CHAPITRE PREMIER (1506-15M). XXVII
ce nouveau dessein {Lettres^, I, 17, 22), que l'intérêt de son royaume devait passer avant celui des terres étrangères, et que les ouvriers apostoliques moissonneraient des fruits bien plus abondants dans un pays catholique que parmi les infidèles. L'infant D. Henri fut d'un avis opposé, mettant en avant l'élection faite par le Vicaire de Jésus-Christ, et l'intérêt spirituel de tant de nations, privées jusqu'à ce jour du bienfait de l'Évangile, et qui n'attendaient que la parole des nouveaux apôtres, pour croire en Jésus-Christ, et pour aller peupler le ciel d'innombrables phalanges.
Les Pères en écrivirent au P. Ignace. Le souverain pontife, consulté par Ignace, fut d'avis de laisser au roi de Portugal l'absolue liberté de conserver ou de laisser partir les Pères, abrogeant, par égard pour le monarque, ses premiers ordi-es touchant la mission des Ind(!S. Mais Ignace, écrivant aux Pères, ajouta que si le roi de Portugal désirait connaître sa pensée personnelle, il inchnait à diviser le conseil, c'est-à-dire, à faire demeurer Simon en Portugal, et à laisser Xavier partir pour les Indes (1).
Le roi Jean agréa l'avis d'Ignace, et se contenta de Rodriguez pour le Portugal. Ce Père y fonda dès l'an 1542 le collège de Coïmbre. Ce fut l'origine des étabhssements de la Compagnie dans ce royaume. En 1552, le collège du Saint-Esprit, à Evora, fut fondé par le cardinal D. Henri, et, en 1558, une bulle du pape Paul IV érigea ce collège en université. L'année 1552 vit établir à Lisbonne le collège de Saint-Antoine et la maison professe de Saint-Roch. En 1555, Jean III confia aux Pères de la Compagnie le collège des Arts, qui faisait partie de l'université de Coïmbre. Nous devons ajouter enfin que les États portugais comptèrent bientôt à eux seuls trois des provinces de l'Institut naissant. Rodriguez devint le premier Provincial de Portugal; mais nous ne devons pas nous étendre sur le récit des œuvres de ce Père, épisode pour ainsi dire immense.
Xavier, de qui la vocation se trouvait à chaque heure confirmée par une élection nouvelle, se vit désormais assuré de son départ. Le
(1) Les deux lettres que le P. Ignace paraît avoir écrites, l'une aux deux Pères Rodriguez et Xavier, et l'autre à l'ancien ambassadeur Mascarenhas, n'ont point été conservées.
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XXVIII VIE DE SAINT FRANÇOIS- XAVIER
roi Jean fit appeler le Père, et après lui avoir recommandé ses États, des Indes de la manière la plus touchante, lui remit quatre brefs que le souverain pontife avait adressés au roi de Portugal pour être remis de sa main aux missionnaires des Indes :
Le premier (27 juillet 15/iO), adressé à Jean III, roi de Portugal, le laissait libre de remettre ce bref aux deux Pères, ou à l'un d'eux, ou à aucun, selon qu'il jugerait à propos de retenir en Portugal l'un des deux, les deux, ou aucun. Ce bref les constituait nonces, et leur donnait l'autorisation de prêcher l'Évangile, d'expliquer les Écritures, etc.
Le deuxième (du 2 août 1540 ) ajoutait différents pouvoirs, tels que de réconcilier les hérétiques avec l'Église, de donner dispense d'irrégularité, de certains degrés d'afiinité, de consanguinité et d'autres semblables.
Les deux derniers ( tous deux du k octobre 1 540 ) ne contenaient qu'une recommandation authentique en faveur des missionnaires adressée par le saint-père à l'empereur d'Ethiopie et aux différents souverains des Indes.
Le roi Jean III voulut que le Père s'embarquât sur le vaisseau ([ui devait transporter aux Indes le nouveau gouverneur, D. Martin Alphonse de Souza {Lettres, I, 33 note). Il fit mettre à la disposition du Père tout ce que celui-ci pouvait désirer. Mais le comte de Castanera, intendant des armements de mer, ne put rien faire accepter à Xavier, si ce n'est quelques livres de piété et un habit de gros drap, afin de se prémunir des froids que l'on éprouve à la hauteur du cap de Bonne-Espérance.
Nous ne pouvons omettre ici les belles paroles que l'historien Lucena met dans la bouche du Père, lorsque le comte de Castanera le suppliait au moins d'accepter le service d'un domestique : « Aussi longtemps, dit Xavier, que, par la divine miséricorde, je pourrai me servir des mains et des pieds qu'elle m'a donnés, je n'ai point sujet d'employer les mains et les pieds d'autrui. » Et le comte insistant, à cause de la dignité de nonce apostolique dont Xavier venait d'être revêtu : « Les obligations, reprit le Père, et les convenances de la dignité ont mis, seigneur, la répubUque de Jésus-Christ en l'état où nous la voyons. Mon devoir personnel, et je suis résolu de l'observer, n'est pas seulement de manier les ustensiles vulgaires de la domesticilc, mais même de recueillir et de laver le linge de tout l'équipage, de faire le cuisinier pour tous, de m'employcr
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