CHAPITRE DEUXIÈME (1542-15Zl
sus-Christ Après cet illustre prince, tout un siècle fut marqué, d'espace en espace, par d'admirables découvertes. Madère fut conquise en 1420 : — le premier siège épiscopal en dehbiTS du Portugal y fut érigé en 1538, et devint plus tard primatial des Indes. — En 1440, après que le Cap-Blanc eut été franchi, une Bulle du souverain pontife concéda au Portugal le domaine des terres à découvrir jusqu'aux Indes. Le Cap-Vert, les îles Canaries, toute la côte africaine jusqu'au Cap de Bonne-Ejspérance furent successivement reconnus. Enfin, en 1497 , Vasco de Gama doubla ce promontoire fameux, et, côtoyant l'Afrique orientale, navigua jusqu'aux Indes. Mais ni l'infant D. Henri, ni Gama, ni les héros qui conquirent les Indes, Cabrai, Albuquerque, Almeida, Menezez, n'avaient, au nom de la rehgion de J. -C. , planté l'étendard portugais dans ces nouveaux empires, pour que la foi qu'ils y apportaient s'y vit comme étouffée par les désordres, et les crimes des conquérants eux-mêmes. Le grand Albuquerque, dont la vie fut si prodigieuse, et qui nourrissait encore, au moment de mourir, deux sublimes projets, celui de réunir, par un vaste canal, le Nil à la Mer-Rouge, et l'autre "d'aller enlever aux Arabes le cercueil de Mahomet , pour le réduh-e en cendres , aurait sacrifié toutes ses victoires, s'il avait pressenti la licence et la corruption qui furent, après quelques années , pour ses compatriotes, l'effet des délices de l'Asie et du commerce des infidèles (1).
«fS
Le P. Xavier, que la Providence divine avait choisi pour apporter à l'Asie le don inestimable de la parole évangélique, et qui devait opérer de si merveilleux fruits parmi les Portugais, qui professaient la même foi que lui, pratiqua sur le vaisseau Le Saint-Jacques l'apostolat le plus dévoué. Refusant la table et les
(1) Le P. Lucena raconte une apparition merveilleuse dont Alphonse d'Albuquerque et son armée furent les témoins. Albuquerque en fit dresser un acte authentique qu'il envoya à Lisbonne. Nous ne pouvons la passer sous silence, à cause de sa relation étroite avec les faits de notre récit : l'armée du héros était en campagne sur les rivages de la Mer-Rouge, lorsqu'à l'occident ils découvrirent dans le ciel une croix vermeille, d'un prodigieux éclat, longue et large d'une brasse , et qui subsista pendant un certain intervalle : Le Seigneur , dit le pieux écrivain , voulut ainsi leur montrer l'étendart sous lequel ils devaient combattre , et sous lequel ils seraient victorieux. Albuquerque, se prosternant à la tête de son armée,
mmw
^IMPHIPP
iil^
VIE DE SAINT FRANÇ0IS-XA|IER
ïi;
'ÏÏ:
;fe-
dons du gouverneui^ il vivait d'un pain mendié ; sa chambre était le refuge des plus malades entre Jes matelots, et lui-même ne prenait de sôiSimeil que sur des cordages roulés, appuyant sur du bois sa tête vénérable. La contagion du scorbut s'étant répandue dans la flotte, Xavier se prodiguait aux plus abandonnés, les faisant manger, essuyant leurs sueurs, purifiant leurs ulcères, lavant leurs linges, et leur rendant les services les plus humbles ; mais surtout prenant soin de leurs âmes, et les disposant à mourir chrétiennement. .
En même temps, le Père catéchisait les ignorants, et prêchait tous les dimanches et les jours de fête à l'équipage assemblé du Saint- Jacques.Mdlsde lui-même depuis l'équateur, il n'interrompit jamais son saint ministère , puisant le courage et les forces dans la vertu de l'Esprit-Saint, qui est, 'selon l'expression de l'Église, le rafraîchissement dans l'ardeur môme du feii, in (Sstu temperies.
Tant d'actes de charité le rendirent si vénérable aux yeux de tous, même des niahométans et des idolâtres, qu'il reçut dès lors le nom de Saint Père, qui lui resta depuis, et qui servit à le désigner jusqu'à la fin de sa vie. 3;-^
La flotte, après cinq mois d'une navigation pénible, arriva à Mozambique, vers la fin d'août 1541 {Lettres^, î, et note). Le grand nombre des malades et la saison avancée obligèrent Sôuza d'y fixer ses quartiers d'hiver. On fit transporter à l'hôpital tous les infirmes : Xavier et ses compagnons s'y établirent au milieu d'eux. Languissant lui-même par l'eflet de la navigation, énervé par la fièvre, il puisait des facultés nouvelles dans la charité divine dont il était embrésé. Sans cesser un seul jour d'assister les maladeç de l'hôpital, il.ya^quait au dehors à l'instruction des enfants et des ignorante ; et l'on rapporte, à cet égard, qu'il fut longtemps sans se consoler d'avoir appris la mort d'un jeune homme appartenant
prononça ces touchantes paroles : 0 signe de notre rédemption, signe de nos victoires spirituelles et temporelles, décoré et sanctifié par le précieux sang de Jésus-Christ, ô arbre de vie dont le fruit a racheté le monde du péché et de la mort, qui étaient notre héritage à cause de l'arbre antique, je reconnais et je confesse qu'en vous réside la force de nos batailles et toutes les espérances de nos victoires. Nous vous adorons tous : nous nous consacrons tous à vous du plus profond de nos cœurs ; nous vous imploronf tous, afin que vous soyez toujours sur mer et sur terre, ainsi que vous l'avez été jusqu'à cette heure, notre défense, notre triomphe et notre gloire.
i ti^-