‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 101 sur 759 · LIVRE I. — I.EïTRr. milTIÈ.MK · texte numérisé non relu

LIVRE I. — I.EïTRr. milTIÈ.MK

frère portugais, et moi-même troisième, nous devons celle semaine faire voile pour les Indes. Nous avons* conçu de grandes espérances , confiants dans le secours miséricordieux de Dieu Notre-Seigneur, de recueillir dans ces régions et d'amasser dans les greniers de l'Eglise d'abondantes moissons ; et notre opinion a pour fondements les récits de personnes sages, témoins oculaires des favorables dispositions des indigènes , pour écouter la voix qui leur annoncerait des doctrines plus pures, et pour accueillir avec joie le salut qui leur serait offert.

Le roi ne nous permet de nous éloigner qu'après nous avoir favorisés et comblés de toutes sortes de grâces ; il y en a ajouté une nouvelle , en nous recommandant trèsexpressément au gouverneur (1) , qu'il envoie cette année dans les Indes, et le navire vice-royal doit nous transporter avec ce seigneur. Il s'est montré lui-môme plein de bienveillance à notre égard, à ce point qu'il a pris sur lui tout le soin de ce qui regarde notre passage, et qu'il a défendu qu'aucun de nous , ou que tout autre que lui-même s'inquiétât de nos préparatifs, ou des objets nécessaires à notre usage pour la traversée ; déjà même il a décidé qu'il nous aurait tous les jours pour convives à sa table. Je suis entré dans ces détails , non pour faire valoir à vos yeux l'honneur ou l'intérêt que ces distinctions peuvent nous offrir, ou pour nous en attribuer l'avantage : — nous serions, au contraire, heureux d'en être exemptés; — mais vous verrez par là combien ces sentiments, si parfaits pour

(1) D. Martin Alphonse de Souza avait commandé la mer des Indes ; il avait pris sur les Maures la citadelle de Damam, imposé la suzeraineté portugaise au souverain de Cambaie et obtenu de ce prince la cession de Baçaïm. Ses succès militaires et ses éminentes qualités le firent choisir pour le gouvernement des Indes ; mais il ne soutint point dans la dignité suprême les espérances qu'il avait fait concevoir : il ne sut point administrer avec fermeté, et à la fin de son séjour aux Indes, ayant altéré les monnaies de cuivre dans l'intérêt du trésor portugais, 11 vit s'élever des troubles sérieux, et quitta les Indes en 1545, après avoir vu ses anciens services méconnus et sa dignité compromise.

Page 1