CHAPITRE PREMIER
aux offices les plus humbles, et , sur toutes choses, d'éviter de commettre à la vue de ces hommes aucun péché qui les scandalise, qui m'expose ïr perdre toute mon autorité, et qui me la fasse perdre en réafité. »
Le jour du départ, le P. Simon Rodriguez conduisit Xavier au vaisseau , et les dernières paroles de l'Apôtre des Indes à son ami furent celles-ci, qui nous ont été conservées par Lucena : « Mon Frère maître Simon, nous ne devons sans doute plus nous revoir et nous entretenir en cette vie : supportons avec calme cette séparation dans le pèlerinage de la terre ; car il est avéré qu'une fois réunis en Dieu, nous serons associés si intimement, que rien au monde ne nous pourra diviser d'avec lui, ni d'avec son tendre Jésus. Je veux, à cette heure, vous révéler un'secret, dont la pensée devra vous servir à vous consoler de mon absence. Souvenez-vous, mon Frère, de cette nuit, en l'hôpital de Rome, où je vous réveillai par ces paroles que je fis entendre : Encore, encore, encore ! Vous m'avez souvent demandé de vous en découvrir le sens, et je vous ai toujours répondu que vous ne deviez en tenir aucun compte. Apprenez aujourd'hui que j'entrevis alors, — que ce fût en rêve ou en réalité. Dieu seul le sait ! — les travaux immenses, les fatigues sans nombre, les souffrances de la faim, de la soif et du froid, les voyages sans fin, les naufrages, les trahisons, les persécutions, les dangers de tout genre qui s'offraient à moi, pour le service et pour l'amour de Dieu. Le même Dieu, Notre-Seigneur, me prodiguait ses grâces, afin de n'en être point accablé, et afin de lui demander l'accroissement de tant d'épreuves par ces paroles : Encore, encore, encore ! que vous avez entendues. Et, ainsi, j'espère de sa divine bonté qu'il comblera surabondamment, en ce présent voyage , la mesure de ce qu'il a daigné me faire entrevoir, et des désirs qu'il m'a inspirés. »
A ces paroles, Xavier embrassa tendrement son bien-aimé Frère Simon, et se tourna tout entier vers la pensée de son apostolat. Le navire, appelé le Saint- Jacques^ mit à la voile le 7 avril 1541.
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