‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 9 sur 759 · CHAPITRE PREMIER (1506-15Ù1). XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER (1506-15Ù1). XXII

es Apôlres, avaient plantée, et que la superstition et la barbarie avaient, fait disparaître. Allez, au nom de Dieu, et par l'autorité de son vicaire : ne craignez point d'être faible, car Dieu fortifie ceux qu'il a choisis. Qu'étaient les douze pêcheurs qui devinrent ses Apôtres? Que de provinces l'apôtre saint Thomas n'a-t-il pas conquises à l'Evangile? Reprenez son œuvre, sans appréhender les travaux, sans craindre la mort même! Le Seigneur étend, à cette heure, la puissance de son bras : il ouvre tous les trésors de sa miséricorde. »

En lui donnant la bénédiction apostolique, le pontife avait déjà résolu de le nommer son nonce dans les Indes, afin de lui conférer les pouvoirs les plus étendus pour sa mission : les lettres en furent adressées par le pontife au roi de Portugal, de qui Xavier les reçut, à Lisbonne, à la veille de s'embarquer pour les Indes.

Le 15 mars 1540, le Père quitta Rome, en compagnie de l'ambassadeur, n'emportant avec lui que son bréviaire.

Le voyage, qui dura trois mois, donna sujet à Xavier d'exercer sa charité: ses lettres nous les racontent au travers d'une profonde huinilité [Lettres, I, 12 et suiv.). Après le passage des Pyrénées , Mascarenhas le pressa de visiter sa propre famille, à la veille d'une absence peut-être sans terme. Xavier, craignant les émotions du sang comme les ennemis de l'esprit apostolique, remercia l'ambassadeur, en lui déclarant qu'il se réservait de voir ses parents au ciel, où ceux que l'on a aimés sur la terre cessent de n'être plus, où l'on se voit à jamais face à face, dans la joie étemelle de la présence de Dieu.

Le P. Xavier arriva à Lisbonne vers la fin de juin 1540; le P. Simon Rodriguez se trouvait alors très- affaibli par une fièvre ancienne qu'il avait rapportée de Rome. Le saint embrassement de Xavier lui rendit sur-le-champ les forces et la santé {Lettres, ï, Ik). ■ ■ ■ -■■:-■ '■''■'i,r'^:iVr^^~

Irbis jours après, les deux Pères furent âpjpèlés devant Ce grand prince, appréciant d^ement la grâce que Dieu lui avait, accordée en mettant à sa disposition les deux saints religieux, les accueillit avec les plus grands égards, et leur déclara qu'il aurait

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VIE DE SAINT FRAIXÇOIS-XAVIER

toujours mille fois plus à cœur la conversion des Indes, que les : conquêtes et le commerce. Il entretint longuement les deux Pères, et leur adressa de nombreuses questions touchant les origines de la Compagnie, son institut, et les épreuves qu'elle avait traversées. Le roi et la reine (1) voulurent présenter aux Pères l'infant D. Joam et l'infante Marie, leurs enfants, et ne leur permirent de se retirer qu'après leur avoir adressé les recommandations les plus pressantes touchant l'éducation de la jeunesse , et leur avoir confié la direction de cent jeunes pages attachés à la maison royale (Lettres, I, 15).

Les Pères avaient choisi, pour leur résidence, l'hôpital de Tousles-Saints : ils refusèrent constamment le logement plus commode qui leur était offert, par les ordres du roi, et vécurent d'aliments recueillis à titre d'aumônes, jusqu'à ce qu'enfin l'excès de leurs occupations les obhgea d'accepter leur subsistance de la part des officiers royaux, en réservant seulement, pour certains jours de la semaine, la pratique sainte de la mendicité pour J. -C.

L'embarquement ne devant avoir lieu que vers le printemps de 15Zil, les deux rehgieux se livrèrent avecardeurà tous les mi- uistères de leur vocation. La nuit, excepté le court inÉ^alle qu'ils accordaient au sommeil, ils, vaquaient à la méditation sainte et à la contemplation : aux premières lueurs de l'aurore, ils célébraient la sainte messe, et durant tout le jour^ lis accomplissaient les mômes œuvres apostohques que dans les villes d'ItaUe, visitant et assistant les malades et les prisonniem, catéchisant les^-enfakts, accueillant les pénitents qui venaient les entretenir de leur conscience, et faisant pratiquer à la plupart d'entre eux les exercices spirituels du P. Ignace.

Xavier ne voulut point d'abord prêcher dans les églises, considérant qu'il devait commencer son ministère par des œuvres moins éclatantes. Cependant, sur l'invitation du roi, et d'après le désir de l'évêque de Lisbonne, il monta en chaire, et sa parole réalisa des prodiges. Toutefois l'immensité de ses travaux l'empêcha de se faire entendre souvent, et lui-même reconnut que le

(1) Catherine «'Autriche, reine de Portugal, était fille de Philippe, comte ide Flandre, roi de.Castille et d'Aragon, et sœur de l'empereur Charles- ^/ Quint: eîte fut régente après la mort d« Jean III, et déploya dan^ ceUe ''dignité suprême les plus admirables qualités. Nous aurons du reste plus d'une occasioi) de rendre hommage à ses vertus.

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CHA34TBE PREMIER (1506-15^1).

ministère de la confession était, de la part des missionnaires, plus essentiel pour le service de Dieu que la prédication, la cour de Portugal ayant alors des prédicateurs éminents, en plus grand nombre que des confesseurs d'une science et d'une expérience cQasommée (Z-effre^, I, 19, 38). h

' Des fruits extraordinaires îiccompagnaient les œuvres des deux apôtres, car, dèç:çïe teE|ps, ^^ prêtres de la Compagnie de Jésus ■^reçurent ce titre en Portugal, et la piété reconnaissante des Por- ■ tugais le leur a longtemps conservé. Le principài^jde ces Inuits 'élait^^quent usage des saçi^ements.ji peine autrefois se sou- y^' yenait-on, au moment du carême, dé se Réconcilier avec Dieu, et de venir prendre place à la table eucharistique. On vit tout d'un coup la ferveur là plus édifiante succéder à cette déplorable indifférence : et, commeà Fenvi, les habitants de la métropole et ceux 'des provinces adoptèi^nt le saint usage de la fréquentation des ^crements. Plusieurs, qui différaient leur conversion de jour en jour, ne résistèr|9Éit plus à la grâce qui opérait des merveilles dans *le Portugal, par le ministère de^ deux religieux, et Ton vit un cer- *^tain nombre dfe personnes reppncer au siècle, et embrasser, à la J: ' *. suite des Pères, l'Institut de la Compagnie, Ce fut dans cette année ^ même, 1540, que cet Institut fut approuvé et reconnu par le^^. souverain pontife Paul III (Le«re5, I, 20, 26, 31). La cour même du joi, suivant les' Hispirations et ies exemples ^,. du souverain, présentait; le plus admirable spectacle/ Le Saint, "'. dans une de ses lettres (I, 33}» la représeijte comme oJBFrant plutôt l'image d'une société religieuse que d'une pour séculière. Ilajoute les détails les pl^^^toiichants, qu^ous ne saurions qu*affaiHir en les résumant. ■ •;" . ^'^^-WA- ''^■-K'%, ,- '" . :-^>--.:

^'infant D. Henri, frèVe du roi, grand-inquisiteur du royaume, qui fut plus tard cardinal, et qui, dans un âgé avancé, régna sur le Portugal, confia la visite des prisonniers de l'Inquisition à nos deux Pères, et l'on peut voir, dans une lettre du Saint (I, 26), "P^les ministères de charité Jdoat (^ prisonniers étaient l'objet* .

Cependant, les Pères ne perdaient point de vue le but dejeur

: ;mi|^ion, et constamment préoccupés de s<i|spcier des compagnons

• pour les Indes, ils les. cherchaient revêtus dès dons les plus émi-

^- nents de zèle, dé désintéressement et surtout d'humilité (I, 18).

aami ceux* qui persistèrent jusqu'aux Indes, furent François

l'WJDUf,

VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAtlER.

de Mandas (I, 19) (1) el Paul de Camerino (2). Au surplus, les magnifiques espérances, que les royaumes de l'Asie offraient à l'Evangile, échauffaient l'ardeur d'une infinité de personnes. Un illustre docteur, parent de notre Saint, D. Martin d'Azpil^. cuete (3), éprouva lui-même je désir de l'apostolat. Ce vertueux personnage, alors professeur de théologie dans l'université de Goïmbre, offrit au roi , si ce monarques voulait lui envoyer le P. François, seulement pour le visiter, de faire, en surcroît de son enseignement, et, sans nouveaux honorah'es, deux leçons nou-^' velles. Tune de droit çaiion et l'autre de théblogie mystique. Il promettait de plus d'aller, avant peu d'anniées, rejoindre Xavier dans les Indes. Nous avons deux lettres du Saint, adressées à son^^ oncle, et nous savons, par ce dernier, que Xavier le détourna de la pensée des Indes : « J'y aurais fini mes jours, dit Azpilcuete en son Manuel, si Xavier , à cause de mon âge, ne m'eût jugé incapable des fatigues de sa missifm, et s'il ne m'eût écrit en partant, que je devais me consoler d^son abs^e0Lpar l'espérance de nous voir au ciel (U). » %.V *0l '%

Mais le rçi Jean III, fçappé d'admiration à la vue des fruits im-' menses opérés en Portugal par les deux Pères, déclarait hautement qu'il serait heureux de posséder en ses États tous les religieux de la Compagnie, dût-il consacrer à leur entretien la principale partie de ses revenus {Lettres, I, 17). Déjà même, ce prince préparait le dessein des établissements de la Compagnie en Portugal {Lettres, I, 22, 31), etiil conçut alors la pensée de conserver les missionnaires auprès de lui, et de ne point les envoyer aux Indes. Il lui paraissait y et d'éminents personnages l'encourageaient en

(1) François de Mancias travailla longtemps avec un grand zèle à la côte de la Pêcherie et au cap Comorin. Un grand çombre de lettres du Saint lui sont adressées. Mais ce religieux, dominé par l'esprit propre, ne conserva point les vertus de sa.jYOçation, et fut exclu de la Compagnie par Xavier lui-même en 1647. ■ -v * s -\# . , ' *^ ^^^f^^-

Mancias fut l'un des témoins pour la canonisation de notre Saint, et mou-' rut à Cochin, dans de grands sentimi^ts de piété, en l'année 1565. , ^-^ ^ , .

(2)-iettresI, 26, note. /■ ' . ?4i ;. / -^^-É

, (3) Voy. Lettres I, 23, qpte, 26. '^ / >?| , U; !,■ • ijf . ~*^^À

(4) Ibi etiam ipse jam vitamflnissem, nisi ille^ quando Olisippbne discessit^-me jam senescentem, laboribus anime suo conceptis imparem judicasse^^ scribens, ut absentiam patienter ferrem in terris, praesentiam speransiji cœlis (Man., Cap. 24, n. 10). ; ^ ^■^'

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