UYBE VU. — LETTRE DOUZIÈME
en qualité de votre vicaire, ne doit paa moins d'obéissance qne tous ceux qui lui sont soumis ainsi qu'à vous-même, En effet, je veux^ maître Gaspard, et je prescris, en vertu du pouvoir qui m'a été conféré, jusqu'à décision contraire du général de la Compagnie, que vous présidiez seul à ce collée de Goa par une autorité suprême après la mienne, et, qu'ainsi que je l'ai dit, vous ayez juridiction sur tous nos Confrères qui résident en ces contrées; et à eux tous j'ordonne, en vertu de la sainte Obéissance, de vous être soumi»^ à TOUS, maître Gaspard Barzée, recteur du collège de Goaj étant ainsi fait en vue de prévenir les inconvénients qui pourraient naître, et dont nous nous souvenons d'avoir vu de précédents exemples qui ont entraîné de sérieux désordres.
Et si quelqu'un résistait à ma présente volonté, confirmée par une mûre délibération et suffisamment déclarée à tous, ou prétendait l'éluder par des chicanes et des interprétations arbitraires, soit en s'arrogeant la qualité de recteur, soit en vous déniant ses légitimes devoirs, je vous ordonne, en vertu de la sainte Obéissance, de l'exclure de la Ck>mpagnie, quelle que soit d'ailleurs l'éminence de ses qualités : en effet, il manque de» principales, qui sont l'inmilité et l'obéissance. Ce que j'ai dit du vicaire que vous pourriez vous substituer, je l'ai dit afin de vous laisser la faculté de quitter momentanément Goa pour visiter les collèges de Cochin, de Baçaïm et de Coulan et la résidence de Comorinj ëar l'expérience m'a enseigné que la visite de ces collèges et de ces résidences était d'une extrême importance pour Tavancement spirituel de nos Confrères qui y demeurent et pour le service et la gloire de DieuNotre-Seigneur; je suis d'avis que vous les visitiez souvent, mais en ménageant de telle sorte les moyens et le temps, que le collège de Goa ne puisse éprouver que le moins possible d'inconvénients par le fait de votre absence.
Et de peur que les décisions qui précèdent ne paraissent légères à aucun Ae» nôtres, et qu'on ne soit tenté de les
négliger, OU d'en faire moins de cas qu'elles ne le méritent, je vous prescris de nouveau, et je vous ordonne en vertu de mon autorité, si quelqu'un des Confrères refusait de vous obéir comme à moi-même , de le chasser immédiatement de la Compagnie, sans vous préoccuper de ce que la valeur personnelle dé quelqu'un d'entre eux, son éloquence , sa science , ou quelque autre faculté pourrait le faire jamais regretter de la Compagnie. Ces caractères révoltés seront toujours plus nuisibles qu'utiles à notre Ordre, et ceux qui veulent son intérêt, sauront négliger de faibles avantages qu'il faudrait acheter par des maux considérables; la pensée de ces maux rendra vaine à leurs yeux l'admiration du peuple, ses mécontentements et ses murmures; en effet le peuple est facile à blâmer l'expulsion d'ouvriers dont les dehors respectables recèlent des imperfections secrètes. N'hésitez donc pas et ne craignez rien, retranchez d'une main vigoureuse les membres pernicieux à notre corps, et que des rumeurs et des craintes sans fondement ne troublent pas votre esprit. A ce sujet encore, je vous interdis par autorité de recevoir de nouveau dans la Compagnie, par aucun motif, aucun de ceux que j'ai renvoyés avant mon départ pour la Chine; et vous feçez connaître mes ordres conformes, dans tous les lieux t^ÉP* mis à votre juridiction, afin que nul de nos Frères n'accueille aucun de ces sujets, soit dans les maisons, soit dans les résidences hospitalières de la Compagnie.
Les revenus déjà fixés du collège, les dons extraordinaires qui proviennent souvent de la libéralité royale, tous les droits et titres de la Compagnie à Goa, dont l'origine est la générosité gratuite de notre seigneur le roi , ou des vice-rois qui sont ici les représentants de sa majesté, vous les recueillerez et conserverez avec le plus grand zèle et la plus exacte vigUance, soit par vous-même, soit par des personnes capables, chargées par vous de ce ministère, et vous apporterez l'attention la plus scrupuleuse à ce que tout soit recueilli dans son entier sans que rien ne se perde,
que tout ait son emploi pour la subsistance et pour les autres besoins des Pères et des Frères de la Compagnie xpi demeurent dans cette maison, et de ceux qui sont dans les missions éloignées; car si ces religieux ne reçoivent point d'ici l'assistance nécessaire pour leurs besoins corporels, 9nt incapables de s'appliquer au service et à l'avankt des âmes en faveur desquelles ils sont envoyés. Sur les revenus annuels de la maison vous séparerez ce qui doit amplement suffire pour les dépenses nécessaires et l'acquit des obligations contractées; le demeurant s'emploiera pour la nourriture et les autres usages strictement indispensables de vos Confrères, tant de ce collège que des résidences qui en dépendent, et aussi des enfants confiés à nos soins par les indigènes pour être élevés par nous, et des orphelins de cette contrée.
Donné en ce collège de Sainte-Foi, le 7 avril 1552.
J'ai signé en témoignage de vérité.
François. f
Après les instructions qui précèdent, j'ai cru devoir vous adresser encore ces recommandations particulières.
Je vous ordonne, en vertu de la sainte Obéissance, à vous, maître Gaspard, recteur du collège de Sainte-Foi de Goa, de ne point sortir de l'île de Goa, durant l'espace de trois ans, à moins que, dans cet intervalle de temps, il ne survienne quelqu'un de nos Pères ayant une mission régulière du supérieur général de toute la Compagnie de Jésus, et porteur de lettres authentiques, afin de prendre en main l'administration de ce collège. En ce cas,, dès son arrivée, vous résignerez entre ses mains le gouvernement du collège, et vous serez délié de l'obligation que je vous impose; si vous recevez une mission du nouveau recteur, à qui vous obéirez comme les autres Confrères , vous pourrez vous rendre librement où il vous ordonnera d'aller. Je recom-
286 tirfe Vit. — LETTRE DÔUÈIÈttE.
mande de nouveau et j'ordonne, feti vertu de Ift saiiite OMssance, à tous ceux qui me reconnaissent pour leur supérieur dans ces pays des Indes, de vous obéir en tout, à vous, maître Gaspard, rt d'6tre soumis â Votre autorité. Et s'il arrivait que quelqu'un refusât de votls obéît', vous lui feriez lire d'abord cfette lettre- ci, 't)ar là^fl^ë je prescris que tous ceux qui dépendent de moi vOuS àbîêlit soumis 6t vous obéissent à la parole, ainsi (Ju'îls feraient envers moi, si j'étais présent ; et s'il persiste dans sa révolte, vous le renverrez de la Coinpagnié, pour être à l'avenir indépetidant et libre de sa personne.
De même, je recommande et j'ordonne, eii vertu de la sainte Obéissance, à tous et à chacun des riaetnbrts de la Compagnie de Jésus qiii ont été placés SouS mon autorité, que s'il se présente dfe la part de liotrci P. tgtiâée, ou d'un autre supérieur gëtiéràl de la Compagnie de Jésus, un recteur désigné pour ce collège, institué régulièrement par des lettres en bonne forme émanant de ce supérieur, tous le reconnaissent immédiatement comme leur légitime supérieur, se soumettent à lui et lui obéissent comme à moi-même, si j'étais présent. Et si quelqu'un s'y refuse , je prie ce tiôUveaii recteur, et je îe lui recommande, à moiils que le supérieur général n'en ait ôfdônné différemment , de renvoyer ce désobéissailt de la Compagtiie; et afin que ma pleine et certaine Volonté, dans ces décisions, soit avérée aux yeux de tous, j'ai signé cet écrit de ma propre main.
Goa, le 7 avril155l
PttANÇOtS.
Les souverains pontifes ayant concédé cei1;aines fafeult^s et certains privilèges à la Gompagtiie de Jésus pôUr être tdtamtmiqués par les supérieurs généraux; le P. îûàîtfê Iguarîë m'ayaut envoyé des copies des brefs où cëS Conces-
tlVftte Vît. ~ tËTTtlE TREIZIÈME. 287
sîons sont exprimées, et m'ayànt octroyé le pouvoir de faire part, directement ou paf Tetltremise d'autrui, de ces faveurs pontificales à ceux dé W» iPêres que je jugerais devoir user sagement d'tWë ]p|tt^é^^ftce ; moi, convaincu que d'îitie part, vous, tdâilhB Ijôspard, lecteur de ce collée de Goa, et, d'une autmp^, leâ CWlfrèresquiSotit sous votre direction, avez besoin de f ecetôir avec plénitoidé la communicâtiôti de ces fecultés, afin de reçoit» des fruits spirituels d'autailt plus abondants datiS là culttlW des âmes, à laquelle tous êtes employés : par ces raisons, je vous lestransiiiets, à Vous, maître Gaspard, avec plénitude, et, ccmflant dans votre prudence qui m*cst bien connue, je vous délègue tous nies di*oits pouf dispeusèï* et octroyer les privilèges dé tout genre qui ndUs Sont accordés par les bulles pontificales, à qui et dans les termes où vous le jugerez ëîpédient, poui' le plus graUd Service dé Dieu Ndtré-SeigneUr.
Gôà, léîàvrîl i552.
fttiSçDiS.
LIÏTRE XIIL
Âttt PèHm dtà é«llégè Aè ëttk.
Au nom de N.-S. J.-C.
Considérant en moi-même la brièveté de nbirè vie, et îe jour et Fheure , si incertains pour chacun d'entre nous, delà mort certaine pour tous, et craignant qu'il ne naisse quelque troqble en cette maison, si elle Se trouvé dans la nécessité de se choisir un recteur en la placé dé bâaître Gaspard, au cas ou la mort viendrait à l'enlever, avant que aotre Père le supérieur général n'ait mis un autre recteur i la tête de ce collège, j'ai cru qu'il était de mon devoir de prévenir, autant qu'il était en moi, avant mon dépatlpouî*
288 LIVRE vu.— LETTRE TREIZIÈME.
la Chine, les inconvénients qui pourraient naître d'un pareil événement, s il devait suive iiir, en déterminant, dès cette heure, un ordre positif, et en désignant une personne qui, jusqu'à la nouvelle d'une autre décision prise à Rome par le supérieur général cl(5 la Compagnie, sera chargée de diriger celte famiUc religieuse de Goa, et celle des autres résidences de la Compagnie, depuis le cap de Bonïie-Espérance jusqu'aux extrémités de l'Orient, et à qui devront obéir en toutes choses, comme à leur supérieur, tous nos prêtres, nos clercs et nos laïques.
S'il arrive donc, ainsi que je vous l'ai dit, que la mort enlève le P. maître Gaspard, le recteur de cette maison sera ManoëldeMoralez (1); s'il est alors absent, on l'appellera surle-champ, afin qu'il vienne prendre possession de ce gouvernement, et que tous les Pères et Frères qui résident à Goa et ailleurs commencent des lors à lui être soumis comme à leur véritable et légitime recteur. Et jusqu'à son arrivée, la supériorité à titre de vice-recteur appartiendra au P. Paul, qui remettra rautorilé au P* Manoël de Moralez, dès son arrivée, et lui obéira par la suite, de même que tous nos autres religieux. Et si le même Manoël de Moralez venait à être enlevé par la mort , soit avant de prendre le gouvernement, soit après l'avoir pris, en ce cas le recteur sera maître Melchior Nunez, que je constitue dès lors au même titre le recteur de tous , et j'entends qu'il soit reconnu pour tel, s'il arrivait que le P. Gaspard Barzée et Manoël de Moralez fussent appelés de cette vie aux joies du Paradis, avant que notre Père, le supérieur général de la Compagnie de Jésus , n'eût mis un recteur à la tête de ce collège.
J'ai cru devoir prendre ces décisions, tant pour prévenir les autres maux à craindre, que pour éviter l'obligation de
(1) Ce P. Manoël de Moralez est le second du même nom ; 11 est parlé de hii dans une note à la lettre xi* du v* livre. Les PP. Barzéé et de Moralez étant morts en 15&3, les fonctions de vice-proTindal furent confiées an P. MeMiior Nunez Barreto. •
faire une assemblée de tous nos Pères qui se livrent à Ja prédication évangélique dans les différentes parties des Indes. Séparés par des distances infinies, ces Pères ne pourraient s'absenter de leurs résidences et interrompre le ministère qu'ils exercent, sans de graves inconvénients pour les âmes dont ils sont chargés, et pour le service de Dieu.
A ces causes, et en vertu de la sainte Obéissance, je commande et j'ordonne aux Pères de la Compagnie de Jésus qui sont dans les Indes, d'accomplir les décisions contenues en cette lettre : il est parfaitement entendu que ces décisions et règlements ont été prescrits par moi de science certaine et après mûre délibération : et afin que personne, ipcès avoir vu cette lettre , ne conserve de doute sur ma ; volonté, j'ai signé de ma propre main.
te 7 avril 1552.
François.
LETTRE XIV
An P. Sinon Rodrisncz, en Portugnl.
. Que la grâce, etc.
A mon retour du Japon aux Indes, je vous ai écrit de Gochin au sujet de l'empire du Japon. Aujourd'hui, je dois vous instruire de mon départ pour la Chine, qui aura lieu dans sept jours i je n'emmène avec moi que trois membres de la Compagnie, deux prôtees et un coadjuteur (1). l^ous allons, pleins de confiance ep la divine miséricorde, et nous avons l'assurance de voir prospérer la religion
(1) Cinq religieux accompagDÔrent notre Sainl : il destinait trois d'entre eui àla Chine et deux au lapon. C'étaient les PP. Balthazur Gago, de qui nous avons parlé, Alvaro Ferreira, que le Père renvoya de la C^ompagnio ;\ Malacca, et FnuiQoiB Gonzalez, clUférent de c«Iui que nous avons vu renvoyé
290 LIVRE vil. — LETTRE QUATORZIfcllE.
de J.-C. Je vous donnerai des nouvelles de notre voyage, dès notre arrivée à Malacca.
Deux membres de la Compagnie sont envoyés cette année au Japcm, à Amanguchi, auprès du P. Cosme de Torrez, pour y apprendre la langue japonaise : afin que les Pères d'une éminente vertu et d'une grande expérience qui seront venus de Lisbonne à Goa trouvent au Japon des Confrères de la Compagnie instruits dans la langue japonaise. Ces derniers exposeront aux Japonais, par une interprétation sûre , les mystères de la religion de J.-G. et les autres instructions qu'ils auront recueillies de la bouche des Pères européens. Ce sera d'un grand secours pouf ces Pères, destinés à attaquer de front les académies japonaises, afin de courber toute la nation sous le joug délicieux de J.-C.
Vous aurez sujet de rendre grâces à N.-S. J.-C., en apprenant que nous avons ici plusieurs membres de la Compagnie, tant des Pères que des Frères, qui ont rendu et qui rendent tous les jours d'immenses services à la religion chrétienne par la prédication/jjflpr le ministère de la confession, par la conciliation àeêdS^ér^^ par les autres œuvres de piété : mon âme ëB a ]P!Ç{^*^^^^ con-
solations.
J'ai établi recteur du collège de Goa le P. Gaspard, que j'apprécie infiniment à cause de la perfectioh de son hurilUité et de son obéissance. Il possède un merveilleux ta-
(lltre ?•, lettre ii"), qui sans doute retourna dans les Indes, et sur qui l'on n'a point de détails; et les Frères Edouard de Silva et Pierre d'Alcaceva.
Les obstacles apportés au yoyage du Saint vers la Chine le déterminèrent à faire partir pour le Japon le P. Gago et les Frères Silva et Alcaceva.
Pierre d' Alcaceva revint presque immédiatement du Japon aux Indes, y étant envoyé par le P. de Torrez pour les affaires de la religion , et sans doute il y termina sa carrière apostolique et son existence.
Edouard de Silva travailla douze ans avec un succès prodigieux «éAdji différentes chrétientés du Japon. H coiibpdsa une grammaire japonaâpit un dictionnaire japonais-portugais. Une'tslftredil P. Louis Almetda rrolil^sa sainte mort dans les termes les plus tinudl^tii : ce fervent religieux rendit Fàme entre les bras du P. Cosme de Tà^, en l'année 1564.
lent pour la prédication, et toutes les fois qu'il parle en public, c'est-à-dire fréquemment, l'église retentit des pleurs et des gémissements du peuple. Nous en devons les actions de grâces à Dieu, l'unique dispensateur de tous biens.
Le Frère (1) qui vous remettra cette lettre est envoyé par moi pour vous exprimer oralement combien non-seulement le Japon et l'empire Chinois, — si par la protection divine, ainsi que je l'espère, cet empire ouvre ses portes à l'Évangile,— naais l'Inde elle-même, réclament des Pères de notre Compagnie qui se distinguent par une profonde expérience et par Féminence de leur vertu et de leur foi; en même temps que ces Pères doivent posséder une énergie singulière d'esprit et de corps. Tels doivent être surtout les sujets destinés pour le Japon, la Chine, les Moluques et Ormuz.
Les sujets qui viendront dans ces contrées, s'ils ont en vue le salut des âmes, doivent être doués de deux qualités principales. Ils doivent premièrement être habitués à la fatigue; et plus cette qualité sera éminente en eux, plus ils seront utiles à eux-mêmes et aux autres : ils doivent en second lieu posséder assez de science pour prêcher au peuple, entendre les confessions et répondre victorieusement aux questions infinies des bonzes japonais et chinois. Les prêtres qui ne rendraient aucun service en Europe, ne nous seraient non plus d'aucune utilité. Par cm motifs j'ai jugé nécessaire de vous envoyer le F. Fernandez pour traiter de ces affaires, et pour s'entendre avec vous touchant les religieux que vous aurez cru devoir être choisis, avant qu'il ne se rende à Rome auprès de notre P; Ignace.
J'adresse à notre Père des demandes semblables, et je le prie avant tout d'envoyer un Père de la Compagnie expéri-
(1) LjB F. André Fernandez, envoyé par le Saint pour exposer au P. Ignace, au 6aInt-Père et au roi de Portugal l'état et les besoins des missions de rOrient, s'9cq]uitta de cette ambassade avec un grand succès, et ramena d'Europe d'excellents ouvriers.
mente et capable, un religieux éprouvé, un homme de sa confiance, et connaissant à fond notre Institut, pour être recteur de ce collège de Goa, et avoir sous son obéissance tous les Confrères répandus dans l'Orient; pour faire observer et pour expliquer aux autres les lois et les constitutions de la Compagnie et notre règle d'existence : je demande également à notre Père qu'il fasse passer dans les Indes des Pères d'une grande expérience , même sans une science profonde et sans un talent oratoire éminent, mais en état de résoudre aisément et de réduire à néant toutes les questions des bonzes japonais et chinois. Il serait très-nécessaire pour les intérêts de la religion qu'il pût envoyer l'année prochaine , en même temps qu'un recteur pour ce collège , quatre ou cinq prêtres de la Compagnie assez expérimentés, et que s'ils n'étaient point prédicateurs, ils fussent au moins capables de supporter les fatigues : tels qu'il doit s'en trouver un grand nombre en Italie et. en Espagne , parmi ceux qui ont accompli leurs études académiques et qui font passer avant tout autre intérêt le salut du prochain. Tels sont les sujets qu'exigent ces contrées; car les jeunes gens rappelés à peine des collèges, ces abris tutélaires de leur jeunesse, et qui ne sont pas exercés encore dans les travaux et les épreuves de cette vie , s'ils viennent dans les Indes, se verront en danger de n'être point utiles et de se perdre eux-mêmes.
Ils n'ont point en effet l'expérience de misères pareilles à celles que l'on éprouve au Japon. Je vous ai dit que dans cet empire on est soumis à l'influence de froids excessifs : or pour combattre cette inclémence de la température, on trouve si peu de secours et si peu de ressources, que Ton n'a pas même de lit pour l'heure du sommeil. Là aussi les aliments sont rares et insuffisants, on est en butte à des obsessions continuelles et sans mesure de la part du peuple et des bonzes; les tentations de péché sont infinies; ce sont des dérisions et des outrages continuels au milieu de la populace; enfin, et c'est l'épreuve la plus grave à mes
LIVBE VII. — LETTRE QUATORZIÈMK. 293
yeux, parmi ces universités japonaises, retendue des distances ne permet point de porter avec soi les objets nécessaires au Saint-Sacrifice, et Ton doit demeurer privé de l'aliincnt céleste, qui confirme le cœur de l'homme (1) et qui est Tunique consolation de tous les maux. C'est en effet, dans ces contrées , la plus douloureuse de nos peines ; si dans Amanguchi, où la Compagnie possède une résidence, on a la faculté de célébrer les divins mystères , il n'en est plus de même dans les universités où se rendent souvent nos Pères d' Amanguchi. On ne saurait transporter sans péril les vases sacrés pour le Saint-Sacrifice, à travers des routes infestées de voleurs. Aussi je craindrais malheureusement, si quelques sujets étaient envoyés pour la mission du Japon, sans être pourvus des vertus suffisantes afin de résister au poids de ces excessives misères, je craindrais qu'ils ne s'exposassent à une ruine, pour ainsi dire, infaillible.
En vérité, je crois que, pour supporter les froids excessifs et les épreuves de ces contrées, les prêtres belges ou allemands de la Compagnie seraient préférables à d'autres, ces prêtres ayant l'expérience des années écoulées de leur vie; oui, ces sujets me paraissent convenir entre tous pour le lapon et la Chine. Mais je ne doute pas que Dieu, qui ffiîr^ toutes les affaires dans l'intérêt général de sa gloire et du salut des âmes, ne vous prépare les moyens de concourir à ses vues et d'élire pour ces contrées les sujets les plus convenables. Je vous le demande encore avec instance, choisissez des personnes éprouvées par les travau^ et les dangers, afin qu'avec l'assistance divine ils soîraR victorieux de ces misères et de ces souffrances. Ceux Aom la vertu n'a point paru dans le champ des épreuves et de la persécution, ne sauraient recevoir aucun grand ministère.
Je vous prie d'adresser une requête à sa majesté et de la prier qu'elle daigne demander, dans une lettre à notre
(1) Ps. CXI, 8.
29U LIVRE vu. — LETTRE QUATORZIÈME.
P. Ignace, quelques Pères pour la mission du Japon, et un homme éminent en vertu et en prudence, pour être à la té[te de ce collège et de la Compagnie dans les Indes. La Gonipagnie, en ces contrées, est singulièrement divisée et comme disséminée partout; elle s'étend dans la Perse (1), à Gambaïe, au Malabar, sur la côte de la Pêcherie, à Malacca, aux Moluques, aux îles du More et dans l'archipel du Japon; tous ces lieux sont infiniment dists|^ de la cité de Goa. Le supérieur de la Compagnie à Goa doit donc, lorsque nos Pères et nos Frères vivent dans des régions si lointaines et si distantes entre elles, s'il veut pourvoir à leurs intérêts, veiller sur leur existence et remédiA* à leurs infirmités, il doit, dîs-je, l^re éclater une expérience consommée et la plus haute vertu.
Il me semblerait convenable que le porteur de cette lettre remît au P. Ignace, en même temps que la miehiie, la vôtre et celle de sa majesté sur le même objet : j'ai, en effet, écrit dans le même sens à nôtre Père. Les sujets que je désire me paraissent pouvoir être retirés, sans inconvénient, des résidences de la Compagnie en Europe. Des Pères dépourvus de talents pour le ministère de la prédication vous sont peu nécessaires. Or les sujets que nous rece^ ici dans la Compagnie ne nous peuvent servir que pd fonctions temporelles et les offices intérieurs de la ml à peine en est-il quelqu'un d'assez initié dans lés lettres* pour être mis en état de recevoir le sacerdoce. Je vous le disi afin que vous compreniez quel nombre de prêtres on nous envoyer tous les ans.
mon bien-aimé Frère Simon , concevez-vôus l'œuvre ense qu'enfin nous inaugurons? Et si Dieu permet que la lumière de l'Évangile soit portée chez un peuple s} judicieux et si docile, vous ferez bien de venir vous-même en Chine, pour assouvir votre ardeur du salut des âmes. Si j'y pénètre, sous les auspices de Diett, je vous exposerai
(1) Ormuz était pbutaire de la Perse.
les mœurs de la nation, et les espérances qui s'c semer FÉvangile. J'éprouve un si vif désir A^m avant de mourir, que je pense toujours en md moyens qui feraient se réaliser mon vœu; et ce àeia' être si la Cliine est ouverte.
En attendant ce jom-, je vous prie très-instamment eur core de nous envoyer, Tannée prochaine, des Pères tels que je les désigne; c'est à peine si vous pouvez concevoir combien ils nous sont nécessaires, mais vous pouvez en croire wmn expérience.
J'ai prescrit au P. Gaspard de vous informer exactement, en Europe, de toutes nos affaires des Indes et des fruits spirituels recueillis par la Compagnie.
Et ainsi que j'espère vous écrire longuement de Malacca, . y^^ je n'ajouterai que quelques paroles. J'attends de vous une • ^' lettre pleine de détails sur votre voyage à Rome, sur les actes de votre sainte Assemblée et sur ses décrets (1). Il n'est rien dont je désire plus être instruit dans cette vie, n'ayant pu , pour la punition de mes péchés , y assister en personne. Si vous-même, à cause de vos occupations, comme je le crains, ue pouvez me donner tous ces détails, je vous prie d en conll^îr le soin au Confrère qui vous aura accompagné dans ce voyage: j'en serai vivement reconnaissant.
Je désire encore que vyus invitiez le recteur du collège de Coïmbre à in'iufotmer, par nue lettre, du nom de tous les Pères et Frères qui sont sous sa conduite, de leurs vertus, de leur science, de leurs dispositions. Et dans laxrainte que l'excès de ses occupations ne lui permette pas d'y consacrer le loisir que cette communication exige, je le
[1} Dans cette assemblée, tenue en 1650, et qui fut la seconde congrégation générale de la Compagnie, saint Ignace soumit à Texamen de ses Frères 1 oeuvre des Constitutions et recueillit leurs avis pour en déterminer la substance d'une manière définitive. Dans la même assemblée, saint Ignace s'efforça vainement de se démettre du généralat pour professer robélssance au milieu des rangs de la Compagnie.
296 LlVRb vil. — LLITRË QliJ^ZlÈ3aË.
prie d'en charger quelqu'une des personnes qui sont initié0$4ans ses affaîres intérieures; car je désire absolument ne pas ignorer le zèle ardent qui remplit mes Frères afin de souffrir pour Jésus-Christ. Sans doute ils me doivent euxmêmes de se souvenir de moi qui, Tannée dernière, les avais présents à ma pensée dans le voyage du Japon. A cette heure, je me rends en Chine, afin de leur préparer les voies pour la conversion de cet empire, et ce champ immense une fois ouvert donnera carrière à leur éminente piélé et à leur vertu , fécondée par les ardeurs du divin amour.
Que Dieu daigne nous rassembler et nous unir dans la soiBSStô des Saints ; et dès cette terre, si c'est pour son service !
'^GMf 7 avril 1552. François.
xJf Je vous prie d'envoyer sans retard à Rome le Frère porteur de eette lettre, afin que, l'année prochaine, il puisse revenir ^(ers nous en compagnie de plusieurs Pères. Que si la reli^on chrétienne a pénétré dans la Chine, et si j'existe encore après trois ou quatre ans, je veux retourner aux Indes, afin d'y prendre, pour les associer à cette œuvre glorieuse, quelques-uns de nos Pères el;jâe nos Frères, et je me rendrai dans les mêmes contrée|;vp)ur y achever mon existence, et voir venir la moit àà^|j#fSh ou dans la Chine.
LETTRE XV
A mon Père en J.-C., le P. Ignace (1).
Que la grâce, etc.
Au mois de janvier dernier, je vous ai fait part de mon retour du Japon aux Indes ; je vous ai dit le nombre con-
(I) Le P. Barloli rapporte que celte lettre était intitulée : A mon Père en J.-C., saint Ignace,
sidéraWe des païens qui sont entrés dans le troupeau de J.-C. ; le zèle et les œuvres de Cosme de Torrez et de Joam Fernandez, que j'ai laissés à Amanguchi, et qui donnent leurs soins aux chrétiens existants et à ceux qui se déclarent tous les jours.
Avant peu de temps deux de nos Frères feront voile pour Arnanguchi, afin d'assister Torrez par leurs travaux, et en même temps d'étudier la langue japonaise : de sorte qu'à l'arrivée de Pères d'une éminente vertu destinés pour les universités japonaises, ces derniers trouveront des interprètes fidèles tout prêts à les seconder.
Déjà par la divine miséricorde, une maison de la Compagnie a été fondée dans Amanguchi, c'est-à-dire à une distance prodigieuse de la ville de Rome : Amanguchi se trouve à plus de 1,400 lieues de Goa, et à plus de 6,000 de Rome.
Dans six jours, si Dieu le permet, nous partirons trois de la Compagnie, parmi lesquels deux prêtres, pour l'empire de la Chine.
Cet empire, situé vis-à-vis du Japon, est d'une étendue bien plus considérable, et possède un grand nombre d'esprits éminents et de docteurs d'une science profonde. Autant que je l'ai pu connaître, yiqstruction et l'étude y sont en grand honneur : et le plusJwancé dans la science occupe le rang et l'autorité les plus éminents. On sait d'ailleurs que les religions qui sont professées au Japon, sont venues de la Chine en ce dernier empire.
Nous allons en avant, pleins d'espérance et de confiance en Dieu, et nous sommes convaincus que le nom de J.-C. doit un jour pénétrer en Chine. Je vous en conjure, ne cessez de prier pour ceux qui sont au Japon, et pour ceux qui se dirigent vers la Chine. Lorsque, avec la protection de Dieu, nous serons arrivés en Chine, je vous écrirai dans les termes les plus étendus , touchant notre arrivée et les espérances qui pourront s'ofi*rir de propager notre religion.
J'ai établi comme recteur du collège de Goa le P. belge
298 UVRE vu.— L£TTRE QUINZIÈME.
Gaspard, sujet d'une vertu très-éprouvée, et conU)lé des dons de la grâce; c'est un excellent prédicateur, et toute la population, ainsi que nos Confrères, Taiment singulièrement. J'ai ordonné que tous les Pères et les Frères qui résident en ces contrées fussent sous son obéissance. Aussi je pars avec joie pour la Chine, affranchi de toute sollicitude au point de vue des affaires intérieuics. S'il arrive que pendant mon absence Dieu rappelle de cette vie le P. Gaspard, j'ai laissé dans sa possession une lettre close, où le recteur que je lui substitue se trouve désigné. J'ai cru devoir prendre cette mesure, en raison des distances qui vont exister entre nous.
Il m'a paru de même avantageux pour la religion, d'ordonner, avant de me diriger vers la Chine, qu'au commencement de l'année prochaine une personne de la Compagnie serait envoyée des Indes en Portugal et de là à Rome, avec des lettres de notre part : vous apprendrez par le témoignage de cette personne de quelle nécessité sont pour ces contrées des sujets exercés et éprouvés par les travaux et les dangers de cette vie. Les hommes de ce caractère obtiennent de grands résultats pour la propagation de la religion; et d'autres hommes, si savants qu'ils puissent être, ne réalisent que peu de fruits, s'ils n'ont été qu'imparfaitement éprouvés par la touffrance et la persécution. Je parle ici d'après mon expérience personnelle : deux choses sont absolument nécessaires à ceux qui voudront prendre à cœur le salut des Japonais, et surtout à nos Frères qui visiteront les universités japonaises : la première est une expérience consommée du pays, acquise par les épreuves et les dangers de chaque jour et par l'étude approfondie de soi-même. Dans le Japon ils auront à souffrh* par le climat, par le dénûment physique, par mille autres genres d^épreuves, dans un degré bien supérieur à ce qu'ils peuvent avoir éprouvé dans l'Europe; il s'y joindra les hostilités et les insultes des habitants, aux yeux de qui les étran^ gei^ sont à peine des hommes; ils seront surtout persécu-
tés des bonzes, les ennemis les plus acharnés des apôtres évangéliques : toutefois au milieu de. ces épreuves on est merveilleusement consolé de Dieu.
Pour aller dans les universités japonaises, il me paraît impossible de porter avec soi, d'une manière sûre, les vases sacrés pour la Sainte-Messe, à cause de la distance et des brigands qui infestent les routes. Au milieu donc de tant de sduiiï^aaces et de tant d'épreuves, étant même dépourvus de la consolation du divin Sacrifice et du secours do la Sainte-Eucharistie, ne comprenez-vous pas quelle vertu et quelle force d'âme doivent régner en nos Frères qui seront choisis pour les universités du Japon.
Eli séfcond lieu, ils doivent être doués d'une intelligence et d'une science très-éminentes, afin de pouvoir répondre avec présence d'esprit et avec justesse aux questions sans nombre des Japonais. Surtout ils ont besoin d'être trèsverséâ dans la philosophie, et en particulier dans la dialectique, afin d'être en état de eonvaincre et de confondre les esprits obstinés des Japonais ; de leur faire sentir avec évidence qu'ils ne sont pus consistants avec eui-mêmeâ et que sans cesse ils se contredisent.
Je désire que ces Confrères ne soient pas ignorants de Tastronomie. Les Japonais désirent singtdièrement s'instruire sur les phases alternatives du soleil et de la lune, et sur les causes de la croissance et de la décroissance de la lune à des intervjpljes réguliers. Ils font des questions de ce genre : Quelle est l'origine de la pluie, de la neige et de la grêle? D'où proviennent les comètes, le tonnerre, les éclairs et les autres phénomènes de l'air? On ne saurait imaginer combien l'explication de ces prodiges naturels a de puissance pour disposer en notre faveur les esprits des Japonais.
J'ai voulu vous donner ces détails sur les dispositions et le caractère des Japonais , parce que le principal, afin de bien choisir lesdiflets qui doivent être envoyés, est de connaître les mœtffë du pays où on les envoie.
300 LIVBE VII.— LETIBE QUINZIÈME.
Souvent il me vient en pensée que des Pères belges ou allemands sont ceux qui conviennent principalement à la mission du Japon : ils sont endurcis au froid et à la fatigue; et dans l'Italie et l'Espagne, leur ignorance de la langue les rend inutiles pour la prédication. Sans doute ils auraient besoin, en vue de leurs rapports avec nos Confrères qui sont au Japon, de n'être point absolument étrangers aux langues espagnole et portugaise, mais ils pourraient acquérir une connaissance suffisante de ces deux langues dans le voyage des Indes et du Japon, qui exige deux années au moins.
Il est essentiel aussi de vous faire connaître que Ton désire ici la venue de quelqu'un des anciens de la Compagnie, profondément initié dans notre Institut, qui y prenne un souverain intérêt, et qui ait vécu longtemps auprès de vous dans un commerce intime. Un tel homme est indispensable à cette heure à cette maison de Goa et aux membres de la Compagnie disséminés en des lieux si divers, afin, comme il est naturel, de les rendre conformes aux lois et aux constitutions de notre Institut. U n'est point nécessaire que ce soit un prédicateur; lors même qu'il ne posséderait point le talent de la chah^, ittt pourrait nous être très-utile et nous faire faire des progrès immenses.
Je vous prie et je vous conjure, au nom de J.-C, de nommer recteur de ce collège un sujet de votre choix : ne fût-il point doué d'une science profonde, s'il est choisi par votre sagesse, il sera tel assurément que cette maison l'exige. Les Pères et les Frères qui habitent ces contrées désirent infiniment qu'il leur vienne de Rome un supérieur de ce caractère et qui ait demeuré longtemps et d'une manière intime avec vous. Et si ce Père appojte avec lui des Indulgences annuelles pour une Octave entière, afin d'inviter les fidèles à s'approcher ù de certaines fêtes des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, il aura procuré au peuple une satisfaction
très-vive et servi très-utilement les intérêts de la religion.
Je ne saurais vous dire tous les fruits de salut que le Jubilé dont vous nous avez fait part (1) a produit pour ce peuple. Je vous prie de nous adresser de semblables Indulgences, exprimées dans un rescrit du souverain pontife, et scellées, en forme authentique, avec le scel pendant : il eiiste ici des personnes qui seraient disposées à révoquer en doute les grâces du souverain pontife , s'il y manquait quelqu'une des formalités de la chancellerie. On a même essayé de dénier le caractère authentique au Jubilé que vous nous avez adressé , en alléguant qu'il n'était pas vérifié et approuvé par ordre du souverain pontife : néanmpins, avec la grâce de Dieu, ce précieux Jubilé a joui de tout reflet et de toute l'autorité désirables.
Il est essentiel pour le bien de la religion que les prêtres i de la Compagnie qui viendront en ces contrées soient éprouvés à l'avance. Ici surtout des prêtres parfaitement éprouvés nous sont nécessaires. J'ai averti par lettres le P. Simon, et, s'il est absent, le recteur du collège de Coïm- . bre , de ne point nous envoyer de ces Pères qui , dans 10? Portugal, ne rendent aucuns services : les mêmes ne seraient point ici d'un plus grand avantage. Surtout il me paraîtrait éminemment utile que vous prissiez cette décision, qu'aucun prêtre de la Compagnie ne devrait se rendre aux Indes avant d'avoir fait le voyage de Rome, comme le font les pèlerins, et d'avoh* été éprouvé par le supérieur général.
Enfin il me serait singulièrement agréable que vous daignassiez recommander à l'une des personnes qui habitent votre maison de me donner des nouvelles de tous les
(1) Nous ne possédons point la lettre de S. Ignace à S. François Xavier touchant le Jubilé; mais il nous reste celle adressée à Simon Rodriguez, en sa qualité de Provincial pour le Portugal et pour ses domaines d'outremer en deçà des Indes. Comme la substance et même les expressions des deux lettres devaient être presque identiques, nous donnons dans TAppendiee la lettre au P. Rodriguez (en date du 7 juillet lôSO).
^^^ 'NBO»' — LETTRE QUIlIXIËliE.
Pères qui sont venus de Paris ft Rome [f ) avec vous, et de tous les autres Pères ; de me faire connaître les progrès de la Compagnie, le nombre des collèges et des maisons, celui des Pères profès, les personnages de marque admis dans la Compagnie, les sujets éminents par la science et par l'érudition dont ses rangs se sont enrichis ; qu'il nous tienne au courant de tout avec les détails les plus étendus.
Une lettre de ce genre adoucira pour nous, par une consolation profonde, les immenses labeurs que nous supportons, sur la terre et sur la mer, au Japon et dans la Chine.
Que Dieu nous réunisse dans la félicité des Saints, et si c'est l'intérêt de sa gloire, dès cette vie même. Si cette réunion m'est commandée, la vertu de l'Oègissance aplanira les obstacles. Tout le monde s'accorde à me dire que de l'empire de la Chine on peut aisément se rendre par terre à Jérusalem (2) ; s'il m'est évident qu'il en soit ainsi, je
(1) 0^ sera bien ai?c de connaître ici quelle élail , au inoraçpt où npjre Saint écrivait ces lignes, la fonction présente des premiers religieux de la Compagnie de Jésus.
Jean Godure était mort eii 1541, et Pierjre Lefevre en J64.6.
Le P. Ignace, à Rome, gouvernait les affaires de h Compagnie.
Jacques Lainez, qui arrivait de Trente, où les séances du concile venaient «t'étre suspendues, était nommé Provincial d'Italie.
Alphonse Salmeron , également revenu de Trente, travaillait à Home ou à Naples.
Nicolas Bobadilta fondait le collège de cette dernière ville.
Simon Rodriguez, Provincial de Portugal, allait être remplacé par Jacttucs Miron, et se voir chargé de )a province d'Aragon*
Claude Lejay, aprtXs d'adQiira^Jes travaux dans toute TAUcmagne, ^^evait mourir à Vienne en cette année même 155?.
Pasquier Brouet était Pjovincial de France.
Les merveilleux progrès qu'avait faits l'Institut à cette époque, ses missions en Europe et dans les pays infidèles, ses fondations déjà si nombreuses appartiennent à l'histoire.
(2) Marco Polo, Rubruquls, Plan-Carpin et d'autres voyageurs avaient, à différentes époques , traversé toute l'Asie dans ]eurs ambassades et dans leurs voyages de commerce. Leurs récits, véridîques en général, n'avaient point encore, aux yeux de l'Europe, le degré de certitude que leur a donné l'expérience des voyageurs modernes. Notre Saint qui , sans doute, avait
' LtVife'im.— LETTRE SETEIÈItB. 303
VOUS ferai connaître le nombre de lieues (jui sépare les deux contrées et combien de mois exige le Toyage.
De Goa le 9 avril 1552.
Le dernier de vos fils et le 'plos éloigné de votre pré^ sence.
François db Xavier.
LETTRE XVL
Ail P. SItnttn RoérIsiieB, en tNiriiiÉiil.
Qae la grâce, etc.
Mathieu et Bernard (1), deux Japonais, qui m'ont accompagné dans les Indes, Font fait dans le dessein de se rendra en Portugal et en Italie, afin de contempler t Rome mémfe là religion chrétienne dans toute sa majesté, de s'en bien pénétrer et de pouvoir, étant revenus flans Ifeuf patrie, raconter à leurs concitoyens ce qu'Us auront vu et conservé dans leur tnémoire. Je vous les recommande aussi vivement qu'aucune personne au monde. Prenez soin qu'ils reviennent dans ces contrées entièrement satisfaits dans leurs désirs; car leur témoignage doit nous concilier, ainsi qu'au nom chrétien, une grande autorité.
wnnaîôsance de leurs litres, recueillait, dans les contrées tlsitéés par ces Tojageurs, des traditions nombreuses de leur passage, et s'éelafrait du tép^pipuage des marcliands qui avalent eux-mêmes parcpjiru l'A^e.
(1) Ëéma^d, Japonais d'une humble condition, était le premier de sa nation qui eût reçu le baptême. Il avait tout quitté pour s'attacher au Saint, et l'avait suivi d^diJe voyage de Méaco.
Mathieu, luftMrfcpliytr japonais, fut associé par le Saint à la lyiiMipn de Bernard en1i^n|e.
Mathieu moimitln arrivant à Goa.
Bernard parvint à Rome , où il rendit au souverain pontife et à saint Ignace le compte le plus étendu des affaires des Indes. Plus tard, il se retira dans le collège de Coïmbre où il prit l'habit de la Compagnie : il y mourut saintement vers 1568.
Los Japonais sont pleins de mépris pour toutes les autres nations auxquelles ils se comparent : et c'est la raison qui les a empêchés d'entrer en relation de commerce avec aucun peuple jusqu'à l'anivée des Portugais, il y a huit ou neuf ans. Les Espagnols ont surnommé ces îles les îles d'Argent : au Japon , des Portugais m'ont affirmé que les Espagnols se rendant aux Moluques naviguent d'ordinaire parallèlement aux rivages du Japon , mais que si l'un de leurs navires tentait d'y aborder, il se briserait infailliblement. Les Japonais en donnent pour raison que la mer du Japon, dans la partie où se fait la traversée de la Nouvelle- Espagne (1) au Japon, est remplie de récifs où les navires s'engagent et se perdent. Je vous donne ces détails afin que leurs majestés , informées par vos soins, puissent écrire à l'empereur Charles (2), roi d'Espagne, afin de le détourner d'envoyer ses flottes de la Nouvelle-Espagne pour s'emparer des îles d'Argent : ses ijavires, ainsi qu'il arrive à présent, périraient jusqu'au dernier. Et si par un événement de fortune, on abordait sans accident dans ces îles, lorsqu'on essaierait de àfe6' rendre maître par les armes, on aurait à combattre nn peuple aussi belliqueux qu'avide de pillage, et qui serait en état de triompher d'une flotte, si nombreuse qu'eBe pût être. Le pays, de plus, est si stérile et les solitudes si vastes, que des armées étrangères y seraient vaincues par la seule famine et sans combat, il règne aussi dans les parages de ces îles de si eflroyables tempêtes, que les vaisseaux espagnols , sans un port ami pour s'abriter, seraient voués à une perte certaine. Enfin, je le répète, les Japonais soht tellement passionnés pour les armes de guerre, que le seul attrait de piller les armes des Espagnols, je le présume au moins d'après leur génie et leurs mœurs , leur ferait massacrer jusqu'au dernier de ■^ Q^'ébrangers. J'ai déjà fait part de ces faits à sa majesté,
(1) Le Mexique.
^12 Charles-Quint.
mais il se peut faire que les soins de l'État les aient effacés de son esprit, et pour assurer ma conscience, que j'y regarde comme engagée, je vous prie de les rappeler à son souvenir. Ne serait-il pas déplorable d'apprendre que de nombreuses flottes parties de la Nouvelle-Espagj}^ poui: les Bes d' Aident eussent péri dans leur expédition^ ^'ailleurs, à l'exception du Japon , il n'existe point d'îles dans cette partie de l'Orient qui renferment réellement des mines d'argent.
Je vous recommande encore d'accueillir parfaitement les deux Japonais, et de faire qu'ils apprécient tout ce qu'ont d'admirable nos églises, nos universités , et les autres merveilles de l'Europe. En vérité, j'ai la confiance qu'ils seront saisis d'étonnement à la vue des richesses et de la puissance des chrétiens. Bernard ainsi que Mathieu ont longtemps vécu dans ma compagnie au Japon. Ce sont des hommes peu favorisés du côté de la fortune, mais remplis de foi : ils s'étaient attachés à moi , et m'ont suivi, à mon retour du Japon aux Jiides, dans l'intention de se rendre en Portugal et de là à Mme. Les Japonais de noble condition n'éprouvent point le désii' de visiter les pays étrangers, quoiqu'il y ait qrielques-uns de nos néophytes qui penseraient ciu voyage de Jërus^aîem , afin de vénérer les lieux où est né et ou a ^uffort N, S. J.-C. Mathieu et Bernard avaient Les premiers ce dessein; mais , après avoir vu les magnificences romaines, je ne sais s'ils iront jusqu'à Jérusalem. Sans doute,' j'aurais désiré vous adresser en Portugal quelques bonzes lettrés, afin de vous donner la mesure des esprits japonais , les plus pénétrants et les plus sages du monde; mais la plupart, nobles et vivant dans l'aisance, n'ont pu consentir ^s'absenter de leur pays, même pour un temps.. J'ai tenté de môme d'emmener avec moi d'autees néophytes, que les difficultés d'un voyage de m^Éw^surtout d'un voyage prolongé , ont fait renoncer h mJSj^lpiApagner. Je vous prie donc de diriger ceux- ci, MàthlÈtf et'fetparjJ^jBS^ de les renvoyer au Ja-
'^^^^SLè'
306 UVIIE Vn.— LETTRE DIX-SEPTI^IIE.
pon avec plusieurs de nos Pères; ils témoi^eront d'une manière convaincante à leurs compatriotes de la {distance infinie qui eidste entre la grandeur des chrétiens et celle des Japonais.
Pieu veuiUc, si c'est rintérôt de sa divine jsloire, gu'un jour nous nous revoyions en Chine : au moins sera-ce dans la patrie du ciel, où je goûterai plus délicieusement encore les fruits de votre amitié si tendre, qui me manque depuis si longtemps.
Goa, 9 avril 1552.
Françoïs.
LETTRE XVII
A Jean ni^ roi de Portugal.
Cettp année même, étant de retour du Japon, j'ai écrit de Cochin à votre majesté, et j'djVgj^flé ma lettre à des navires qui faisaiept voile pour llTprtiigi^. Je vous rendais compte de Tétat présent de la r^Qg^m Japon, pt des dispositions si favorables de la i^^spn japonaise pour embrasser la religion de J.-C. J' ajoutais que le roi de Bungp, admirateur zélé de vos vertus royales, vous envoyait une magnifique cuirasse en témoignage de son respect.
Deux membres de la Compagnie devaient bientôt paftir pour la ville d'Amanguchi , au Japon , où nous avons une résidence établie ; déjà deux autres de nos Confrères d'une grande vertu et d'une grande sagesse y sont occupés à l'instruction des nôoplivtcs. Diiigne Dieu permettre que votre admirable munificence concoure en ces autres contrées à la propagation rlc îa religion clii^étl^pne î Je vous écrivais aussi que j'avais résolu de me rendre eu CliinO} où nous yoyons apparaître les plus magnifiques espéi'^nces de répandre la foi chiftdggng.