encore, dans leur prédication, que ceux qui, pendantla vie, auront donné de l'aj^ent aux bonzes, recevront après la mort dix fois autant qu'ils auront donné, et dans la même monnaie, pour les besoins de la vie nouvelle. Or, il se rencontre assez de personnes, hommes et femmes, qui confient ainsi aux bonzes des sommes considérables , afin d'en recevoir le produit décuple dans la vie future : et les bonzes leur donnent une garantie dans des billets écrits de leur main. La loule ignorante n'hf^sUc pas k croire à cet intérêt multiple des fonds ainsi placés. On conserve soigneusement les billets des bonzes, et à la moit on les fait déposer dans les tombeaux, présumant que le diable reculera devant cette vue. Les bonnes ont encore mille autres artifices que je ne puis rappeler sans douleur. Mais une chose digne de risée est que, recevant l'ar^eut de tout le monde à titre d'aumône, Us ne donnent eux-mcmes rien à personne. Quant à leurs moyens infinis de se l'ab^e donner de l'argent, je les omets, pour abréger le discours. Mais en présence de l'immensité des dons que l'on fait à ces hommes, et de la considération que leur accorde le vulgaire, nous ne pouvons nous empêcher d'éprouver ime douleur mêlée d'une horreur profonde.

Mais je reviens à l'état de nos affaires au Japon. Nous sommes descendus d'abord, ainsi que je vous l'ai dit, à Gangoxima, patrie de Paul, qui y a, par ses instructions assidues, converti toute sa famille à J.-C, et qui aurait sans peine converti toute la ville, si les bonzes n'y avaient pais obstacle. Ils ont en effet persuadé au roi , dont la

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souveraineté s'étend assez loin dans la contrée, que s'il laissait introduire dans ses États notre divine' religion, non-seulement tout son royaume, mais le culte même des dieux et les institutions de ses ancêtres seraient bientôt infailliblement ruinés, et qu'il devait défendre, sous peine de mort, que personne, à l'avenir, ne se fît chrétien. Apïès une année écoulée, voyant ce prince publiquement flgg^Kk^ à la propagation de l'Évangile, nous dîmes adieu à watt pjftophy tes de Cangoxima, et à Paul, que nous laissân«W' tè^ veiller sur eux, et nous passâmes dans une ville âii<.foyaume d'Amanguchi, où un grand nombre de personnes s' étant converties à la religion chrétienne, je leur donnai pour les instruire le P. Cosme de Torrez.

Je me suis rendu avec Joam Fernandez, à Amanguchi, capitale du royaume, ville immense et qui renferme au delà de dix mille maisons ; nous y avons annoncé l'Évangile au peuple sur les places publiques, aux princes et aux seigneurs dans leurs habitations. Plusieurs nous écoutaient avec avidité, d'autres avec indifférence. Nous n'étions pas toujours à l'abri des injures, de la part des enfants et des gens grossiers, qui accouraient sur notre passage, en nous prodiguant les insultes. Le roi du pays nous fit appeler en sa présence, et nous ayant demandé les causes de notre venue, nous invita de lui-même à lui exposer la loi de Dieu ; il nous entendit avec une attention profonde pendant une heure entière, tandis que nous lui parlions sur la religion.

Mais nous apercevant du peu de fruits de notre zèle et de nos travai;ix dans Amanguchi, nous nous rendîmes à Méaco, métropole de tout le Japon, et siège de l'empire. Ce voyage employa deux mois, et nous n'y arrivâmes qu'après avoir éprouvé des fatigues et des dangers infinis. Autrefois Méaco renfermait, dit-on, 180,000 familles; aujourdliui, par l'effet des maux de la guerre, elle n'en contient qu'un peu plus de 100,000. Dans cette ville, nous ne pûmes réussir à voir le souverain, et, ayant reconnu que

les esprits des habitants étaient trop agités par les émotions de la guerre, pour être disposés à entendre des discours sur la religion, nous sommes revenus directement à Àmanguchi.

Le roi parut sensible aux lettres et aux présents que nous avions apportés des Indes et de Malacca, de la part de révêque et des gouverneurs, et nous en obtînmes, non sans peine, des édits où il déclarait avoir pour agréable la promulgation de la loi divine dans les villes de ses États, et la profession de cette loi par ceux de ses sujets qui l'approuveraient. En même temps, il nous témoigna de grands égards, et nous fit assigner un monastère pour notre demeure. C'est là que , par des prédications de chaque jour et des conférences avec les bonzes , race de gens pervers, et avec les personnes qui leur ressemblaient, nous avons converti à la religion de Jésus-Christ un grand nombre de personnes, parmi lesquelles plusieurs étaient de la noblesse. Dans le nombre, nous avons trouvé des hommes instruits, de qui nous nous sommes servis pour approfondir les mystères des sectes et des opinions japonaises, afin d'en triompher par des raisonnements et des preuves en rapport avec elles. Aussi les bonzes, se voyant trahis par les leurs , et convaincus dans la dispute en présence du peuple, se sentirent enflammés de douleur. Nous voyions surtout éclater leur dépit, lorsque ceux qui entraient dans les rangs des chrétiens, donnaient publiquement pour motif de leur profession de la religion nouvelle, qu'ils avaient reconnu que la religion de leurs pères ne trouvait aucune défense de la part des bonzes qui en étaient les oracles. Les doctrines japonaises n'apprennent rien absolument sur l'origine du monde, du soleil, des étoiles, du ciel, de la terre, de la mer et des autres êtres physiques, et les bonzes ne pensent pas que tous ces êtres aient une origine extérieure à leur substance. Les Japonais se montraient surpris au plus haut degré , lorsqu'ils entendaient dire qu'il existait un seul auteur et père commun des âmes , par

lequel ils étaient créés. Et leur étonnement était d'autant plus profond que, dans leurs traditions religieuses, il est avéré qu'il n'existe aucune mention du Créateur de l'univers. S'il existait un principe unique de toutes choses, assurément, disaient-ils, les Chinois, de qui leur sont venues leurs opinions religieuses, ne l'auraient point ignoré; feàr les Japonais accordent aux Chinois la prééminence en Sagesse et en science, en tout ce qui concerne la religion bu le gouvernement des États. On nous adressait un grand nombre de questions touchant le principe des êtres, s'il était bon ou mauvais , si le même principe était l'origine du bien et du mal? Nous répondions qu'il n'existait qu'un principe unique, souverainement bon, et sans aucun mélange de mal. Cela ne les satisfaisait point; en effet, ils avaient toujours considéré les démons comme mauvais de leur nature, et ennemis déclarés du genre humain. Et d'un autre côté, Dieu, s'il était bon, aurait-il jamais créé des êtres aussi pervers? A ces raisonnements, nous répondions que les démons créés bons par Dieu, étaient devenus méchants par leur propre faute, et que, pour cette cause, as étaient l'objet d'une punition et d'un supplice sans fin. Ils opposaient alor&que Dieu, qui était si sévère dans le châtiment des coupables, ne pouvait être miséricordieux. Ensuite, si Dieu avait créé le genre humain de la manière que nous l'enseignions , devait-il permettre que les hommes venus au monde pour le servir fussent persécutés et tentés par le démon? Pareillement, si Dieu était bon, devait-il créer les hommes aussi faibles et aussi enclins au péché; n'eût-il pas dû plutôt les créer exempts de tout mal? Dieu, disai)ent-ils encore, ne saurait être bon, étant l'architecte de cet eflfrayant séjour des enfers, et se montrant à jamais sans miséricorde envers ceux qui souffrent, au sein des enfers, les plus épouvantables supplices, pour une éternité tout entière. Enfin, s'il était bon, aurait-il jamais imposé aux hommes des lois aussi difficiles à observer ? Tandis qu'au contraire, leurs traditions religieuses en-

seignaient, que ceux qui auraient invoqué les auteurs de leur religion, seraient délivrés, fussent-ils ensevelis dans les supplices de l'enfer. Ils ne pouvaient absolument se pénétrer de la pensée, que des hommes dussent être précipités dans les enfers, sans espoir d'en jamais sortir. Aussi disaient-ils que leurs doctrines étaient, plus que les nôtres, fondées sur la clémence et la miséricorde. Nous leur avons à la fin, avec la grâce de Dieu, donné la solution de toutes ces questions, de manière à ne laisser subsister aucun doute dans leur esprit. Les Japonais suivent en tout la raison, plus qu'aucun autre peuple ; et tous, en général, sont tellement insatiables d'apprendre et indiscrets dans leurs demandes, qu'ils ne mettent aucune fin à leurs controverses, ou à la discussion de nos réponses, lorsqu'ils sont entre eux. Ils ignoraient que l'univers hx sphérique ; ils n'avaient rien appris du cours du soleil et des astres; delà résultait que lorsque nous étions interrogés par eux, et que nous leur en exposions les principes, les révolutions des astres et les causes du tonnerre et des orages, ils nous écoutaient avidement, et paraissaient charmés de nous entendre, nous Considérant avec un profond respect comme des savants de premier ordre.

Cette opinion de notre science nous ouvrit ainsi la voie pour faire pénétrer la religion dans les esprits. Parmi les neuf sectes qui régnent au Japon, une seule professe que les âmes sont mortelles, mais cette secte est réputée détestable par les membres des autres sectes. Ses adhérents sont vicieux et corrompus et ne peuvent souflFrir d'entendre parler des enfers.

A Amanguchi, dans l'espace de deux mois, après de nombreuses conférences, nous avons régénéré dans l'eau sainte environ cinq cents personnes, et tous les jours d'autres se joignent à eux par les eflfets de la grâce divine. Les néophytes nous découvrent avec un grand zèle les artifices des bonzes et les mensonges des sectes japonaises; ils profavent pour nous une affection et un respect

singuliers, et nous avons la confiance que ce sont de véritables et solides chrétiens.

Avant leur baptême, les néophytes d'Anaanguchi étaient agités par une incertitude qui les affligeait et les troublait à l'excès. Dieu ne leur paraissait ni miséricordieux, ni bon, de ne s'être en aucun temps réi&& fjlx Japonais, avant notre venue; s'il était vrai surtout que ceux qui ne lui avaient point rendu le culte que nous prêchions devaient subir d'étemels supplices dans les enfers. Le salut de tous leurs ancêtres leur semblait mis en oubli, et comme négligé par la divinité, qui permettait que ces infortunés, privés de la connaissance des vérités nécessaires, fussent ainsi précipités dans une mort étemelle. Cette pensée si douloureuse était ce qui les éloignait le plus de la religion du vrai Dieu.' Mais la divine miséricorde dissipa bientôt pour eux toutes les erreurs et toutes les indécisions. Nous commençâmes par leur démontrer que la loi divine était la plus ancienne de toutes. Avant que leurs institutions ne leur fussent venues des Chinois, les Japonais, enseignés par la nature, savaient qu'il était défendu de donner la mort, de voler, de se parjurer et de commettre les péchés énoncés dans les dix Commandements; la preuve en était que celui qui commettait Fun de ces crimes était sans cesse en proie aux remords de sa conscience. La raison seule enseignait de fuir le mal et de pratiquer le bien ; et, naturellement, cette notion était profondément implantée dans le cœur de tous les hommes, et tous avaient reçu de la nature et par l'inspiration de Dieu, l'Auteur de la nature, la connaissance de la loi divine, avant d'être instruits à cet égard.

Si l'on conservait quelque doute, il suffisait de fau'e une épreuve en la personne d'un homme élevé, sur un mont solitaire, dans l'ignorance absolue des lois de sa nation : si cet homme ignorant, étranger à toute science humaine, est interrogé et qu'on lui demande : Est-il ou non criminel de tuer, de voler, enfin de commettre toutes les actions que la loi divine interdit; et n'est-il pas naturel de s'en abslcu. 45

226 UfBB VU. — LETTRE DEUXI^MB.

nir rigoureusement? Cet ignorant de toute science humaine répondra, sans aucun doute, de manière à faire connaître qu'il n'est pas ignorant de la loi divine. D^où peut-il ayoir reçu cette connaissanc^^^il^çe n'est de Dieu, l'Auteur de la nature ? Et si cette ^|^m|i^uce existe chez les barbares, que doit-on penser à^^S)p|u[jes nations civilisées et policées? S'il en est ains)^jé^|K|^^ qu'avant les lois humaines une loi dmilë.^itpréexisté naturellement dans le cœur de tous les hommes. Les Japonais ont admis ces raisons, et, délivrés de leurs inquiétudes, .ils ont pris une entière confiance et reçu de nous, avec un cœur joyeux, le joug délicieux du Seigneur.

Mais les bonzes sont nos plus grands ennemis, parce que Dons confondons leurs mensonges. Ainsi que nous l'avons dit, ils faisaient croire au peuple que les cinq commandements ne pouvaient en général être observés, et que pour ce motif ils les devaient eux-mêmes observer pour le peuple, à la condition que le peuple aurait soin de pourvoir à leur existence et à leur entretien. Ils se portaient garants que si quelqu'un de la nation descendait aux enfers, il en serait retiré par leur intervention et leur assistance. Nous, au contraire, nous prouvions à la multitude que dans l'enfer il n'existait point de rédemption, et que personne ne pouvait en être délivré par les bonzes ni par les bonzesses. Étant convaincu par nos arguments, le peuple se plaignait d'avoir été trompé par les bonzes. Enfin, avec la grâce de Dieu, les bonzes mêmes laissèrent échapper de leurs lèvres la confession de la vérité. Ils ne pouvaient, dirent-ils, conjurer pour personne les supplices de l'enfer; mais s'ils ne professaient en public qu'ils avaient ce pouvoir, ils se verraient infailliblement réduits à mourir de faim. Eflfectivement, après peu de temps, les bonzes-, dépourvus insensiblement des oflfrandes de leurs fidèles, éprouvèrent de grandes privations domestiques et se virent en butte à des affronts publics. Au sujet des enfers, des disputes si vives se sont élevées entre nous et les bonzes, qu'ils paraissent

tIVRE YII.— LETTRE DEUXIÈME. 227

m devoir jamais se remettre en favem* avec nous. Un grand nombre d'entre eux s'est séparé de leur société pour rentrer dans la vie ordinaire. Ceux-là nous découvrent les mensonges et les artifices des bonzes qui demeurent dans les couvents» Aussi dans Amanguchi le crédit des bonzes et des bonzesses s'affaiblit tous les jours. Les chrétiens m'ont assuré que sur cent couvents de bonzes et de bonzesses qui existaient dans Amanguchi, la plupart, privés des aumônes des habitants, vont bientôt eeaser d'exister.

Autrefois les bonzes et les bonzesses qui avaient enfreint l'un de leurs cinq préceptes, étaient punis de mort par les princes et les seigneurs des places qu'ils habitaient : soit qu'ils fussent convaincus de péché contre les mœurs, de voi ou de mensonge; soit qu'ils eussent commis un homicide, ou faitpérir un être vivant, ou qu'ils se fussent nourris de sa chair; enfin qu'ils eussent bu du vin. Mais aujourd'hui cette discipline est entièrement relâchée et comme abolie; la plupart boivent du vin, se nourrissent de chair en secret, se permettent le mensonge , commettent publiquement les péchés contre les mœurs, et d'ordinaire ils retiennent chez eux de jeunes garçons dont ils corrompait la jeunesse en sa fleur ; ils n'en font point mystère et déclarent n'y trouver aucun péché. Aussi le peuple, s'autorisant de l'exemple des bonzes, ne s'abstient point de ce crime infâme, et leur propos ordinaire est que ce qui est permis aux bonzes le doit être aux personnes du monde. Ajoutez à cela que les bonzes entretiennent dans leurs couvents un grand nombre de personnes du sexe qu'ils fbnt passer polir les femmes de leurs fermiers. Toutes ces circonstances sont un objet de scandale pour le peuple, qui tient pour suspect cfe commerce familier des bonzes avec des femmes : de même les bonzesses sont visitées à toute heure par les bonzes, sous prétexte de religion; et dles leur rendent ces visites. Le peuple interprète ces hairitudes en mauTaise part. On dit que les bonzesses man^

228 LIVBE vif. —LETTRE DEUXIÈME.

gent habituellement une certaine herbe afin de ne point conceyoir. Au reste, je ne suis point surpris de voir les bonzes souillés de tant et de si grands crimes, car c*est une race de gens qui met le démon à la place de Dieu, et nécessairement ils doivent tomber dans les crimes les plus monstrueux et les plus impies.

Tous les Japonais se servent dans leurs prières d'un long ro$aire de grains, et prient à chaque grain en invoquant l'auteur de leur secte. Les diflférentes sectes récitent plus ou moins souvent cette série d'invocations. Parmi les principaux chefs des religions dont nous avons parlé, sont Chaca et Amida. Les bonzes et bonzesses de la couleur cendrée et la plus grande partie du peuple vénèrent Amida; les autres, sans négliger le culte d' Amida, rendent leur principal hommage à Chaca. Je me suis informé so^eusement si ce Chaca et cet Amida avaient été des personnages fameux par leur sagesse , et j'ai prié les chrétiens de me faire connaître l'abrégé de leur vie. J'ai fini par découvrir dans les livres que ce n'avait point été des hommes; car on leur attribue ime existence de mille ou même de deux mille ans; Chaca, selon certains, passe pour avoir vécu huit mille ans; et la tradition raconte à ce sujet beaucoup de choses impossibles. Ainsi, j'en conclus que ce n'étaient point des hommes, mais de purs fantômes et l'ouvrage du démon.

Je prie instamment tous ceux qui liront cette lettre , au nom de leur zèle pour la propagation de notre divine religion, d'implorer pour nous du Seigneur Jésus-Christ qu'il nous accorde la victoire sur ces deux démons, Chaca et Amida, et sur tous leurs pareils, à cette heure surtout que leur puissance s'affaiblit d'une façon visible dans Amanguchi, par un effet merveilleui de la divine Providence. Le seigneur le plus considérable de ce royaume, et son épouse, personne d'un mérite éminent, nous témoignent une vive affection, et jamais leur protection ne nous a manqué pour la propagation de la religion divine ; mais aucune

de ces deux personnes, quoique elles connaissent la religion, n'a pu se laisser convaincre de l'embrasser : par le principal motif, qu'ils ont à leurs frais construit un grand nombre de couvents pour les bonzes et leur ont assigné des revenus, afin que les bonzes priassent sans cesse Amida de les préserver des vicissitudes et des maux de cette vie, et lésassent parvenir un jour à la félicité dont jouit Amida loi-méme. Ils alléguaient cent autres raisons pour ne point se faire chrétiens, celle entre autres qu'ayant toujours été les fidèles adorateurs de Ghaca et d' Amida, ayant à cause d'eux fait de grandes largesses aux bonzes, et construit un grand nombre de nDjpnastères, s'ils se convertissaient à J.-G. , ils perdraieii|i9meure même le bénéfice de tant d'années de dévotion éf tous les fruits de leur vie antérieure. Ils sont convaincus que tout ce qu'ils ont donné d'arçent aux bonzes, au nom de Ghaca et d' Amida, doit leur revenir après la mort avec un intérêt multiple, accompagné d'une récompense surabondante de leur dévotion et de leur zèle; et pour ne point demeurer privés de ces avantages, ils ont constamment refusé de se convertir à J.-G.

Les Japonais . sont convaincus que dans le séjour des bienheureux on trouvera des festins splendides et tous les hims de l'existence, en abondance et avec toutes les recherches les plus exquises, et que plus une personne se sera rendue agréable à Ghaca et à Amida, plus elle sera élevée en gloire parmi les autres. Tous ces récits composent les mystères et les fables des bonzes qui, dans la vue de ruiner l'effet de nos prédications, n'ont cessé de proférer dans leurs temples des injures contre nous, et au milieu d'un peuple infini d'auditeurs, de nous maudire outrageusement ainsi que notre Dieu. Le Dieu des chrétiens , disaient-ils, est quelque chose d'ignoré, d'inconnu; il est impossible que ce ne soit point le plus grand des démons et le père de tous les autres. Nous sommes, disaient-ils encore denous, les disciples de ce démon ; et l'on doit se garder d'embrasser le culte de Jésus-Christ; dès qu'on aura com-

230 UVtB VIL— LETTRE DEUXieWB.

mencé à le révérer comme mi Dieu, le Japon doit pair. Ils traduisaient aussi le nom de Dieu par une raillerie sacrilège : Dieu n'était autre chose que le Doto, mot qui dans leur langue signifie mensonge : on devait donc se tenir en défiance et nous éviter avec horreur. Telles, parmi bien d'autres, .étaient les calomnies impies qu'ils pnM-^ raient contre Dieu qui cependant, dans sa clémttiee êl sa miséricorde, a fait tourner ces calomnies à sa propi^ i^lre et au salut des âmes. En efiet, parleurs mensonges, nôtre autorité s'est accrue parmi le peuple, et le nombre des adorateurs de J.-G. s'est multiplié chaque jour. Le peuple avait compris, et déclarait ouvertement, que la jalousie des bonzes était le principe de Aj^^èccasations à notre égard. Dans ce pays j'ai travaillé loti|tbuAps et avec application afin de connaître , d'après toutes les anciennes traditions, si les Japonais ont jamais eu connaissance de J,-C., et j'ai fini par me convaincre, d'après leurs livres et leurs discours , qu'ils n'en avaient jamais rien connu. A Gangoxima, où nous sommes demeurés pendant une année, je me suis aperçu que le souverain et ses parents avaient une croix blanche dans leurs armoiries de famille, mais néanmoins qu'ils ignoraient entièrement le nom de J.-C.

Lorsque j'étais à Amanguchi , avec Cosme de Torrez et Joam Femandez , le roi de Bungo, l'un des plus puissants du pays, m'écrivit pour me prier de me rendre auprès de lui : un navire portugais était entré dans son port, et il désirait conférer avec moi sur divers sujets. Aussitôt, afin de connaître les dispositions de son esprit touchant notre sainte religion et de rendre visite aux Portugais, je suis parti pour Bungo, laissant Cosme et Joam avec les chrétiens. Le roi m'a fait le plus favorable accueil. Pendant mon séjour à Bungo, le démon suscita de grands troubles dans Amanguchi. Un seigneur, maître de grandes forces, déclara la guerre à son souverain, le chassa de sa capitale et le dépouilla de ses États. Ce dernier, ne trouvant aucune voie Ûé s'échapper, et;ne*voulant point tomber vivant entre les

mains d'un adversaire plein de fureur, qui récemment avait été son serviteur et son sujet, se plongea son poignard dans les entrailles et se donna la mort, en métne tempA qu'il faisait égorger son flls, qui était auprès de lui, et or-^ donnait de consumer par le feu les deux corps, afin que les ennemis ne trouvassent aucune matière pour leur faire outrage. Et la chose fut exécutée comme il l'avait commandé. Vous pouvez juger, d'après la lettre que m'ont écrite nos Frères d'Amanguchi et que je vous envoie, les périls mortels qu'ils ont courus. Après la mort du roi, les grands et les seigneurs du royaume ayant terminé la guerre à leur avantage, et voyant que l'État d'Amanguchi ne pouvait sub* sister sans souverain, adressèrent une ambassade au roi de Bungo pour le prier d'envoyer à Amangucbi son frère germain qu'ils se proposaient de reconnaître pour leur prince. Le roi s'empressa de satisfaire à leur demande. Ce dernier souverain, qui commande à des armées nombreuses et très-aguerries, ainsi qu'il est ordinaire aux souve-> raîns japonais, règne sur de vastes États et tient en grande estime le nom portugais. Dès qu'il a été instruit de la puissance et du grand caractère du roi de Portugal , il lui a écrit pour le prier de le recevohc au nombre de ses amis, et il lui fait parvenir une cuirasse en gage de son amitié. Il a de même envoyé vers le vice-roi des Indes une personne de sa confiance, pour lui oflFrir avec de grands compliments son amitié, son alliance et ses hommages empressés : cet envoyé, qui est venu avec moi aux Indes, a été reçu d'une manière honorable et très -libérale par le vice-roi. Avant mon départ du Japon, le roi de Bungo a promis aux Portu* gais et à moi-même d'inviter le roi d'Amanguchi à prendre sous sa protection Cosme de Torrez et Joam Femandez. Le souverain désigné d'Amanguchi s'est lui-même obligé dans ce sens pour le temps où il sera mis en possession de son royaume.

Pendant la durée de notre séjour au Japon, c'est-à-ifira pendant deux ans et demi , nous avons subsisté Aes 1MB-

7^2 UfBE fil.— icnoE Dar&iuE.

faits da magnifique sout erain de PortogaL Sa majesté aTait aréoBùé qa'D nous fftt renûs, pour notre royage, plus de 1,000 écas d'or, à titred'aoniôDe. n est incroyable corntrien cet excellent monarqœ nous a farorisés, et combien de d^ienses il a déjà faites et fait jonmeUement encore en fareor denosctrfl^es, de nos résdences, et pour sobrenir à tons nos besoins.

J'étais demeuré qnelqoe temps à Bongo, lorsque, déterminé par l'occasion d'an naTire portugais, j'ai renoncé à rerenir à Amanguchi, et j'ai résolu de prendre la mer à Bungo pour les Indes, afin de reroir, après une longue séparation, nos Pères et nos Frères, de reconnaître quels sont ceux de la Compagnie qui sont jHrojfM^s à la culture du Japon, et de pourroir à tout ce qui peut être le plus nécessaire ici Je suis arriTé à Gocbin le 24 janyier, et j'ai été reçu du Tice-roi de la manière la plus bienreiHante. Au mois d'ayril prochain, quelques Pères seront enroyés du Japon aux Indes , et l'enToyé du roi de Bungo reyiendra dans sa patrie en leur compagnie. J'espère grandement qu'arec la grâce de J.-€. la moisson sera très-abondante en ces contrées; car au milieu d'une nation ingénieuse, prudente, désireuse de s'instruire et qui recherche en tout la raison, sans parier de ses autres qualités éminentes, on doit, comme d'un champ riche et fertile, recueillir une moisson abondante et plantureuse.

L'université de Bandou, située dans une île du Japon, qui a donné son nom à la contrée, est de toutes la plus fréquentée , et un grand nombre de bonzes s'y rendent continuellement pour étudier les principes de leur religion. Les lois re^ieu^es, transmises aux Japonais par les Chinois^ sont écrites en caractères chinois qui diffèrent d'avec les japonais. Il existe au Japon deux espèces d'écritures , l'une pour les hommes et l'autre pour les femmes , et la plupart des hommes et des femmes, principalement dans la nobles3e et le commerce, connaissent les ca- Les bomseç et }e9 bonzesses , dans leurs diffé-

rents monastères, enseignent les caractères aux jeunes gens et aux jeunes filles. En même temps la plupart des nobles et des riches confient Féducation de leurs enfants à des précepteurs particuliers.

Les bonzes ont l'esprit très-subtil et s'adonnent avec prédilection à la méditation de l'avenir; ils examinent dans leur esprit ce qui doit leur arriver, quelle sera leur dernière fin et toutes les questions de cette nature. Parmi les bonzes, il en était qui, par l'effet de leurs spéculations, en étaient venus à ce point de croire qu'il n'existait dans leur doctrine aucun remède pour le salut des âmes. Et tel était leur raisonnement : Il est avant tout nécessaire qu'il existe un principe unique de toutes choses; or, il n'en est fait aucune mention dans les livres; ce silence au sujet de la création de tout l'univers paraissait donc extraordinaire à leurs yeux; que si quelques-uns de leurs devanciers avaient eu connaissance de ce principe, comme ils ne l'avaient constaté et comme confirmé par aucune autorité écrite ou traditionnelle, ils l'avaient laissé dans l'obscurité pour leurs descendants. Aussi des hommes ainsi disposés ont-ils merveilleusement goûté la loi divine. Un d'entre eux a embrassé dans Amanguchi la religion de J.-C, après être durant de longues années demeuré dans l'université de Bandou où il était considéré comme Let imrveille de ses philosophes. Avant notre arrivée au Japon, il avait eu l'idée de se faire bonze; plus tard, ayant changé de dessein il s'était marié. Il donnait pour motif de son changement qu'il avait reconnu l'insuffisance et l'inanité des doctrines japonaises, auxquelles par là même il n'accordait aucune créance; il devait, disait-il, pour être conséquent, rendre son culte à l'auteur et au créateur d cet univers. Sa profession de la religion|de J.-C. remplit de joie nos chrétiens, car il était le plus savant de toute la ville et considéré comme tel.

Plus tard, de nouveaux Confrères, si Dieu le permet, seront envoyés chaque année au Japon, et une résidence de

2M UTVE TIL — LETTU

la Compagnie doit être éMifie dans AmangochL Les Pèm T apprendront la langue dn pays e! slnstmiront des doc*trines des différentes sectes. Ainsi ceox de la Compagnie qui Tiendront d^Europe. pour apporter leurs secours spirituels dans TuniTersitë de Bandou, trouTeront ici des Confrères rersés dans la connaissance de la laïque et des religions du Japon . et ce sera d'un immense avantage pour les Pères à qui sera dérolue la mission de cet empire.

Cosme de Torrez et Joam Femandez sont, à cette heure, occupés uniquement à ensdgner les mystères de la religion et à prêcher au peuple sur les œurres miraculeuses de J.-C Un grand nombre de leurs auditeurs est tellement affecte par le récit de la rie de J.-C. , qu'Us n'entendent point sans larmes et sans gémissements le récit de sa Passion et de sa Mort. Cosme écrit les sermons en notre langue, et Fernandez, qui a fait assez de progrès dans la langue du pays, les traduit en cet idiome. Grâce à leurs trayaux, les chrétiens se perfectionnent dans le bien, et les néophytes qui, dans un autre temps, récitaient sur leurs rosaires une série d'invocations à l'auteur de leur secte, maintenant qu'ils connaissent la manière de servir J.-C., s'adonnent à de pieux exercices et changent leurs superstitions anciennes en des pratiques agréables à Dieu. Ils sont si attentifs et si scrupuleux à cet égard que , lorsqu'on leur apprend à se signer du signe de la Croix, ils veulent connaître à fond le sens des paroles : Au nom du Père, du Fils et du Saim-Esprùy et pourquoi l'on élève la main droite à la tête en disant : Au nom du Père; pourquoi, l'abaissant vers la poitrine, on ajoute : Et du Fils; pourquoi enfin, on la fait passer de l'épaule droite à la gauche, en disant : Et du Saint-Esprit. Toutes ces explications les remplissent de joie. Lorsqu'on leur fait dire : Kyrie eleison, Christe eleison, ils veulent connaître le sens de ces paroles. Ensuite, ils récitent le rosaire de la Sainte-Vierge, en prononçant, après la Salutation angéiiqiie exprimée à chaque moindre grain, le nom de Jésus

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