‹ Lettres de Saint Franc̜ois-Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 8 sur 49 · W/RE VU. — - LETTRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

W/RE VU. — - LETTRE ONZIÈME

qe n'est point un fruit solide et complet que Cîelui que son auteur ne recueille , qu'en rencontl'ant sa perlA fijl tt cherf^ait le salut des autres, ''%^

Ponc, au nom de Famom* dont vou» êtes pénétra pé^r^ Dieu, de yos obligations envers notr€ P. Ignace et la Goivb pagnie de Jésus tout entière, et vous n'ignores pqs toute rétendue de ces obligations, je vous prie et je vous conjure, une première, une seconde, une troisième fois, et avec toute l'intensité et toute l'autorité que je puis donner à ma prière, insistez sans relâche sur les exercices intérieurs de l'biunilité. Si, ce qu'à Dieu ne plaise, il vous ar-r rivait de leii interrompre, je craindrais, ce dont Dieu vuoi préserve, que vous ne vinssiez à perdre votie ûine; n'avez-vous pas entendu raconter, n'avea-vous pas vu les exemples d'une inimité de personnes qui n'étaient point (ondées dans l'humilité et qui, après avoir en^ seigné leg autres, ont encouru leur réprobation? Prenez donc garde d'en accroître le nombre, je vous eoféitôre l'avis. Ces malheureux exemples, je voudrais qu'uvt fois entrés dans votre esprit, ils n'en sortissent jamais. Repas^ sea-lea souvent, et rapp6le;^les h votre mémoire; dana vus loisirs, occupei-en les facultés de votre intell^ence; évoquée la désolante ûnage do ce grand nombre dont la voix a fait entendre, dPfliaut de la chaire «acréie, des diseours plus substanMtet plus pénétrants que les œuvres de votre talent^ dcn^rja parole avait plua d'élégance, d'abondance et de séduction que la vôtre; dont l'éloquence a conquis plus d'âmes que vous n'en avea jamais eoa^ verti par vos exhortations, et les a fait renoncer à Tidor latrie et au péché : après avoir servi d^instruments à Dieu pour arracher une infinité d'êtres humains à la tyrannie du démon et aux portes de l'abîme, afin de leur ouvrir le royaume de Jésus-Christ et la félicité du ciel, ils ont ei^ ce déplorable sort d'être , "par un arrêt plein de justice, précipités dans les feux éternels de l'enfer, pour s'être at-* trlbué témérairement la gloire qui n-aiq[)artenait qu'à Dieu

280 LiVBE VII. — LETTRE ONZIÈME.

seul. Pour avoir avidement cherché les i'umées de la faveur du monde et les vains applaudissements; pour s'être inîatiés des louanges humaines; pour s'être enflés d'une opinion excessive d'eux-mêmes, et s'être élevés à des hauteurs impies, ils ont attiré les foudres que le Ciel dirige contre les superbes.

Qu'à cette vue l'on conçoive une terreur salutaire et que l'on se recueille dans l'humilité; que chacun s'examine et repasse en lui-même, avec une attention profonde, ses intentions et ses désirs. S'il établit un compte exact du doit et de l'avoir, il reconnaîtra qu'il n'a point sujet de se glorifier, qu'il a lieu de tout cramdre et de s'humilier infiniment; car, en tout le ministère du salut humain, si grands qu'aient été les succès , qu'y a-t-il en réalité dont nous ayons le droit de nous applaudir et de nous faire honneur? Rien n'est du nôtre, hormis les erreurs, les infidélités, les imprudences sans nombre, par lesquelles ûouS; SiftMis altéré l'œuvre salutaire heureus€{ment comisiénfi^ dwp» plusieurs. C'est là notre avoir, et les conversions -des hommes sont l'œuvre de Dieu, qui se plaît à faire paraître sa miséricorde, avec d'autant plus d'éclat qu'il s'est servi d'instruments plus indignes; c'est-à-dire, de nous, les plus vils et les plus misérables ministres par lesquels sa gloire se puisse manifester aux hommes.

Prenez garde, enfin, de ne jamais concevoir la pensée , de vous comparer à d'autres Confirères en apparence moins favorisés par le succès, et de les mépriser, au regard de vous, comme des individus obscurs et inutiles pqur les grandes œuvres. Répondez plutôt à cette pensée par cette autre, dont vous vous pénétrerez, que l'infimité, que l'obscurité des Confrères occupés dans la maison aux offices les plus humbles, sont l'origine de vos succès. Vos Frères, qui sont si humbles, et qui, pour l'amour de Dieu, se livrent à des offices très-inférieurs, vous obtiennent de Celui qu'ils servent avec amour le génie et les facultés qui vous font briller, et vous leur êtes bien- plus redevable qu'ils

ne le sont envers vous. Entièrement prévenu de cette pensée salutaire, vous ne les dédaignerez jamais, mais vous les aimerez du fond de votre âme et vous les vénérerez, vous estimant au-dessous d'eux, au grand avantage de votre âme.

(Avril 1552) (1).

Votre frère en J.-C.

François.

LETTRE XIL

Au P. Gaspard Bamée^ de la Compasiile  Jésus*

Au nom de N.-S. J.-C. Amen.

Moi François, indigne supérieur de la Compagnie de Jésus dans ces contrées des Indes (2), confiant, maître Gaspard, dans votre humilité, votre vertu, votre prudence et les autres qualités qui vous ont rendu pleinement capable de diriger le& autres, je vous commande, en vertu de la sainte Obéissance, de prendre en main le gouvernement de ce collée de Sainte-Foi de Goa, et d'être à sa tête avec le titre et l'autorité de recteur. J'ordonne également que tous les Pères et Frères portugais de la Compagnie de Jésus soient soumis à votre autorité, ceux qui résident en deçà du cap de Bonne-Espérance depuis ce cap jusqu'à Malacca, aux

(1) Cette lettre, d'après Tédition de Bologne, parait avoir précédé les trois lettres qui InTestissentle P. Gaspard Barzée de la charge de recteur du collège de Goa. Quoiqu'elle ne porte aucune date, nous avons cru pouvoir Indiquer celle d'avril 1662.

(2) C'est en 1549 que saint Ignace avait créé notre saint Provincial des Indes. Le P. Simon Rodrlguez, désigné en 1646 comme Provincial pour le Portugal et ses domaines d'oulre-mer, n'est plus en 1560 que Provincial pour le Portugal et ses domaines d'outre-mer en deçà des Indes. Mais on ignore la date exacte de la création de la province des Indes , et l'on ne possède, pas la lettre d'institution.

282 LlYRE Vil. — LETTRE ^UZI^E,

Sloluques et au Japon, et &ur tous les points de ces contrées. Demêm^ ceux qui plu» tard arriveront, de Portugal pu de toute autre partie de TEurope, en ces ï)rovinçes et résidences de la Compagnie qui sont dans le ressort de mon administration, je veux que tous soient dépendant» de votre autorité; à moins que notre P. Ignacç n*ait désigné nominativement un sujet pour être recteur de ce collège de Goa, car je l'en ai précédemment prié dans mes lettres, en lui en exposant les raisons étendues, et je lui ai demandé de nous envoyer une personne consommée par son expérience, et qui possède sa confiance particulière, pour être à la tête de ce collège et diriger tous nos Confrères des résidences et des missions qui s'y rattachent. Si donc un tttembre de la Compagnie, porteur de l'ordre régulier et en forme de notre P. Ignace, ou d'un autre supérieur général de la Compagnie de Jésus, arrive à Goa pour prendre en main le gouvernement et l'administration de cette maison et des établissements qui en dépendent, je vous commande, en vertu de la sainte Obéissance, et je vous en laisse ici l'ordre absolu par écrit, de résigner à l'beure même entre les mains dé ce Père^ et de lui remettre sans aucun retard, la direction de ce col- 1^ de Goa et de ses dépendances, et de lui demeurer sounûs et obéissant en tout^tîj^oses.

S'il arrivait du Portugal m^rjpQNd qui m présentât eomme investi de cette charge^ sans en montrer le» lettres r^ulièrement mgnées de notre p. Ignace, ou d'un autre supérieur général actuel de la Compagnie de Jésus, je vous défends de le reconnaître comme recteur et de faire passer en sa personne l'administration que je vous ai confiée. Si cependant 11 paraissait apte au gouvernement, et si vous aviez; besoin d'assistance, vous pourriez; lui déléguer vos fonctions, et lui en confier les pouvoirs à titre de vicaire, vous réservant de le révoquer par une seule parole , retenant toujours intacts votre droit et votre autorité de supérieur, à laquelle lui-même, alors qu'il présidera aux autres

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