CHAPITRE IL
Les premiers pas des Apôtres de Jésus-Christ s'étaient dirigés vers l'Asie, et la tradition des âges primitifs de l'Eglise nous montrent le disciple que Jésus aimait, enseignant les voies du salut aux peuples de l' Asie-Mineure, aux Arabes et aux Persans (1), le sang de nombreux martyrs consacrant la prédication de cet Apôtre et de ses premiers disciples, et saint Thomas évangélisant toutes les Indes, les royaumes de Cranganor, Coulam, Méliapour, Coromandel, et, selon toute apparence, la Chine elle-même. Mais ces vénérables souvenirs étaient comme effacés par l'invasion successive des hérésies et du mahométisme. L'Orient, désertant la vérité religieuse, s'était violemment séparé de l'Europe, et le commerce seul y conservait un accès précaire.
L'Asie, au moyen âge, était en relation avec l'Europe par deux voies principales, par la Syrie et la Perse, ou par l'Egypte et l'Arabie. La décadence de Constantinople et le despotisme intolérant des khalifes ferma ces deux passages, et sépara , pour plusieurs siècles, l'Occident et l'Orient. Si durant ce long intervalle, quelques envoyés des souverains d'Europe, quelques audacieux marchands pénétrèrent isolément dans ce continent, berceau décrépit de l'humanité , ils n'en rapportèrent que des témoignages stériles sur la dégradation et la ruine des nations asiatiques, en proie à l'hérésie, à l'infidélité et. à toutes les idolâtries.
Enfin, le peuple portugais, sentinelle avancée de l'Occident, fut choisi par la Providence divine, pour découvrir un passage nouveau de l'Europe aux Indes. L'infant dom Henri, cinquième fils du roi Jean I"^'" et grand-maître de l'ordre du Christ, se fit l'âme des expéditions lointaines que, de sa solitaire et studieuse retraite, il dirigeait vers les mers inexplorées de l'Afrique, fidèle jus([u'à la mort à sa devise française : Talent de bien faire, et surtout au religieux désir de conquérir de nouveaux enfants à l'Eglise de Jé-
(1) Sa première épîtrc canonique était d'abord intitulée : Aux Parthcs.