VJ^RE II
Le gouverneur aime et favorise grandement ces néophytes, et, récemment, il leur a porté secours contre les Sarrasins qui les inquiétaient. La plupart sont pêcheurs, et vivent sur le rivage de la mer ; ils pourvoient principalement à leur subsistance et à celle de leur famille par la pêche des perles (1). Or, les Sarrasins leur avaient dernièrement enlevé les barques qui leur servaient pour cette pêche. Lorsque le gouverneur en fut instruit, il arma une flotte considérable , et , ayant attaqué les Sarrasins, il les battit, en fit un grand carnage, et leur enleva toutes leurs embarcations. Il rendit aux néophytes les plus aisés leurs propres barques , et fit présent aux plus pauvres des bateaux sarrasins, mettant ainsi le comble à sa victoire par une insigne générosité ; car il avait voulu reconnaître le secours divin qui lui avait été accordé pour la victoire, en faisant éprouver aux chrétiens les effets de sa charité. Les Sarrasins demeurent sans ressources et comme anéantis, et • personne d'entre eux n'ose lever les yeux : tous leurs capitaines ont péri , ainsi que tous ceux qui pouvaient avoir quelque influence parmi eux.
Les néophytes chérissent le gouverneur comme un père, et en sont traités, à leur tour, comme s'ils étaient ses enfants. Je ne saurais rendre les termes dans lesquels il m'a recommandé cette jeune vigne de J. -G. A cette heure, il prépare un grand projet, aussi digne des éloges de la postérité qu'avantageux à la religion chrétienne. Il veut rassembler tous ces chrétiens, si éloignés les uns des autres par l'intervalle des lieux, et les établir dans une île, avec un roi pour les gouverner, et veiller à leurs intérêts et à leur conservation. ^
Si le souverain pontife connaissait tout le dévouement
(1) C'étaient les Pallawars, population de pêcheurs de perles et de caboteurs répandus sur tout le littoral de Comorin. Les perles sont abondantes en ces parages , mais leur teinte verte ou azurée les rend inférieures à celles de Ceylan. On |rouTe.d^à dans Marc Pol une mention de ces peuplades. : X^fe-ïte^:*