‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 120 sur 759 · LIVRE 11. — LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LIVRE 11. — LETTRE PREMIÈRE

dans une contrée où je trouvais une moisson déjà mûre et prête à être recueillie. Mais parce que l'île ne possède pas de garnison portugaise, et qu'elle est exposée aux déprédations des Turcs, le gouverneur craignit que je ne fusse emmené comme esclave, et ne voulut jamais accéder à ma demande. 11 me répondit que je devais aller vers d'autres chrétiens, qui n'avaient pas moins besoin que les Socotoréens, et plus qu'eux peut-être, d'instructions et de secours spirituels, et chez lesquels mes efforts seraient bien mieux employés.

J'assistai à l'office du soir que récita le kacis , et qui dura l'espace d'une heure. Le kacis ne cessa de répéter les mêmes prières et de brûler del'encens; car cette nation remplit ses temples de la fumée des aromates. A la vérité, les kacis ont des épouses, mais ils se font remarquer par leur abstinence et leurs jeûnes. Dans leurs époques de jeûne, ils s'abstiennent non-seulement de chair et de laitage, mais encore de poisson, dont ils ont une grande abondance; ils sont si rigoureux dans cette observance, qu'ils mourraient plutôt que de rien goûter de ce qu'ils se sont interdit, et ils ne subsistent alors que des fruits du palmier et de légumes. Ils jeûnent deux carêmes, dont l'un est de deux mois. En ces carêmes , si quelqu'un s'est rendu coupable de goûter de la chair, l'entrée du temple lui est absolument interdite.

Dans un village était une femme sarrasine, mère de deux jeunes enfants : ignorant qulls fussent nés d'un Sarrasin , je voulus leur conférer le baptême ; ces enfants se réfugièrent auprès de leur mère, en se plaignant de ce que je voulais les baptiser; la mère alors s'adressa à moi, et me signifia de ne point tenter de baptiser ses enfants ; elle ajouta qu'elle était malîométane, etqu'elle ne voulait point que ses enfants fussent initiés dans la religion des chrétiens. En même temps les Socotoréens s'élevèrent contre elle, déclarant que cette race était indigne d'un si grand bienfait; qu'ils s'opposeraient à ce qu'on baptisât des Sarrasins, alors même que ceux-ci le désireraient, et qu'ils ne permettraient jamais

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