LIVRE II. — LETTRE DEUXIÈME
ments delà loi diviDe. Aussitôt après mon arfif^ge, je me suis mis à l'œuvre saiis un moment de retard. J'ai parcouru successivement les villages, conférant le baptême à tous les enfants quine l'avaient point encore reçu. J'ai régénéré de la sorte une foule d'enfants qui ne savaient, selon le proverbe vulgaire, discerner leur main droite d'avec la gauche. Les enfants plus âgés ne me laissaient ni réciter l'office divin, ni prendre de nourriture ou de repos, avant qiiié je leur eusse enseigné quelque prière. C'est vraiment alors que j'ai connu que le royaume des deux appartient aux enfants et à ceux qui leur ressemblent] (1). Ne pouvant, en effet, me refuser sans offenser Dieu à une si juste demande , j'ai commencé à leur enseigner la profession de foi en Dieu, Père, Fils et Esprit-Saint, le symbole .des apôtres, le Pater Noster et Y Ave Maria. J'ai reconnu en eux une merveilleuse intelligence ; et s'ils avaient quelqu'un pour les instruire dans là religion, je ne doute pas qu'ils ne pussent devenir un jour d'excellents chrétiens.
M'étant détourné de ma route, j'entrai dans un village de païens, où personne ne voulait se faire chrétien, en présence de tous les villages voisins convertis à Jésus-Christ. Ils alléguaient qu'ils étaient sous l'obéissance d'un souverain infidèle, et qu'il leur était défendu par lui d'admettre la religion chrétienne. Il y avait, en cette place, une femme sur le point d'enfanter,, et, depuis trois jours dans les douleurs, au point que tout le monde désespérait de sa vie. Mais, comme lès supplications des infidèles sont en horreur aux yeux de Dieu, parce que les dieux des nations sont tous des démons (2), les prières de ces gens n'étaient point entendues ; je me rendis alors, avec un de nies compagnons, dans la demeure de la malade, et je commençai à invoquer avec foi le nom du Seigneur , oubliant que j'étais sur une terre étrangère : mais je me
(l)Matt. XIX, 14.
(2) Ps. xcv, 5. , .^.
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rappelais èétte parole : « La teri'è et toute son étendue ap- ■partienfàèfà mi Seigneur, L' univers, et tous ceux qui habitent sa surface (1). » J'entrepris ensuite, par interprète, l'explication des articles de la religion, et, par la miséricorde de Dieu, cette femme crut en ce que nous lui enseignions.
.-piterrogée si elle voulait devenir chrétienne, elle répondit que oui, et que ce serait avec bonheur. Récitant alors un Évangile, ce qui jamais peut-être n'avait été entendu dans ,^es contrées, je la baptisai solennellement. Que vous dirai-je de plus ? Après le baptême elle fut délivrée , pour .avoir espéré et cru en J.-G. La renommée du miracle que .Dieu venait d'opérer dans cette maison se répandit à
:t l'heure même dans tout le village. J'allai inoi-même trbû-
v ver les chefs, etjè leur signifiai, aU nom de Dieu , qu'ils eussent à r'econnaître Jésus-Christ, son Fils, en qui seul réside le salut de tout le genre humain. Mais ils refusaient encore de se rendre et de renoncer à la religion de leurs ancêtres, sans la permission de leur souverain. Je me rendis auprès du ministre de ce prince, qui se trouvait dans la contrée pour le recouvrement des impôts dus à son seigneur. Lorsque ce personnage m'eut entendu parler sur notre foi, il déclara qu'il approuvait entièrement que l'on fût chrétien , et qu'il autorisait tous ceux qui le voudraient à embrasser la religion de J.-G. Mais, en doHinant pour les autres un conseil salutaire, il n'en fit V point usage pour lui-même. On vit alors les principaux de l'endroit se déclarer chrétiens avec toute leur famille ; le peuple obéit à l'influence de se& chefs : enfin tous , de toute condition et de toiit âge, reçurent le baptême. Après
^£r accomplissement de cette œuvre, nous allâmes directement à Tutucurin (1), dont les habitants nous reçurent avec une grande amitié, et nous espérons recueillir dans ces contrées une moisson spirituelle abondante.
(l)Ps. XXIII, 1.
(2) Tutucurin était une grande ville sur le bord de la mer, par 8° 47 de lat. N., à 90 milles environ du cap Corrïorln.
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LETTRE DEUXIÈME