LIVRE II. — LETTRE PREMIERE
-<tres, et les dix Commandements de la loi divine. Les dimanches je célébrais la Messe pour les lépreux, dont l'hôpital est en dehors de la ville, et après avoir entendu leurs confessions, je leur distribuais le corps de Notre- Seigneur. Il n'y eut personne dans cette infirmerie, qui ne participât aux divins mystères ; après m'avoir une fois entendu leur parler du haut de la chaû-e , ils firent tous paraître un empressement admirable.
Sur l'ordre du gouverneur je vais partir pour une contrée où il y a lieu d'espérer qu'il se fera de nombreux néophytes. J'emmène trois jeunes gens de cette contrée, deux desquels sont diacres, assez instruits dans la langue portugaise et dans leur langue naturelle ; et le troisième a seulement reçu les ordres mineurs. J'espère d'heureux fruits de mon travail, et je suis persuadé qu'il sera fécond pour les intérêts de la religion. Aussitôt que le P. Paul et François de Mancias seront arrivés de Mozambique, le gouverneur les enverra me rejoindre. Ce pays est la pointe de Comorin (1), éloignée de Goa d'environ 200 milles. Je demande à Dieu que, se laissantfléchir par vos prières, il daigne oublier mes péchés, et m'accorder des grâces assez abondantes, pour que je serve dignement ses intérêts au milieu de ce peuple.
Les souffrances d'une longue navigation, la charge des péchés d'autrui, lorsqu'on porte le poids des siens propres, un séjour prolongé parmi les infidèles, dans un climat dévoré du soleil : toutes ces épreuves , supportées en vue de Dieu, comme c'est notre devoir, deviennent une source de consolations et de joies spirituelles sans mesure et sans fin. Je suis plein de cette pensée, que les amis de la croix de Notre-Seigneur-Jésus-Clu"ist trouvent leur bonheur dans cette vie d'épreuves et de douleurs ; et qu'à lem's yeux, fuir la croix ou s'en trouver privé, c'est une mort vé-
(1) Le cap Comorin (lat. 8" 5' N.), forme Textrémité S. de l'Indoslan. Marc Pol l'avait cité en 1295.
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