‹ Lettres de Saint Franc̜ois-Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 6 sur 49 · UTBE TH. —LETTRE DEUXIÈME. 2S · texte numérisé non relu

UTBE TH. —LETTRE DEUXIÈME. 2S

et de Marie, pour les inyocigi^r. Ils apprennent toutes ces le^ çons, ainsi que le reste des prières et le symbole, successiyement et sur la lettre écrite.

L'une des principales difficultés, et je dirai Tune des amertumes qu'éprqgtent les esprits japonais, c'est que la porte des enfers soit absolument fermée, ainsi que nous le leur avons dit, et ne laisse sortir aucune âme. Ils gémissent du sort de leurs enfants qui sont morts, de leurs parents, de leurs proches et de leurs ancêtres ; et leur douleur se révèle souvent par des larmes. Ils nous demandent 5*il est quelque moyen, quelque espérance de remédier à cette malédiction; et je suis obligé de répondre que rien 8Q monde n'en a la vertu; leur douleur est alors très-amère, et les accable au point de les faire se consumer en euxmtaies. Mais dans leur affliction il y a cet avantage, qu'on a lieu d'espérer de les voir plus zélés pour leur salut, afin de n'être pas, ainsi que leurs pères, condamnés aux feui étemels. Ils demandent souvent si Dieu peut retirer leurs p^res du fond des enfers, et pourquoi les supplices de ceuxei doitent être sans fin? Nous leur avons déjà suffisamment répondu; mais ils ne cessent de s'affliger du malheur de leurs parents, et je pouvais à peine retenir mes larmes, en Toyant des hommes si chers à mon cœur souffrir ainsi miséraldementpour un malheur accompli, sans espérance et sans rédemption.

Vis-à-vis du Japon s'étend la Chine, empire immense, qui jouit d'une paix profonde, et qui, d'après les informations des marchands portugais , est supérieur à tous les états chrétiens dans la pratique de la justice et de la vertu. Les Chinois que j'ai connus, ceux que j'ai entrevus, tant au Japon qu'ailleurs, sont blancs de couleur ainsi que les Japonais, très-spirituels et avides de s'instruire; la portée de leur intelligence leur donne môme l'avantage sur les Japonais. Leur contrée est riche de tous les biens ; des villes immenses et populeuses en couvrent la surface; on y voit des dtés magnifiques, décorées de toitures en pierre, c'est

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un mei'veilleux horizon pour Jj^ plaisir des yeux. La renommée universelle est que cet empire est fécond en tout genre de productions, mais surtout en soie. J'ai appris des Chinois eux-mêmes, qu'il se trouvait chez eux des gens de diverses nations et de religions difféngptes, et, autant que j'ai pu le constater d'après leurs récite, je soupçonne qu'il s'y trouve des juifs et des mahométans. Rien ne me donne à croire qu'il y existe des chrétiens. J'espère m'y rendre, en cette année 1552, et pénétrer jusqu'au souverain de l'empire. La Chine est constituée de telle sorte que TEvangile, s'il y est semé, peut s'y propager rapidement ^'«*Jr dilater en tous sens. Et même, si les Chinois sont sepèàïès à la vérité chrétienne, les Japonais abandonneront ] trines qu'ils en ont reçues. Le Japon est éloigné de pou (1), ville considérable et l'une des capitales delà C^Mli» par une traversée d'environ trois cents milles. J'ai la ferme espérance que Dieu doit bientôt ouvrir les portes de la Chine, non-seulement à notre Compagnie, mais aux religieux d^iqp^ tes Ordres, et que le champ sera libre à tous les hoH^8||M^dè^zèle et de piété , pour y faire éclater l'ardeur (U^ieur zèle, dans la conversion des âmes errantes aux voîés de la vérité et du salut Aussi, je prie avec instance tous ceux qui sont possédés du sçèle d'étendre la religion chrétienne, de seconder mes faibles efforts, par leurs Saints-Sacrifices et par leurs prières, afin que je puisse leur ouvrir la porte de cette contrée et donner carrière à leurs pieux travaux.

Je n'ai rien à vous écrire sur les Indes : les Confrères qui y demeurent sont chargés de vous rendre compte des affaires de cette province. Je suis depuis peu revenu du

(i) Liampou ou Leang-pou, près de la ville actuelle de Ning-po, était une place considérable de commerce. Les Portugais y établirent de bonne heure un comptoir. Les violences des Portugais soulevèrent contre eux les Chinois qui réduisirent en. cendre le comptoir et la ville en 1542. Liampou ne put jamais se relever complètement, et la ville de Ning-po, fondée à peu de distance^ recueillit les avantages de son heureuse situation commerdale.

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Japon, j'en aï rapporté des forces corporelles suffisantes, mais peu d'énergie et de forces spirituelles; j'ai néanmoins confiance en la miséricorde de Dieu et dans les mérites infinis du Seigneur Jésus-Christ, et j'espère accomplir selon mes vœux le voyage laborieux de la Chine. Mes cheveux ont entièrement blanchi , mais je suis demeuré dispos et robuste, autant que jamais en ma vie. Les efforts qui sont employés avec zèle pour la conversion d'un peuple raisonnable, ami de la vérité et de son salut, procurent des consolations suprêmes. Dans Âmanguchi, lorsque le roi nous eut permis de prêcher l'Évangile, un si grand concours se faisait autour de nous, que j'ai goûté des fruits de Tie plus délicieux qu'en aucun autre temps de mon existence. Je voyais les esprits des bonzes abaissés devant Dieu par notre ministère , et la victoire la plus éclatante remportée sur ces formidables ennemis. J'admirais la joie de nos néophytes à la défaite des bonzes , leur zèle ardent pour déclarer la guerre aux païens ou pour les atth'er au baptême, enfin leur triomphe dans la victoûce, et les récits qu'ils se faisaient entre eux de leurs conquêtes, de la ruine et de l'anéantissement des superstitions impies. Toutes ces délices inondaient à ce point mon âme, que le sentiment même de la souffrance s'était évanoui. Plût à Dieu que ces consolations divines, effets de la grâce, et adoucissement de nos travaux, dont je vous fais le récit, pussent être révélées non-seulement aux oreilles, mais aux cœurs des savants qui remplissent les académies d'Europe. Combien de ces jeunes gens livrés à l'étude tourneraient leur zèle et leur science vers la conversion des Infidèles, après avoir connu les célestes délices qui découlent de cette œuvre sainte. Si le monde connaissait combien les âmes des Japonais sont heureusement préparées pour la semence évangélique, que de savants quitteraient leurs études, que de chanoines, de prêtres, de prélats mêmes délaisseraient leurs riches bénéfices, et se dégageraient d'une existence amère et sans consolation, pour la seule vie qui

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soit aimable et délicieuse: pour acquérir un tel bien , ils q'hésiteraieut pas^ à faire voile vers le Japon.

Comme je suis arrivé à Gochin au moment même où les navires se disposaient à prendre la mer, et que le grand nombre des amis qui sùaX. venus pour nous saluer m'a souvent interrompu lorsque j'écrivais cette lettre , elle est tracée à la b&te et, sans doute, confuse. Mais je cesse d'écrire, quoique j'aie regret à le faire , en écrivant à de si cbers Pères et Frères, et sur le Japon, mes délices, dont je ne pourrais jamais tout dire, quel qu'en fût mon désir. Je termine en suppliant Dieu de nous réunir un jour dans la céleste béatitude. Âmen,

Cochin, 29 janvier 1552.

Le dernier de vos Frères en J.-C.

François.

LETTRE IIL A H* Slmopa Rodrlcucs? en Por$|is*|l.

Que la grâce, etô.

J'ai désiré vous Instruire de certaines circonstances relatives au Japon, afin que vous connaissiez quelle nature d'ouvriers réclame cet empire. L'on doit choisir de préférence, afin d'en conquérir les peuples à l'Évangile, des hommes d'une vertu consommée, éprouvés par les souffrances et les périls. En effet, à Baudou et dans les autres académies, de grands combats, de grandes persécutions leur sont réservées de la part des bonzes. Je le répète, ils seront tentés violemment, au point d'être en danger de périr eux-mêmes, en voulant sauver les autres, s'ils ne possèdent point dans un éminent degré la force de l'âme et la confiance en Dieu. Ils seront obligés d'endurer les plus grandes rigueurs du froid, car Bandou se trouve beaucoup

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{dos au nord qu'Âmanguchi : ils seront exposés à toutes les privations matérielles, n'ayant absolument pour nourriture que du riz, des légumes et d'autres aliments peu substantiels. Évidemment l'entreprise exige des hommes douSs non-seulement d'une éminente vertu spirituelle, mais aussi d'une excellente constitution physique.

Je suis d'avis que vous nous envoyiez des Belges et des Allemands, qui sont accoutumés au froid et à la souffrance physique, et qui, loin de leur pays natal, et ignorants de votre langue, ne peuvent se livrer à la prédication, ainsi que vous en avez un grand nombre en Italie, en Espagne et en Frapce. Je voudrais aussi qu'ils fussent asses exercés dans la discussion, et dans la solution des arguments captieux, afin d'être en mesure de confondre publiquement les bonzes, dont l'autorité sert de fondement à l'opinion commune dans les universités; et de les réduire enfin à se contredire ouvertement. J'enverrai d'ici quelques personnes à Amanguchi pour y apprendre la langue japonaise et prendre une idée des doctrines et des erreurs de la nation, afin que les sujets plus éminents de la Compagnie qui nous arriveront, aient avec eux des compagnons habiles qui leur serviront d'interprètes , pour déclarer la guerre aux universités : et quoique ignorants de la langue japonaise , ils pourront engager le combat par interprètes, jusqu'à ce qu'assez instruits dans la langue nationale, ils se mesurent directement avec les bonzes. Veuillez faire part au P. i^aee des qboix que vous aurez faits pour les universités japonaises.

De toutes les parties du Japon un grand concours de personnes se rend à l'université de Bandou dans l'intention de s'instruire : à leur retour dans leur contrée, elles enseignent à leurs compatriotes ce qu'elles ont appris. Bandou, m'a-t-on assuré, est une ville très-considérable et très-peuplée : ses habitants sont renommés par la noblesse du sang et par la vertu militaire , quoiqu'il s'en rencontre aussi de mœurs plus douces et tout à fait pacifiques.

Telles sont mes informations sur Bandou. Je vous prie d'avoir soin de nous adresser des Confrères d'une vertu et d'une prudence très-éprouvées.

''ceux qui seront destinés pour le Japon, et je veux ici définir avec détail les principales difficultés, lorsqu'ils paraîtront dans les universités, seront sans cesse assaillis de disputes et de questions de la part des uns et des autres. Ils seront le jouet du peuple, la risée et le mépris de tous. Nul loisir pour la méditation , pour la contemplation des vérités divines; nul moyen de célébrer le Saint-Sacrifice, surtout à Bandou et à Méaco : tout au plus, je dois vous le dire , a-t-on les heures indispensables pour réciter l'Office divin. La demeure des missionnaires est constamment remplie d'un concours infini d'indigènes : ce sont des visiteurs, des questionneurs, des gens envoyés par les personnes de rang, afin de réclamer une .visite, sans admettre jamais d'excuse. Enfin, tant d'importuns surviennent à tout instant, qu'à peine reste-t-il le loisir de s'occuper de son corps et de prendre un peu de sommeil et de nourriture. De son côté, Satan préparera mille embûches, et nos Confrères, privés ainsi des heures de la méditation divine, de la lecture des saints Offices et de ce qui est le souverain bien, des fruits de la très-sainte Eucharistie, si surtout il s'y joint la persécution de la part des bonzes, l'extrême rigueur du climat, l'insuffisance de la nourriture, la privation déplorable de toute consolation et de tout conseil de la part des hommes, ceux, dis-je, qui auront à subir répreuve de tant et de si grandes misères, devront être doués d'une vertu bien singulière.

Vous ferez donc un choix très-scrupuleux de ceux qui seront envoyés au Japon. Les hommes d'un âge trop mûr n'y conviennent pas, parce qu'ils manquent de force, ni les sujets trop jeunes, parce qu'ils n'ont point d'expérience Croyez à mes paroles, vous ne sauriez imaginer à quel point le zèle et la vertu de ceux qui s'enrôleront dans cette milice y seront éprouvés : mais en retour ils seront corn-

blés des consolations divines les plus abondantes, s'ils supportent vaillamment les épreuves et les travaux : le secours et la grâce de Dieu do^i^îlf se verront fortifiés avec plénitude, leur donneront la:5^|ti^^ l'éternel ennemi.

Je vous prie de nouveau, Jœçgi^i^ Frère, de choi-

sir les sujets de la Compag™1j||i^^^ nous adresserez dans les Indes , tels que, nÉSàio" en petit nombre, ils y puissent rendre d'éminents services. Il existe à celte heure en Europe un si grand nombre de maisons de' la Compagnie, que l'on pourrait, dans chacune d'elles, faire choix annuellement de deux sujets doués des taleols naturels du prédicateur, et qui dussent rendre au prochain des services plus grands encore par leurs exemples que par leur science. L'Inde , en effet, est le pays du monde où de tels ouvriers sont le plus nécessaires.

Vous recommanderez également aux Pères qui devront venir, de n'admettre personne, dans la Société, parmi les compagnons de leur voyage. Que si l'on devait recevoir quelques sujets dans les Indes, afin de les appliquer ensuite aux humanités, sans doute ce ne devrait être que ceux qui posséderaient déjà de solides fondements de science et de vertu, et qui ne nous arriveraient que pour terminer leurs études. Vous renvoyez en effet de vos collèges d'Europe un grand nombre de sujets, que nous aimerions mieux nous voir envoyés que de penser qu'on en admet ici dans la Compagnie, qui ne savent que les éléments des lettres.

Combien il serait préférable que nul ne vînt du Portugal aiix Indes avant d'avoir achevé le cours de ses études, et qu'aux Indes nul ne fût admis dans la Compagnie , si ce n'est les sujets nécessaires pour les ministères domestiques! En effet ici, l'ordre des études s'accomplit lentement : ceux qui s'instvuisent ont à franchir un intervalle de plusieurs années rempli de difficultés, avant d'être en état de parler en chaire , d'entendre les conlcssions, d'être utiles à la Compagnie et aux habitants du pays.

0 mon bien-aimé Simon! que Dieu nous réunisse dans il. \K^

2li2 LIVRE Vlï.— LETTRE QUATRIÈME.

la patrie céleste, nous qui pour son amour sommes ainsi séparés sur la terre! Et néanmoins peut-être nous devons nous revoir dans Tempire de la Chine ! Priez ardemment, je vous en conjure, Dieu ISj^-Seigneur, afin qu'il m'accorde la grâce d'ouvrir à d'apifljjijÈdes portes de cet empire, car par moi-même je ne suis qu'impuissance.

L'affaire de la côte de la Pêcherie, sur laquelle vous a écrit Henri Henriquez, cette affaire, dis-je, qui concerne le gouverneur, occupez-vous de la traiter avec sa majesté : elle est essentielle pour le bien de la religion.

De Cochin, le 30 janvier 1552.

François.

LETTRE IV

An P. Paul de CMnerlno^ de Im Gompasiiie de Jésiis»

Que la grâce, etc.

"^ Père Paul, Manoël de Moralez et François Gonzalez par- ;- , tent d'ici pour se rendre auprès de vous. Dès leur arrivée, après avoir pris connaissance de cette lettre, vous irez trouver le seigneur Évêque en son palais épiscopal, et vous lui direz que vous lui rendez et que vous replacez sous son autorité le premier des deux, de qui la personne, à raison de son caractère sacerdotal, dépend directement de lui, et n'est plus dansles liens de l'obéissance d'aucune société religieuse : en effet, je l'ai, comme je vous en ai informé dans une autre lettre, régulièrement délié de ses vœux et rendu indépendant de la Compagnie; ce sujet, doué d'ailleurs de talents éminents pour les fonctions ecclésiastiques, pourra se rendre utile au gré du seigneur évoque, et ce de plein droit, du moment que la Compagnie de Jésus, l'ayant exclu de son sein, le remet à l'Évêque pour être entièrement sous son autorité. Ensuite vous déclarerez h

Moralez lui-même que vous le renvoyez de la Compagnie, ainsi que vous en avez reçu Tordre écrit de ma part. Vous renverrez également François Gonzalez et vous lui dénoncerez de même qu'il ait dorénavant à se regarder comme indépendant de nous. Vous ne permettrez point à ces deux personnes de résider désormais au collège et d'avoir aucune relation, même de visite et de conversation, avec nos Confrères. Il m'est infiniment pénible qu'ils aient commis les actes qui m'ont placé dans la nécessité d'en venir à cette suprême décision; mais ce qui m'est le plus douloureux, c'est, je l'appréhende, que cette sévérité puisse ne pas se borner à ces deux sujets. Dieu Notre-Seigneur sait de quelles angoisses je me sens pénétré en vous écrivant cette lettre.

J'espérais h mon retour jouir de quelque repos après les travaux infinis et lointains que je viens d'accomplir; mais, à cette heure, au lieu de consolation, je ne trouve que des peines bien plus amères, un déplorable désordre d'affaires litigieuses, des contestations et des divisions avec les habitants, qui dégénèrent en scandale pour le public : ce n'était point là ce qu'absent j'avais recommandé. Mais j'en fais l'expérience, je ne vois en plusieurs qu'une obéissance imparfaite ou nulle. Que Dieu soit loué toujours et en toutes choses !

Vous prescrirez à Melchior Gonçalez, en lui écrivant à Baçaïm, où il est, de se rendre immédiatement à Goa: ainsi je le commande par autorité. Vous recevrez sous votre toit Balthazar Nunez (1) et vous l'y garderez jusqu'à inon arrivée. Nous n'y recevrez point, avant mon arrivée, le jeune Thomas Gonzalez qui se rend à Goa ; cependant vous lui direz que, s'il a l'intention de servir Dieu dans la Compagnie, il doit se rendre à l'hôpital et y assister Jes ma-

(1) Nous ne trouvons dans les auteurs aucuns détails sur ce religieux, non plus que sur Thomas Gonzalez dont le nom se trouve deux lignes pins bas.

2UU LIVRE Vil.— LETTRE CINQUIÈME.

lades jusqu'à mon arrivée, qui, je l'espère, sera prochaine, avec la grâce de Dieu. Allez visiter, de ma part, le seigneur évêque et baiser sa main en mon nom; dites-lui que je désire très-vivement me rendre au plus tôt auprès de sa très-illustre seigneurie , et que je me promets les plus heureux fruits et la plus touchante consolation pour mon âme de sa précieuse conversation. Je lui exprimerai de parole combien je me sens redevable envers lui pour toutes ses grâces et tous ses bienfaits, que je ne saurais, je ne dirai pas acquitter, mais même dignement apprécier. J'éprouve un ardent désir de revoir tous mes Confrères de Goa, surtout nos Pères, dont les entretiens me causeront, je n'en doute pas, une profonde consolation.

Adieu. De Gochin, le 4 février 1552.

Tout vôtre en J.-G.

François.

LETTRE V

Au P. Melchlor Nunes (l)^ de la Compagnie de Jém^m.

Moi, François, connaissant à fond. Père Melchior Nunez, votre vertu et votre prudence, et y plaçant une juste con-

(I) Le p. Melchior Nunez Barreto, frère des P. Joam Nunez Barreto, patriarche nommé d'Ethiopie, et Alphonse Nunez Barreto, était né à Porto, en Portugal, d'une des plus illustres familles du royaume. Le jour même où il reçut le titre de docteur à l'université de Coïmbre, il entra au noviciat des Jésuites, et le P. Simon Rodriguez réprouva de la manière la plus sensible. Après huit ans passés dans la Compagnie en Portugal, il fut envoyé aux Indes en 1551. Ses vertus et ses talents le firent choisir par le P. Xavier pour administrer la mission de Baçaim, et dans une lettre fermée, laissée par le Saint à son départ pour la Chine , il fut désigné pour suppléer en cas de mort les P. Barzée et de Moralez, comme vice-provincial des Indes. Ces deux Pères étant morts en 1553, le P. Melchior se vit revêtu de la charge. Un zèle sans doute excessif, car il fut blâmé par le P. Ignace, le fit s'absenter des Indes pour se rendre au Japon. Ce voyage n'eut aucuns résultats, et le P. Melchior dut revenir dans les Indes. Le reste de sa vie se passa saintement dans les fonctions de recteur du collège de Cochin : il mourut dans cette ville le 10 aoû( 1571.

fiance, j'ordonne que cette maison de Baçaïm soit sous vos ordres, et je commande par autorité que vous preniez la chaîne du gouvernement de toute cette famille, du recouvrement et de l'administration des revenus , attribués à cette maison pour la subsistance des Confrères répandus ftt ^ïteE^entes places : je commande que dès le jour où ^;f^l|jir a&rez pris régulièrement possession dé cette supérfcwrité fnc je vous confère, non-seulement tous les Frères et^i^es qui résident à Baçaïm vous reconnaissent pour supérieur et vous obéissent en cette qualité àïr ïc plus léger signe de votre part, mais aussi que tous les Confrères qui pourront par o<jC!asion se rencontrer en cette place , en se rendant à Diu OMans d'autres résidences , demeurent sous votre obéissçapÈ^endant la durée de leur séjour, à moins que moi-meÉfe,— et vous le connaîtriez par un écrit de ma main, — ouïe recteur de la maison de Sainte-Foi de Goa, — auquel, durant mon absence, vous rendrez la même obéissance qu'à notre P. Ignace, — ne l'ayons exempté de votre autorité.

Ainsi je détermine par un mûr conseil de mon esprit : et comme garantie de cette volonté de ma part , je signe cet écrit de ma propre main.

A Goa, dans le collège de Saint-Paul , le 29 février 1552.

François.

i^ Ici j'ajouterai les conseils et les ordres que je désire vivement que vous observiez dans votre charge.

Je commencerai par le soin des revenus, dont le roi luimême ou, en son nom, les gouverneurs des Indes ont généreusement accordé la perception à la Compagnie, non-seulement pour le service des Confrères qui vivent à Baçaïm, mais pour les besoins de ceux qui habitent en cette maison de Goa et dans les résidences qui en dépendent. A cet égard je désire d'abord que vous vous entendiez soigneusement avec notre F. Melchior Gonzalez, qui depuis longtemps, se trouvait chargé de recueillir et d'administrer

2h6 LIVRE vu. —LETTRE CINQUIÈME.

ces revenus : vous connaîtrez exactement par lui quelle est l'importance des sommes qu'il a perçues , ou inscrites en recette, et combien il en demeure à recouvrer. Vousmeren-; di'ez très-exactement par écrit le compte de ce qu'il vous aura fait connaître , car je désire en être instruit. Déclarezmoi surtout avec une parfaite exactitude la somme en espèces que le môme P. Gonzalez vous aura comptée lors de votre entrée en charge.

Dans la disposition de ces sommes, vous devrez tenir en grande considération les nécessités des Confrères qui sont ici, et de cette maison de Goa qui gémit sous le poids de dettes considérables, ainsi que des résidences de Gochin,. de Goulan , du Comorin , qui toutes reçoivent ou, pour mieux dire, attendent leur existence de Goa. En effet, nos infortunés Frères sollicitent plus souvent qu'ils ne reçoivent dos secours, et communément ils subissent l'épreuve d'une longue détresse : or le sentiment intime de leur misérable sort me déchire intérieurement Encore bien que sa majesté, parmi les autres grâces de sa charité, leur ait fait attribuer certains subsides d'une manière spéciale, néanmoins «ces subsides leur sont rarement payés, à cause des embarras du trésor et de la rentrée difficile des revenus publics dans ces contrées. Aussi je considère qu'il est juste que vous fassiez emploi de vos revenus recouvrés ou à recouvrer, pour l'aliment et le vêtement de nos Frères qui vivent avec vous, de manière à ne jamais excéder l'absôlÉ' nécessaire : je vous en prie au nom du service divin et de la charité. Considérez plutôt qu'il n'est point équitable que vous et que les vôtres, qui demeurez assis à la source, vous jouissiez d'une plénitude surabondante, tandis que vos Frères, qui portent le poids du jour et de la chaleur, et qui n'ont pas un droit moindre de participer aux mêmes eaux vivifiantes, se trouvent, par le fait de leur éloignement, condamnés à languir au sein de la détresse et des privations de tout genre. Faites en sorte, je vous en , même en tranchant dans le vif, si c'est néces-

saire, qu'il puisse demeurer une portion considérable de ces sommes, et que vous soyez à même de la faire passer aux administrateurs de notre collège de Goa; ces derniers les emploieront à subvenir aux besoins des Confrères du cap Comorin, de Coulan et de Cochin, qui propagent l'empire de Jésus-Christ avec des efforts et des souffrances infinis : que s'il vous naissait la pensée d'élever quelques édifices en l'endroit où vous êtes, gardez-vous de le faire si vous n'en avez reconnu l'actuelle et absolue nécessité.

De même dans votre table et dans la subsistance de vousmême, de nos Confrères et des élèves du séminaire, faîtes régner une frugalité qui puisse être défrayée par la dépense la plus minime. En ce point soyez attentif à mes paroles: je ne vous recommande pas une parcimonie, pour ainsi dire sordide , qui serait odieuse et presque intolérable , loin de vous cet excès ! je dis plus, et je défends positivement que l'on retranche rien des véritables nécessités de cette mai- .son et de ses habitants; je demande seulement, qu'appréciant avec sagesse et avec miséricorda l'extrême détresse qui s'appesantit, smlout à la côte de Comorin, sur les ouvriers évangéliqués, votre charité se resserre dans les limites de l'absolu nécessaire, au moins pendant le temps qu'il sera pourvu par des voies nouvelles aux besoins de cette église si affligée, où, je le dis avec larmes, tant d'enfants meurent sans être baptisés, uniquemj^nt parce que 'ii^ ressources manquent afin de procurer la plus chétive ^*SSstence à nos prêtres : et si nos prêtres étaient présents dans toute la contrée, et en parcouraient incessamment, ainsi qu'il serait nécessaire, les misérables chaumières, ils surviendraient toujours à temps pour régénérer les enfants à J.-C, avant leur passage de cette vie.

Au sujet de la perception des revenus, voici le conseil qu'il me vient en pensée de vous adresser : il ne me paraît pas convenir que vous en opériez le recouvrement par vous-même ou par aucun des nôtres ; mais vous devez employer les bons offices d'un ou de plusieurs de vos amis

2/l8^ LIVRE VII. —LETTRE CINQUIÈME.

de condition séculière et les constituer comme vos procureurs à cet effet. Dans le choix de ces personnes, vous tiendrez compte avant tout des vertus et de la piété : ce doivent être en effet des hommes considérés dans le monde ^our leur justice et leur équité , et qui donnent d'évidents témoignages de leur dévotion sincère envers Dieu, par la fréquentation des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie ; il conviendrait également que vous pussiez donner à ces personnes quelques pieuses méditations à pratiquer, parmi celles qui se trouvent en la première semaine des Exercices spirituels. Je désirerais aussi que Ton choisît à cette intention des gens riches et possédant un certain patrimoine, s'il se trouvait assez de ces gens, pour que l'on pût faire un choix dans leur nombre. Et voici la raison qui me les fait préférer à des individus d'ime moindre fortune : une portion assez considérable de vos revenus provient de contributions modiques payées par une population peu aisée, c'est-à-dire par des artisans vivant difficilement des fruits quotidiens de leur travail. La plupart ne se trouvent pas en mesure de s'acquitter au terme prescrit, et si les percepteurs ne leur accordent des délais, ils souffrent infiniment dans leur existence; or, ils obtiendront sans peine la faveur d'un délai de la part de gens opulents et surtout vertueux et inclinés à la miséricorde : ces mandataires, riches de leur propre bien, pourront sans embarras faire des avances, dans lesquelles ils devront rentrer avant peu : tandis que des hommes qui sont moins bien partagés du côté de la fortune, se montrent inexorables, exigent le droit avec une rigueur extrême, saisissent et enlèvent sur l'heure la propriété de leurs infortunés débiteurs, s'il arrive qu'ils n'aient point la somme en espèces pour être versée à l'époque déterminée par le droit.

Sur toutes choses, au nom de votre ardent désir d'obéir et d'être agréable à Dieu Notre-Seigneur, je vous prie et je vous conjure d'éviter de jamais offenser personne ou de donner à personne une juste occasion de plainte. Vous y

UVRE VIL — LETTRli SIXIËME, 249

devrez parvenir si vous faiteSr constamment paraître aux yeux du monde une humble ^çlOéiîkie et un extérieur qui éloigne de vous toute présomptidfr d'orgueil ; vous devrez donc, pour ainsi dire, inaugurer votre charge, en donnant eu face du monde les marques les plus sensibles de votre profond anéantissement , en accomplissant publiquement tes ministères les plus humbles, visitant les infirmeries et la prison, assistant les pauvres, enseignant les'plus ignorants du peuple et les jeunes enfants. Ces œuvres, éminemment populaires, vous rendront cher à la multitude, et ceux qui vous auront pris en affection se porteront difficilement à mal interpréter vos actes et vos paroles. Craignez encore qu'après avoir commencé sous ces heureux auspices, une confiance imprudente en vos premiers succès ne vous laisse envahir par l'ennui de persévérer ; continuez au contraire, avancez généreusement ; que le bien vous conduise à un bien plus parfait, et que le peuple soit convaincu que telle est votre voie. Si votre zèle s'est ralenti, vous ne sauriez demeurer au point où la grâce vous avait mis, mais vous tomberez plus bas que le niveau d'où vous étiez monté. En effet, dans la religion, cesser de faire des progrès, c'est s'exposer à être entraîné, malgré soi, trèsrloin en arrière.

LETTRE VI

A Gonealo Rodrignex (1), à OrmuB.

Que la grâce, etc.

Dieu Notre-Seigneur sait combien j'aurais préféré m'entretenir oralement avec vous à vous écrire étant séparé de vous. Il est beaucoup d'affaires qui se traitent plus

(1) Le P. GoDçalo Rodrigucz, né dans la province entre Douro et Minho, fut le successeur du P. Barzée à Ormuz, en 1651. Rappelé en 1553, U exerça

250 LIVRE Vn. — LETTRE SIXIÈME.

rapidement, plus efflcacei]|gg/en présence et par paroles, que par le commerce épistqpp||, toujours si lent par luimême , et muet dans Toccâéiôn d'une objection imprévue. J'ai été ravi d'apprendre, par des personnes qui vous avaient récemment quitté, les nouvelles qui vous concernent; mais j'aurais éprouvé plus de joie encore si j'avais reçu de leurs mains une lettre de vous qui m'aurait fait connaître les fruits que vous recueillez à Ormuz, ou, pour parler avec plus de rigueur, les fruits que Dieu daigne opérer par vous, et ceux qu'il opérerait s'il vous en jugeait plus digne, tandis qu'il est obligé de ne les point accomplir, à cause de l'opposition qu'il éprouve par vos fautes . et vos imperfections qui rendent ses intentions sans effet. Ce sont ces obstacles qui l'empêchent de se manifester par vous. Vous devriez vous accuser sans cesse de ces oppositions à la grâce, gémir dans l'humiliation et dans la pénitence, de ce que, par votre propre faute, vous n'êtes point sous la main divine un instrument puissant pour réaliser les œuvres éminentes et glorieuses qu'il vous avait préparées. Par là , vous consommez une perte immense, imputable à vous seul, celle de l'accroissement de gloire qui revenait à votre Dieu, sans le vice de votre conduite; vous mettez obstacle à cette surabondance de fruits spirituels, qui auraient germé dans les âmes confiées à votre ministère : et ces âmes, hélas ! ne souffrent une disette spirituelle qu'on ne saurait mesurer, des bienfaits divins et des dons de la grâce que parce que vous n'êtes point tel que vous devriez être. Aussi , souvenez-vous de méditer profondément sur cette pensée, du compte infiniment sévère qui vous sera demandé, lors du jugement suprême, de toutes les œuvres de miséricorde que Dieu préparait dans ses conseils et voulait réaliser, mais auxquelles vous avez mis obstacle.

le miDistère des missions à Goa, à Salcette, à Baçaim et à Tana. En 1565 il fut envoyé en ambassade vers le roi d'Ethiopie, et termina sa sainte vie peu de temps après.

Je Yous commande par A*)rité de vous montrer parfaitement soimîis à TégareP^' seigneur Vicaire-épiscopal, de ne prêcher , de n'entendre les confessions , de ne célébrer la sainte Messe qu'avec son approbation et son consentement formel : et ne perdez jamais de vue qu'ici ce n'est pas un conseil, maiA'lizi ordre de ma part; et que je défends, en vertu de la sainte Obéissance, que, pour aucune cause que ce soit, vous viviez en désaccord avec le Vicaire-épiscopal, que vous entriez jamais en différend avec lui. Appliquez-vous avec zèle aux ministères qu'il vous est donné d'accomplir, dans la paix et avec sa faveur ; car j'ai la confiance, à cauSe delà parfaite opinion que j'ai de ses vertus et de sa charité, que s'il vous voit humble et obéissant, il sera plus désireux de vous accorder généreusement les grâces qui vous seront nécessaires que vous ne seriez empressé de les soUiciter. Vous témoignerez aux autres prêtres une vénération et une déférence extrêmes : voua éviterez avec scrupule de concevoir une opinion défavorable d'aucun d'eux, ou d'en avoir même l'apparence, de manière à l'offenser. Ayez-les tous pour amis : donnez à tous l'exemple de l'obéissance au Vicaire-épiscopal : imitant l'ordre sacerdotal tout entier, le peuple rendra naturellement au Vicaire-épiscopal , son pasteur légitime, la suprême obéissance qui lui est due. Je désire que vous conceviez une si haute idée des fruits de cet exemple, qu'il vous soit bien avéré, que d'être aux yeux de tous un modèle d'humilité et d'obéissance, est une prédication plus efficace que celle de la chaire.

Évitez toute recherche de singularité, comme si vous vouliez être admiré du monde et devenir l'objet de la faveur populaire : qu'il soit plutôt évident que vous rejetez avec aversion tout ce qui pourrait vous conduire à la réputation et à la vaine gloire. Un grand nombre de membres de notre Compagnie ont éprouvé de grands inconvénients de cette présomptueuse et téméraire pensée d'être parfaits entre tous. J'en ai renvoyé plusieurs de la Compa-

gnie, après mon retour du Japon^ parce que je les avais trouvés entachés de ce défaulvjmrmi plusieurs autres. Observez-vous et craignez sur toutes choses de commettre de ces fautes qui vous exposeraient au même sort. Afin de vivre dans la Compagnie avec les sentiments d'humilité qui seuls y conviennent, représenter-vous à vous-même combien la Compagnie vous est plus nécessaire que vous ne Têtes à la Compagnie. Ainsi veillez continuellement et ne vous oubliez jamais vous-même : celui qui s'oublie, doiton espérer qu'il se souviendra de ses Frères? Je vous écris ces lignes sous l'inspiration de ma sincère et tendre charité pour vous, et parce que j'entends à mon oreille de sinistres avis qui tous les jours, acquièrent plus de gravité : on dit qu'il se révèle en vous une diminution de l'humilité, une inclination moins sensible à . l'obéissance qu'il ne serait nécessaire à l'exemple que vous devez au peuple d'Ormuz.

J'ai prié M* Gaspard de vous écrire : je l'en ai prié, parce qu'il a la grande expérience de cette ville et de son peuple, après le long séjour qu'il a fait à Ormuz, et que j'ai préstiWé qu'il vous pourrait donner de sages et précieux avis touchant votre conduite en cette résidence, pour le plus grand intérêt du service de Dieu Notre -Seigneur; vous devrez donc avoir en ses lettres la même confiance que vous avez dans les miennes : je dis plus, et je vous ordonne de déférer aux avis de ses lettres, comme si je les avais écrites, et d'obéir aux ordres qu'elles exprimeront

Je vous conseille de ne prendre aucune part aux affaires de mariage : de ne jamais absoudre, sans l'avis exprès et sans l'agrément du Vicaire-épiscopal, ceux qui auront contracté des alliances clandestines :* et afin que vous soyez fidèle en ce point, je vous le commande en vertu de la sainte Obéissance.

Lorsque M*' Gaspard s'est rendu à|Ormuz, je lui ai donné par écrit certains préceptes qui devaient diriger sa conduite. J'ai appris qu'il vous avait laissé la copie de

cette instruction. Je désire que vous la lisiez une fois la semaine;, afin que le souvenir toujours présent des avis qu'elle renferme devienne la règle et le fondement de vos actes : et j'ai la confiance que cet enseignement vous sera très-utile, afin de vous faire marcher d'un pas sûr dans le service de Dieu.

Ainsi qu'il m'est démontré |que le plus grand intérêt du service de Dieu exige que vous témoigniez au Vicaire-épiscopal une soumission et une obéissance parfaites , je vous commande, en vertu de la sainte Obéissance, aussitôt après la réception de cette lettre qui vous prescrit votre devoir, d'aller vous agenouiller en présence du Vicaire-épiscopal et d'implorer humblement son pardon pour toutes les désobéissances et les autres fautes par lesquelles vous l'avez souvent contristé jusqu'à ce jour : ensuite vous lui baiserez la main, en lui déclarant que vous ne faites qu'obéir à mes ordres. En même temps , vous entendrez de sa bouche ce qu'il désire que vous accomplissiez et vous obéirez entiérrement à ses ordres.

Et afin que cette unité parfaite entre vous et le Vicaireépiscopal ne soit pas éphémère et de courte durée, mais qu'elle se perpétue sur des bases durables, vous le visiterez une fois chaque semaine , et lui baiserez la main chaque fois, en témoignage , et si je puis le dire, en gage de votre soumission et de votre obéissance. Prenez garde surtout de ne jamais manquer à ce devoir, même si votre nature y était opposée, et qu'il vous fallût faire une violence extrême à votre opinion et à votre inclination.

Tout ceci doit être accompli comme je le commande, afin de confondre la malice du démon, le père des discordes et de la désobéissance.

Observez avec soin, en parlant au peuple du haut de la chaire, de n'offenser personne directement ni par allusion, de ne point émettre de doctrines trop délicates, d'opinions subtiles à l'excès ou d'ambitieux témoignages d'érudition. Dédaignez les arguments subtils et les lieux communs de

la science, et nourrissez vos discours de preuves sérieuses et solides. Prenez à partie ces péchés qui sont les plus ordinaires dans la ville, flétrissez-les de vos censures avec un zèle ardent pour la gloire divine, avec une modération égale à votre zèle. Mais vous ne devez jamais reprendre en pleine assemblée les pécheurs avérés, ceux même qui ne cherchent pas à demeurer dans l'ombre : vous devez les aller trouver dans le particulier afin de leur adresser vos avis fraternels.

Daiis l'ensemble de votre conduite , soyez pénétré de la pensée, qu'il me serait plus agréable d'apprendre que vous avez obtenu le fruit bien minime exprimé par cet intervalle « » qui ne remplit pas l'espace du vers

le plus court , mais sans avoir causé la plus légère offense à personne , que si vous aviez obtenu un résultat infini, que je représenterai d'une manière incomplète par une ligne entière, dépassant l'étendue du vers le plus long, et pareille à

celle-ci « » ,

si vous avez conquis ce prodigieux succès au prix des plaintes et du scandale d'un grand nombre; ou d'un seul même , et au milieu des clameurs et des luttes. Dans la persuasion où je suis que ce point est d'une gravité suprême, et que de là dépend toute l'espérance et la faculté de procurer réellement l'avancement des. âmes pour la plus grande gloire de Dieu, je vous recommande avec instances de vous pénétrer profondément de cet avis, et de l'observer toujours dans la pratique; d'accomplir tous vos ministères, et spécialement les ministères sacrés, avec calme, avec douceur, avec toutes les marques d'une aimable charité, sans agitation et sans vivacité, sans affecter l'importance, sans provoquer de résistance opiniâtre et bruyante.

Je désire que vous m'écriviez longuement touchant les fruits que Dieu daigne opérer par vous dans la cité d'Ormuz; écrivez avec un détail scrupuleux, faites-moi clairement connaître si vous êtes en de bons rapports avec le

Vicaire-épiscopal, ainsi qu'avec les autres prêtres; si vous êtes respectueux à leur égard, et si eux-mêmes à leur tour vous témoignent de Taffection; enfin si le peuple vous accorde sa faveur, et dans quelle mesure ; s'il ne s'y mêle, pour la troubler, aucune rumeur fâcheuse, aucune plainte à votre sujet.

Vous enverrez vos lettres à Goa. Je dois, il est vrai, partir dans vingt joiu*s; mais je laisserai la recommandation, aux Pères de ce collège , de me faire parvenir vos lettres en Chine où je vais me rendre. Je les y attendrai avec le vif désir de les recevoir, et d'y Ih-e les nouvelles que j'espère de votre part et qui me combleront de joie.

Les aflfahres du Japon, avec la grâce de Dieu, prospèrent merveilleusement. Le P. Oosme de Torrez et Joam Femandez y sont demeurés et s'y consacrent à la culture des nombreux indigènes qui ont embrassé la religion de J.-C, et de ceux qui l'embrassent tous les jours. Tous les deux possèdent la langue dû pays , et par un usage assidu d'un instrument aussi nécessaire , ils se voient en état de recueillir des fruits très-précieux. Cette année plusieurs de nos Frères doivent se rendre au Japon afin de les seconder et de prendre part à leurs œuvres si immenses que je ne puis les exprimer dans une lettre; car elles surpassent dans une mesure incomparable tous les travaux, si merveilleux qu'ilB soient, qu'accomplissent en ces contrées les autres mem-^ bres de la Compagnie.

Je vous fais part de ces nouvelles, afin que votre zèle s'applique incessamment à leur obtenir l'assistance divine, dans vos Sacrifices de chaque jour et dans vos prières continuelles.

Lorsque vous aurez l'occasion d'écrire à ce collège de Goa, n'oubliez pas de joindre au paquet de vos lettres une lettre adressée par vous au seigneur évêque, contenant en peu de paroles les témoignages les plus sen-». sibles de votre vénération la plus humble, et de votre parfaite obéissance. Vous lui devez ces sentiments, parce qu'il

est notre pasteur, parce qu'il est rempli de charité pour nous, et parce que, dans tout ce qui est en son pouvoir, il ne cesse dé nous prodiguer ses grâces.

Je ne vous écris, mon Frère, avec cette liberté, que parce que j'écris à un homme d'une vertu et d'une perfection très-éminentes, qui sait recevoir les avis et qui sait apprécier une correction salutaire, plus que les agréments d'une adulation stérile : votre discernement, la subtilité de votre sens, vous font préférer les remèdes bienfaisants à la douceur d'un lait vénéneux. Je me serais servi de paroles gracieuses et de nature à plaire à votre esprit, si j'avais cru que je m'adressais à quelqu'un de faible et de délicat; mais j'ai confiance en votre force et en la solidité de votre esprit, et je n'hésite pas à vous tenir un langage exempt de tout artifice, à vous montrer sans voiles toutes les profondeurs de mon âme : ainsi je vous invite à rendre grâce à Dieu de ce qu'il vous a formé d'une telle nature, que j'ai pu sans témérité découvrir à vos yeux la vérité tout entière, dans sa réalité pure et sans précautions étrangères : en effet cette rare sagesse, que vous avez acquise par une patiente et singulière étude , vous rend désormais facile de mépriser une flatterie féconde en pernicieux conseils, et vous fait estimer de salutaires réprimandes au-dessus de louanges funestes et dépourvues de sincérité, de la part de personnes qui craindraient de vous offenser, vous estimant un homme faible et sensible à la peine. Ces formes conviennent à des enfants et à des novices : et ce serait faire injure à des vétérans aguerris dans la milice de Dieu , que de présumer qu'on les doit allaiter comme de tendres nourrissons et les ménager avec les soins timorés des nourrices.

Je n'ai point, croyez-moi, pris la plume pour vous tracer ces lignes, avec une absolue nudité de langage, avant d'avoir imploré les lumières de l'Esprit divin. Mais j'ai reconnu son inspiration , et j'y ai pris la confiance de vous écrire d'un style qui convient à des hommes parfaits,

ayant laissé derrière eux les fragilités de ceux qui débutent et qui sont à l'entrée de la carrière.

Et ainsi que par la divine miséricorde nous nous reverrons bientôt dans la gloire du P^ci^s, je n'ajouterai rien, si ce n'est de vous inviter à iké jN^t oublier, à ne perdre jamais de vue l'amour avec lequel , Dieu m'en est le témoin , je vous ai écrit cette lettre , et de l'accueillir avec les sentiments d'une égale et réciproque affection. Proposez-vous, en la lisant, l'intention qui m'a dirigé quand je récrivais , c'est-à-dire la plus grande gloire de Dieu Notre-Seigneur , et le principal intérêt de votre âme qui m'est très-chère.

Adieu. De ce collège de Sainte-Foi de Goa, le 22 mars

Vous ferez lire cette lettre au seigneur vicaire-épiscopal.

Le dernier de vos frères en J.-C.

François.

LETTRE VIL

An P. Simon Rodrisues, de la Compagnie de Jétins, en Pertasal.

Que la grâce, etc.

Je vous écpirai bientôt avec plus d'étendue touchant les affaires de la Compagnie dans ces contrées, mais je dois vous expédier isolément et pour un cas particulier cette lettre plus brève : elle concerne André Carvalho qui en sera le porteur.

J'ai cru devoir vous renvoyer cet excellent jeune homme en raison de sa santé. Il supportait difficilement l'existence dans les Indes ; et à son âge, avec son tempérament, les médecins ont espéré que l'air natal pourrait réparer ses forces épuisées par la maladie et leur rendre leur énergie

258 LIVRE VII. —LETTRE SEfT^ME.

prip^itiye. En revenant ici d'un voyage, je me suis convaincu , d'après le témoignç|ge u^a^ime , qu'il ne Je cédait à personpe de nos Çpnff^res, sous le rapport des dons paturels et de ceux de la grâce. En général, nos anciens Pères font résider un grand çflpqir en ce jeune honiipe , à cause i^es vertus dont l'a dopé Dieu Notre-Seigneur, vertus gue Jepaêm^ Seigneur fera croître par ss^npiisériporde. Çlp vérité, je partage l'opinion de nos P^res et je vpus communique |a joie de cette pspérçmce, souhaitant et présupaant avçp ypflS cpie ce Frèrp multipliera ses mérites et produira dans la Çompagpîe tous les fruits qu'il promet. Je vous çoqji^re, par votre amour et votre piété envers Dieu Notre-Seigneur, paon généreux Frère Simon, de recevoir André Garvalho avec toute la charife que nous attendons de vous et d'en prendre le soin le plus affectueux.

Je vous écrirai, dans le plus grand détail, sur les événements de ces contrées, si Dieu le permet, avant de mettre la voile pour Cochin; et ce départ aura lieu, je pense, dans quinze jours. Que Dieu Notre-Seigneur nous rassemble dans la gloire de son Paradis; car je ne prévois pas que dans cette vie nous puissiops pous retrouver jamais dans les bras l'un de l'autre. Soyez bien persuadé, mon trèsaimable frère Simon , gue je porte partout votre image gravée au fond de mon çœ^, et que cette image vous rend sans cesse présent à ma pensée; et môme ce désir que j'ai nourri longtemps avec une ardeur sincère de vov^s voir des yeux du corps, «i'est devenu plus légpr, ççiç la yue intérieure, qui m'est si cpnsp.l^nte, de yotfe personne si chère.

Adiep. ÇJoa, %1 mars 1552.

Vôtre frère en J.-C

Ff^ANÇQIS.

LIYBE VIL— :l.ETTRE flWTI^E. 259

lETTRE VIII.

Au f, Antonio Heredfa (1).

Yfiiçi |eg préceptes que yous devez observer dans votre Bjjçjstère à Cochin :

Avant toutes choses, vous vous appliquerez, avec toute la puissance qui est en vous, avec une sagesse et un zèle infipis, à vous concilier l'aflfection de tout le inonde, et principalement des prêtres et des religieux 5 vous témoignerez un empressement tout particulier au chapitre et ^wx administrateurs de la sainte église de la Mère de Dieu, recherchant avec ardeur et mett^ eu œuvre tous les moyens, toutes les industries, pour les bien convaincra que vpus n'avez aucun autre désir que d'entrer huçnhlement dans leurs intentions^ et de contribuer de tous vps efforts à Taccroissetaent de \r dévotion et de la vénération populaires envers ce sanctuaire de la Mère de N.-S. : Ypus. les visiterez souvent et vous leur prodiguerez vos pr^venapces; enfin, c'est dans leur sein que vous déposerez ftvec confiance le poids de vos nécessités spirituelles, de ya§ douter et de vos inquiétudes, et c'est d'eux que yous gf pn^re:? conseil.

^i des pauvres viennent implorer votre assistance pour leurs besoin? temporels, vqus les adresserez ^nx Çpnfrères fle la ft|if)^0nr^e, auprès de qui vous plaiderez la cause de ceS) igfpif^^» aQn de lenr faire obtenir les secour» que vQt^ û^^ii^nfi^ personnelle vqu^ rend impuissçint à leur j^rxxeufççi et croye? que cette çonfesision de pauvreté sera salutaire et fera conaprendre, à ces autres pauvres, queVaumône qu'ils vous devront ne proviendra pas de vos

(l) Le P. ^ntpnio Heredia, arrivé aux Indes çn 1551, fut, çn 1552, nommé recteur du collège de Çochin : en 1553 il fut envoyé à Ormuz, où il donna de merveilleux exemples de zèle apostolique, au milieu de la peste et des maux de tout gçnre qui affligèrent sa résidence.

ressources, mais sera le don libéral de la Société de la Miséricorde. Et lorsque, dans ces occasions, les indigents qui viendront auprès de vous vous exposeront la pénurie qu'ils éprouvent des objets les plus nécessaires à la vie du corps, à votre tour vous les avertirez de leur misère spirituelle, qu'Os ne ressentent pas au même degré, et à laquelle ils ne cherchent pas de remède, leur offrant pour le salut de l'èrae la médecine essentielle, qu'ils ont à leur portée, s'ils consentent seulement à en faire usage; vous les exhorterez à ne point négliger ces derniers secours; vous leur conseillerez, d'une manière pressante, de diriger leurs esprits vers Dieu, de le prier, de l'adorer et de se le rendre favorable, en s'approchant dignement des sacrements de Pénitence et d'Euchasistie. Vous leur offrirez, à cet effet, votre ministère toujours empressé, et vous leur ferez pressentir qu'après qu'eux-mêmes auront accompli leur principal devoir, vous ne manquerez pas de les seconder pour leur faire trouver tout ce qui est nécessaire à leur existence, par les moyens que j'ai précédemment indiqués.

Dans vos rapports généraux avec les personnes du monde, vous apporterez une attention extrême à ce que tous puissent reconnaître en vous une modestie constante et sans affectation ; vous n'adresserez la parole à personne si ce n'est avec douceur et avec humilité; vous prodiguerez avec empressement aux ecclésiastiques et aux séculiers tous les égards qui sont dus à chacun d'entre eux : — vous savez, d'après saint Grégoire, que de l'humilité naît l'affection, et que de l'orçueil naît la haine. — Si de vos ministères il est résulté quelque fruit, vous ne chercherez pas à en avoir le mérite; vous n'en accepterez pas la louange si elle vous vient d'ailleurs; mais vous l'attribuerez tout entière aux auteurs ou coopérateurs, c'est-à-dire aux véritables pères de ces œuvres pieuses, ainsi que vous le confesserez avec reconnaissance et sincérité. Si votre intention et le but de tous vos efforts sont de concourir à accroître la bonne réputation de notre Compagnie, demeu-

rez convaincu que vous n'arriverez à cette fin d'une manière efficace , et que vous ne verrez se réaliser vos désirs , que si vous faites paraître aux yeux du monde les preuves les plus signalées d'un détachement, d'une humilité à toute épreuve ; ceux qui vous auront jugé véritablement humble estimeront que vos Frères, qu'ils ne voient point, sont semblables à vous qui leur êtes présent, et concevront une opinion très-juste des religieux de la Compagnie de Jésus ; ils accorderont à tout l'Institut Festimeet la faveur que le détachement de soi-même inspire naturellement au milieu du monde.

C'est l'unique voie pour étendre la bonne rehommée de la Compagnie : et vous le comprendrez sans peine, si vous vous souvenez que les premiers, qui, par leurs travaux dévoués uniquement au service de l'Église , ont conquis une si grande réputation à notre Ordre, n'ont dû leur succès qu'à l'exercice de toutes les vertus, et principalement au détachement de toute gloire humaine et à l'anéantissement de leur propre personne : c'était , à leurs yeux , le fondement de la vie parfaite, et ils en ont partout donné d'éclatants exemples. En imitant nos Frères, vous vous montrerez digne de notre nom, et vous dilaterez l'estime de la Compagnie : agir différemment, ce serait vous égarer, et ce serait détruire ce qu'ont édifié ces Pères!

Souvenez-vous, avant toutes choses, que l'ascendant qui ^'exerce sur le peuple, que la faveur et l'assentiment de la multitude sont des grâces de Dieu : lui seul les accorde uniquement à ceux qu'il voit confirmés dans la vertu et qu'il juge devoir employer dignement ce talent si éminent et d'une efficacité souveraine pour leur propre salut et pour celui du troupeau qui leur est confié. Mais ceux qu'il voit dans de telles dispositions qu'ils feront servir à la satisfaction de leur amour-propre les fruits qui pourront provenir de leurs ministères , il les prive justement de sa grâce et ne leur concilie pas l'opinion des hommes : il ne leur permet point de recevoir, pour ainsi dire en poupe, le vent

iéi tltkE Vtl. —LÉtTRE HUITlÈMfe.

favorable de l'approbation pbpulaîrie, afin que les dons divins ne soient point méprisés, sî on les attribue au travaU et à rintelligeiice de l'homme : de sorte qu'il n'y ait plus de' différence entre les saints et les imparfaits ; que les sujets tlèdes et négligents dans le service de Dieu, s'âppuyant sur des fruits mensongerà de succès, et sur lés prédicaments de la vaine gloire, ne se fassent pas l'illusidn de croire leur vértii parfaite, et ne recueillent pas, dans l'opinion téméraire d'ûh peuple ignorant, le renom glorieux de véritables apôtres. Vous aurez soin de prier sans cesse et avec ardeur notre divin Maitrç, afin qu'il vous fasse la grâce de connaître par une leçon intérieure la nature et la gravité des obstacles que vous ne cessez d'apporter aux progrès de l'Évangile, vous opposant , par votre fàiite, à ce que Dieu ne répande toutes lés lumières qu'il désirerait, parmi ce peuple que vous dirigez si imparfaitement et sur lequel vous n'avez pas l'autorité persuasive qui vous serait nécessaire, et cela par votre faute : parce que vous n'avez ni la ferveiu* ni la fidélité qui vous rendraient digne de la faveur céleste.

Lorsque tous les jours, à des heures régulières , selon l'usage de notre Compagnie , vous faites l'examen dé vos actions, considérant en quoi vous avez péché , n'oiiblîëz point de vous demander compte avec une extrëibe rigueur de la manière dont vous aurez acconipli le ministère de la parole divine, du haut de la chaire sacrée : celui de la Pé-^ hitencé sacraniéntelle, au saint tribunal ; enfin votre devotf'' dans les entretiens de chaque jour, et dans le commerce ordinaire avec les personnes du monde. Vous observerez avec scrupule ce que vous avez l'habitude d'omettre par négligence ou d'accomplir d'une manière imparfaite : vous prendre^ la ferme résolution , que bientôt vous réaliserez fidèlement , de vous amender, ainsi qu'il est de votre devoir. Et si vous vous amendez aussitôt que vous reconnaissez votre faute , notre Dieu si plein de miséricorde n'hésitera pas à prévenu* de ses grâces les efforts de votre pénitence : il vous comblera de é'es dons et changera vos

LiyRE VIL —LETTRE HUITIÈME. 263

imperfections anciennes en de féconds motiïs de progrès.

Je ne voudrais pas, qu'ainsi que font plusieurs, voiis Dlaciez l'espérance de vous concilier le peuple dans dès * artiiOices humains ; que vous agissiez avec art afin d'obtenir la faveur du vulgaire et la réputation , en affectant dans vos actes et dans vos discours d'employer des moyens de nature à séduire et à enlever la multitude. Cette recherche est indigne d'un apôtre de l'Évangile : outre qu'elle est toujours accompagnée d'un seiitiment ambitieux et jaloux de vaine gloire, sentiment égoïste et funeste, elleèstune suprême injure envers J.-C. N.-S., de qui l'honneur, qui devrait prévaloir sur toutes choses aux yeux des prédicateurs, est alors sacrifié par eux à leur réputation personnelle : s'ils obtiennent de la renommée, s'ils se voient en possession de l'objet de leur aihi3ition, ils n'éprouvent point de regret à laisser s'affaiblir en eux le zèle ardent de la divine gloire, dont ils devaient, au prix de siiprêmes efforts , établir le règne dans les âmes en les convertissant à Dieu d'une manière inébranlable.

Je vous invite à méditer profondément tous les avis qui précèdent; appliquez-vous à pénétrer de ces sentiments les parties les plus intimes de votre aine et à les en imprégner : ne laissez point s'évaporer les célestes insph'ations dont notre Dieu dans sa miséricorde vous illumine au milieu de la méditation des vérités saintes, mais j|^ueiilez-les avec soin et consignez-lés dans un livre afin d'en garder la mémoii-e. Croyez-moi, le principal des progrès accomplis dans les âmes qui servent Dieu dans la vérité réside en cette pratique, et dans la méditation profonde et réitérée des enseignements, fruits de la prière et de la contemplation. En effet, celui que l'esprit divin a daigné visiter par les rayons iuinineiix de sa vérité, s'il en recueille les enseignements et les consigne sur un livre , éprouvera des impressions tout autrement sensibles et profondes, en les relisant plus tard, que s'il n'avait pas éprouvé ce dont le livre a conservé l'empreinte; il ranimera dans son esprit

26Zl LIVRE VIL —LETTRE HUITIÈME,

Jes idées et les impressions elles-mêmes, et ces vives images lui seront de nouveau sensibles; leur souvenir sera si distinct à son intelligence, qu'il y puisera les forces nécessaires pour agir et pour philosopher sainement, selon son devoir et la loi des circonstances. Il existe une infinie différence, dans rintelligence et le sentiment spirituels, entre les lecteurs vulgaires des pensées écrites parles Saints au sortir de leurs entretiens avec Dieu, et ceux qui reconnaissent dans ces pensées les impressions de leur expérience antérieure et personnelle : les personnes qui n'ont point le privilège de ce souvenir et de ce sentiment intime ne re-* cueillent de leurs lectures qu'un très-faible avantage. Je vous conseille donc très-vivement de rédiger pour votre usage un mémorial de ce genre, et de noter attentivement sur un cahier les pensées lumineuses que Dieu vous aura secrètement inspirées dans vos méditations de chaque jour, les estimant d'une souveraine valeur, vous en considérant indigne, et, ainsi qu'il convient, vous humiliant d'autantplus que Dieu vous a favorisé de communications plus sublimes.

Ayez cette attention sérieuse et efficace de vous entourer d'amis éclairés , parmi les séculiers mêmes , qui aient assez de lumières pour reconnaître les imperfections de votre prédication, de votre méthode en la sainte Confession, enfin de tous les autres ministères que vous accomplissez; que ces amis soient assez libres pour vous donner des avis sincères, et que vous-même, instruit par ces coo^ seils, vous corrigiez vos fautes, et vous vous en prései*^ft«0r pour l'avenir, par un juste retour sur vous-même.

Dans le saint ministère de la Confession, vous éviterez une hâte trop expéditive et trop sommaire, et vous donnerez une attention patiente à ce devoir, afin de faire accomplir aux pénitents des progrès plus importants et plus sûrs. Aussi lorsque vous aurez sous votre main des personnes qui ont besoin d'être assistées, et qui peuvent l'être avec fruit, de qui l'existence est d'ailleurs assez régulière, pour qu'elles aient le loisir et la volonté de s'appliquer à

la culture de leur âme ; après que vous aurez entendu l'aveu de leurs fautes, vous 1^ jirescrirez de demeurer dans J'attente pendant quelques Jours, et de se disposer à la contrition sincère de leurs péchés en s'excitant à la douleur d'avoir offensé Dieu , qui est tout-puissant et souverainement aimable. Dans cette vue , vous leur imposerez comme un devoir d'accomplir de pieuses méditations sur la mort, sur le jugement, ou sur les peines des réprouvés dans l'enfer , afin qu'elles conçoivent d'une manière évidente en quelle complication de funestes misères elles se sont engagées par le péché, et qu'elles éprouvent une haine et une désolation si profondes de leurs iniquités passées, que la contrition arrache à leur cœur des larmes véritables , et le ferme propos de se convertir , et qu'elles vous donnent ainsi l'assurance qu'elles mèneront désormais une vie très-innocente.

Vous observerez surtout cette conduite avec ceux qui sont exposés à des tentations continuelles et à la séduction du péché, qui se voient constamment détournés de bien faire, et qui, par l'etfet de la fragilité humaine, ne sauraient être crus sans avoir donné des gages, lorsqu'ils promettent de mener dans l'avenir une vie meilleure. Tels sont ceux qui ont nourri des inimitiés graves avec des adversaires, et qui ne se sont pas réconciliés encore ; ceux qui n'ont point rompu d'une manière définitive avec les engagements d'une passion criminelle, et qui ne paraissent point assez garantis contre les retours de leur vice, au premier échec de l'occasion ; ceux enfin qui possèdent le bien d'autrui, et qui, jusqu'à ce jour, ont imaginé des retards et ne Font point rendu. Tous ces pécheurs, après leur confession, doivent être exercés par vous dans des méditations ascétiques en rapport avec leur état spirituel; et lorsqu'enfin ils auront satisfait à leur conscience, vous les pourrez absoudre ; et en les renvoyant, vous les exhorteriez à se présenter souvent par la suite au tribunal sacré de ^a Pénitence.

266 UVte VII. —LETTRE HUITIÈME.

Toutes les fois qu'il ^wRk Q^^ les pénitents dont vous entendrez les cohfeMJMy sentant leur conscience grevée par ùh bien mal acqîS, voiis eh apjporteront la valeur pour être distribuée aux pauvres sdôn votre discrétibîi, parce qu'ils efa ignorent le propnëtàirè légitime, vous ri'eiriploiérez aiicune partie de ces sbnimés pour votre ùisàgë où pour celui dii collège, si grands aaillèurs que piiissëiit être vos besoins; vbiis ne conseniirëz point à les distribuer ëiitre des personnes ou des familles indigentes; mais vous lés remettrez tout entî^i*és aux présidents de la tbiifrérié de là Miséricorde, afin qu'ils en fassent l'emploi selon leurs propres lumières. Ainài vous fermerez l'entrée à des soupçons qui seraient compromettants et qui vous priveraient de l'autorité nécessab'e pour l'avancement de la religion.

Agissez toujours , dans vos rencontres et vos conversations avec les personnes du monde, dans les rapports que vous aurez avec elles pour les diriger vers le bien, de manière à ne jamais laisser échapper, si grande et si intime que soit votre familiarité, rien qui soit de nature à vous être opposé , s'il arrivait , et vous devez toujours présumer que ce doit arriver, que ces personnes se tournassent contre vous. Cette prudence est d'une importance extrême, pour vous d'abord, et ensuite pour ceux dont voUs avez à cœur de procurer l'avancement.

Aux personnes qui se seront confessées , qui témoigneront qu'elles sont contrites , et qui solliciteront leur absolution , vous né l'accorderez point avant qu'elles n'aient donné des gages de satisfaction , en ces trois points principalement : des inimitiés , du désordre des mœurs et de l'injuste détention du bien d' autrui. Imposez -leur avant tout de se réconcilier publiquement avec leurs ennemis ^ de retrancher d'elles toute occasion d'offenser la morale, de rendre au maître légitime le bien injustement possédé ; d'accomplir enfin toutes les réparations dont la conscience leur fait un devoir immédiat ; qu'elles ne s'estiment pas libé-

LiYKE VII. —LETTRE NEtlvlÈÙÈ. 267

fête par la simple P^^^ffi^^^ i^^^ ^^ ^^^ P^Y^ ^oiit ausi^I éiîipréssfe et facilfelgi(Hf ^'étigager, qu'ils isoiit pà^rtisâeux et lehtS pôiii* s'atqïmter : il faut donc avec etix thdtër, pour àiîîiii âîjfe, les arrhes dans la main,

TbttS les ekoftà Çttfe TOtiè pourrez accomplir, avec l'as- Siàtence de iJieu, tioul' coils^tVer et pour accroître la ren'ômniëe fôvbtablë et k bonne o det* dé notre Compagnie, Vous les âccblilt>itrë4 pSf tbtré fatiflitlllé parfàitb, par Vôtre SSlnte vie, pârir&tiiè èèîê dés âtoes et par- les idbUvres de fce zèle : ceux qUÎ t)rtiêurèrfetlt à là fclôrfipà'gniê î'estiiîiè qui fait &a cbiisolâtiôti, l'ont acquise à ce prii sëillèmenl, atec là faveur dfe ilteu : que lé môiiié t)ièd demeuré tôujotltS aVèc vbus ! Anieii.

t)fe fe'ôà, le 2 avril 4552.

Vote frète ëh 1-G.

Pèançois.

LÉÎTRE iX.

Au P. Melciiior Nunt»*

Je vous prié ittstâmifiënt et je vous conjuré , au nom de vdifë ànibur pôût- i.-C. et de votre zélé i)our là gloire ditlné, de vous éfforcëi- dé répatidre ëh tous lieux la bonne ÔdéUr dé J.-C. et de vouS iribiitréf, datis vbtré résidence, l^èieiiiplé de toutes lés vertus. I*âr-désèus tout vbus serez attentif à h'ottfeiiser jamais les esprits dés hbmnies. Vous y réussilréz si Vous faites paraître en vous la modestie et rhiinlilité chrétiennes. liés le prihciîie , vous vbus exercerez aux œuvres les plus humbles et les plus infimes. Les habitants, n'eii doutez pas, gagnes par ces façons d'agir, prendroUt en bonne part toutes vos paroles et vos actions. Ils seront d'autant plus touchés qu'ils vous verront persévérer dans les mêmes voies avec une ardeur toujours croissante. Je tous prié donc instamiiiênt dé ne point perdre

de vue votre avancement spb^el ; car vous n'ignorez pas que c'est reculer que de nejjliittt avancer dans la vertu.

Je vous demande encore, iBt*j'y insiste au nom de Dieu, d'encourager par votre exemple le peuple à la piété. Si vous possédez l'humilité d'esprit, unie à la prudence, je ne doute pas que vos travaux ne vous procurent des fruits abondants et que vous ne deveniez un prédicateur accompli. En eflfet, l'humilitélet la prudence sont les mères et les maltresses d'une infinité de grandes œuvres. Vous visiterez souvent les hôpitaux et les prisons. Ces devoirs de l'humilité chrétienne sont agréables à Dieu et salutaires pour autrui , et elles procurent une singulière considération et autorité dans l'esprit du peuple, même aux persoimes qui n'ont ni l'occasion ni la faculté de prêcher. Vous vous appliquerez à vous concilier l'amitié du gouverneur, du vicaire de l'évêque, des prêtres, des Confrères de la Miséricorde, des magistrats royaux et de tous les habitants , et vous conserverez cette amitié par tous vos eflforts. C'est d'un immense intérêt , afin de diriger dans la voie droite les esprits des hommes , tant par les prédications que par le ministère de la confession et les entretiens familiers. Pour conserver et multiplier ce nouveau troupeau de chrétiens, je désire que vous réclamiez l'initiative et l'appui du gouverneur, du coadjuteur et des Confrères de la Miséricorde. Vous aurez soin de même, si grands que soient les fruits de piété qui seront résultés de vos efforts, de les leur rapporter entièrement Par là même, ils vous seconderont davantage, ils seront plus éloignés des'opposeràvostravaux. Ainsi encore vous trouverez dans vos épreuves et dans vos luttes des amis et des protecteurs plus nombreux , et un nombre moindre d'adversaires, si ce n'est aucun. Eu effet, qui osera s'attaquer à vous lorsqu'on vous saura couvert de la protection de ces personnes ? Que si vous avez l'occasion d'écrire au roi de Portugal touchant la propagation de la religion chrétienne, vous lui ferez une mention pleine d'estime et de reconnaissance des favorables dispositions

de ces mômes personnes à Tégard de la religion , et vous montrerez vos lettres à ces personnes, si vous le jugez convenable. Vous demanderez surtout à S. M. qu'elle daigne exprimer sa satisfaction de leur manière d'agir en notre faveur et dans l'intérêt de la religion : et que , dans ses lettres, elle daigne elle-même rendre justice à leur zèle et leur attribuer selon Dieu tout le mérite du succès. Vous n'écrirez jamais au roi, si ce n'est des aflfaires relatives à la religion et à la conversion des infidèles; car, touchant les autres affaires, il sera mieux d'en écrire à nos Confrères de Portugal. Afin d'éviter de scandaliser personne, je vous engage à ne point recueillir par vous-même, et à ne faire recueillir par aucun membre de la Compagnie, les redevances attribuées au collège et aux néophytes, si la chose se peut, mais de préférence par un étranger capable de ce soin. Et il doit être aisé , je pense, de rencontrer un agent qui soit riche de lui-même, qui ne fasse point d'opération qui compromette notre bien, et qui ne fasse pas souffrir les personnes pauvres par des exigences excessives; vous choisirez une personne que vous aurez préparée d'avance parla méditation des vérités sacrées et que vous aurez amenée-à la fréquentation des saints mystères, et alors vous lui confierez cet office avec son plem assentiment.

Que Dieu, dans son infinie bonté, nous réunisse au ciel !

De Goa, 3 avril 1552.

François.

LETTRE X

A« p* Melehlor Nunez, de la Compagnie de Jésus , à Baçaïni.

Que la grâce, etc.

Une personne qui porte le même prénom que voiis, Melehior Gonzalez^ m'a remis votre lettre, que j'ai lue avec un

270 WVaE vu. — tETTRE pi^^ME-

plaisir infini. Que Dieu ?pii§ t^ccorde ^ grâcp ÔP réeauclr^ où vous ête^ }a bonne, odeur de notre Compagnie, ep pç tefljps où tout le mpndç y paraît si vivpment f^pimé contre p}|p. Je you^ prie et je vous conjvif e f^ypç tpvite la fprpe pi est en mqi, ^u npfla du ?^le qi^i ypvj^ porte ^ spyvjr pieu et '^ yQu§ Tpndre agréal)|e devc^ut \^\^ fijipliguej-vou? pfficacen<ep1; à vous p pnçilier \o^f, le mon^e, a|Q?i q\^'^ I9 Çompagiiie, et ^'omettez ^ cet égarcj rien 4e ç^ qui 4#ôHdra de vpus, quelque ^iffi^îl® W^ P^ soit d'aillpuç^. Si yqus êtes humble etprpdent, j'espère et j'ai^ la çpnflsgipe qu'^yeç , Ip secpuys de Diei^ vpu^ opérerez de gra^i^^ê ffults,

J'envoie d^çi vprs vou§ pr^i^ppi^ Hçfprique?, piré§ijîeïf à Tana (1) aypc IBanoël (2), toorip ppurr^ demeurer ayec vous et vaqu^ aux affaife^ de Ift paai^onj ^pdî^ qu^ ft«\r^ reto tiendra les ^qples littéraires : ypus-m^g ypusi yp^s ^donnerez auxipijiiist^^s spirituels, açcueil}£^uttp\:|t^8sp)te9 de personnes pour les deypir^ de ^anctiQçatipu pt de pj^té, expliquant la doctrine chrétienne et prêcUfiUt en public.

En ce quirpgardp la prédicatipn, j'^i ^ipgulifrpçQpftt îjpprpuvé ce qup ypus m'fivp? écrit sur la préparatioft, tm Iq foru^e et suv toute la métbpde que ypus ava* eutr^pris d'y ptisieryç^r. Je suis d'avis que ypu^ pef«i8tiez dans cette voie et que ypus pratiquiez les mômes ixfarcicea ^ussi Éfouvent qu'il vpus sera dpuué de le faire ; car j'espère, dans la confiance où je suis que la faveur de Dieu Notre-Seignpuf W vous manquera point, que vous deviendrez, si vous êtes humble, un prédicateur éminent.

Vous enverrez François Lopez (3) à notre collège, par l'occasion du premier navire qui fera voile de Baçaïm.

Ayez soin de relire souvent les avis que je vous ai don-

(1) Tana, place au S. de Baçaïm.

(2) Le P. Manoël de Moralez. — Ozorio était un autre missionnaire sur lequel nous n'avons aucuns renseignements. — (f^rve^p. é^X s^$ ^ute uif autre que le P. Melcl^ioi; ÎJupe^, peu^-^tre çoifi frèjre 4lph9B8Ç-

(3) Le P. François Lopez, Portugais, fut massacré par les foires, çn 1568^ en baine de J,-C, • . - • • .

LIVpE VII.— LETTRE DIXIÈME. 271

nés par écrit sur la manière d'exercer les devoirs apostoliques en votre résidence. En cette matière vous apprendrez eneprp beaucoup de choses par la prçitique et l'expérience des faits, si vous êtes humble et pruc^ept, et si vous portez sans cesse autour de vous un œil atteptif, afin d'obspfver le^ événements et de les envisager au poi(it de Yne des conseils et des recommandation^ qvie vous ayez reçus de ma pi^rt.

FfÉfflÇQis flenriquez, à T^na où iJ est envoyé, sera sû^ips à votre autorité. Je délire que vous lui commandip;^ par obéissance d§ veiller avec un soin extrême à n'offenser personne et à se mpnti'er pjçin de dpi^peur et d'une patience exemplaire en toute occasion. D.'pn autre côté, vo^s aure? ^oin de vou^ faire informer, par des personnes vigilantes e\ sûres, si, dans sa résidence, lui-même oi; quelgi^'autre ^^ pos Coi^frères cause au prop^^ain le njpindrq mécqptçntçinent; si vous êtçs instruit de yien de pareil, Mt^?-vous iipmédiatement d'y apporter un remède efficace.

Ainsi je désii^e que vous veilliez, sur yous-même cj'abprd, et ensuite sur les autres.

Qup si voqs surprenez qiiplqu'un des nôtres ayant co^l-. Dfjis une fapte grave et qui soit l'occasion d'un scandale public c[e natwre à pops aliéner justement le ippndç, çe^voyez-le sur-le-champ de la Compagnie : ceux que YPH8 aip'ez renvpyés, je les tiei^s dès cet^e bovffP pour r^gplièf ement renvoyés. En effet , j'ai assez de confiance en yqtr^ s^çsse pour être assuré que vous ne repvefrpz jamais personne sans ^es ipotifs légitin^es,

Daps l'eipploi des revenus annpels de ce collège, vous a\ire? ^)iep plus en vue l'édification des t^paples spirituft|s que celle des temples sensibles et matéi^ftjs. A T^gar^ de c§ sepond gpnre d'édifices sacrés, ^ construire çp pierre ou ÇQ bois , vous n'y emploierez que les fqnds absolument nécessaires, et vous ne ferez construire que ceux-là seuls dont vous ne pourrez refuser l'édification sans un trèsgrand inconvénient pour le peuple : si par des motifs sp^-

272 LIVRE vil. — LETTRE DIXIÈME.

deux, d'un ornement plus magnifique ou d'un appareil plus auguste, on vous propose des dépenses, excusez-vous de les faire, comme ne devant passer qu'après de plus urgentes, et remettez-les à des temps plus favorables. L'ex- \ cédant de revenu, vous l'emploierez, ainsi que je vous l'ai recommandé, pour faire élever les enfants des indigènes dans la saine doctrine et les bonnes mœurs. Ce sont ces temples spirituels dont Dieu se trouve le plus honoré; en eflfet, ces enfants devenus des hommes , par leurs bons exemples et par la communication de la doctrine qu'ils auront reçue, seront dans la main de Dieu les admirables instruments des plus grandes œuvres, pour sa gloire et pour le salut du prochain.

Il y a peu de jours j'ai fait partir d'ici Paul le Guzerate (1) ^ qui a été instruit dans ce collège durant plusieurs années : il parle avec une merveilleuse facilité la langue vulgaire et se trouve assez versé dans la religion pour enseigner aux chrétiens indigènes les éléments de la Foi. Il pourra sans doute être utilement employé pour parler au peuple ; et si quelque chose lui manque sous le rapport de la science religieuse, nos Confrères, qui n'ont pas sa facilité pour le langage vulgaire, viendront à sonaide en lui préparant la matière et en lui fournissant les ai^ments de ses prédications.

J'approuve ce que vous avez écrit touchant le revenu du collège : que vous estimez devoir apporter tous vos soins à ce qu'il soit employé selon les iutentions de sa majesté, telles qu'elles sont exprimées dans le titre de la fondation. Je désire également et d'une manière absolue qu'il en soit ainsi, d'abord parce que le devoir de la justice l'exige, et aussi pour ne point scandaliser le peuple, s'il voyait, ce qu'à Dieu ne plaise! qu'on néglige cette obligation. Toutefois, après que Ton aura, selon la teneur des ordres de sa

(1) Paul le Guzerate, catéchiste et peut-être Frère laïque de la Compagnie. Le pays appelé Guzerate était une presqu'île au N. de Cambaie, vers le 22*'lat.N.

majesté, pourvu d'une manière complète aux besoins de tous les pauvres qui sont avec vous, s'il reste quelque excédant, il n'est pas douteux qu'on pourra s'en servir légitimement et sans contrevenir à la volonté du roi, pour secourir les pauvres que nous avons ici, ceux surtout qui sont nés dans le pays, et^ui pourront un jour se rendre utiles, comme Paul le Guzerate en est un exemple. Et si parnri les objets de vestiaire que tous les ans à Baçaïm on distribue aux pauvres sur les revenus du collège, quelques pièces d'étoffe se trouvaient au delà des besoins des indigents présents, vous pourriez nous les adresser, si ce devait être sans occasionner de plainte et sans scandaliser personne. Ëa ejRiety iious avons un séminaire d'élèves pour l'habillement d6i^els ces étoffes seraient grandement utiles; en obsertftpplNitefois, ainsi que je l'ai dit, que rien absolument ne soit iretiré de ce qui est nécessaire aux indigents de Baçaïm, à qui la préférence est légitimement due en l'emploi du bienfait de sa majesté : avisez donc à satisfaire d'abord pleinement aux besoins de tous ceux de Baçaïm , pour la décharge de notre conscience, et le prmcipal devoir envers Dieu. Ce devoir accompli, si rien n'est demeuré, dont on poisse nous faire profiter, nous saurons nous passer de celte assistance avec une entière égalité d'âme.

Vous devez en général vous consacrer entièrement à l'exercice assidu de la prédication publique, de l'audition des confessions, de la visite et de la consolation des malades dans l'hôpital, des détenus dans la prison; enfin des autres œuvres de charité envers le prochain : vous prêtant avec empressement à tous les olBces de ce genre qui vous seront suggérés par les prind^dk fliembres de la Confrérie de la Miséricorde, qui se livrent spécialement à des œuvres saintes. Si vous vous employez à ces devoirs avec zèle et dans des sentiments de charité et d'humilité, vous recueillerez, par un bienfait de la main divine, la faveur et la considération do tonte la ville : et fussiez-vous dépourvu d'éloquence, votro parole, si faible qu'elle soit, si

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