‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 14 sur 759 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

aux équipages portugais, et qui était sorti de cette vie ignorant des vérités élémentaires de la religion. En vain les personnes k qui 1 existence du Père était précieuse le conjuraient de veiller à sa propre santé et de ne point vivre continuellement parmi l'air infect et la contagion de l'hôpital : François, fidèle au vœu de pauvreté, persista toujours à demeurer lui-même pauvre avec les pauvres , infirme avec les infirmes. Le médecin qui le vit un jour tremblant sur ses pieds et frissonnant de fièvre, lui commanda de se mettre au lit ; mais Xavier tout en désirant, au nom de l'Obéissance, déférer à cet ordre, demanda seulement l'espace d'une nuit avant que de se rendre. Il s'agissait du salut d'une âme, et d'arracher à la mort éternelle un pécheur désespéré. Xavier fit retirer de la paille où il gisait, le matelot délirant déjà et blasphémant avec égarement le Dieu que ses désordres paraissaient avoir outragé sans espoir et sans repen tance. Il le fit mettre en son propre lit, se coucha lui-même à ses côtés , l'encouragea durant plusieurs heures, et le prépara à mourir dans la grâce de Jésus-Christ. Enfin il lui administra les derniers sacremems, et le vit expirer dans ces sentiments de pénitence et d'amour de Dieu, qui furent sur la croix le partage du bon Larron.

Après cette œuvre héroïque, le Père consentit à prendre du repos; ses forces toutefois n'étaient point revenues, quand le gouverneur désira se remettre en mer. Il pria le P. François de l'accompagner, craignant pour lui-même de succomber en voyage, et désirant avoir avec lui, pour l'assister à la mort, le saint religieux dont la présence était comme une bénédiction divine. Paul de Camerino et François de Mancias demeurèrent dans l'hôpital avec les autres malades.

Ce fut le 15 mars 1542 que Souza et le P. Xavier quittèrent Mozambique, prenant, au lieu du Saint- Jacques, qui les avait amenés d'Europe, un navire plus léger et meilleur voiUer, appelé le Coulam. Ici, le P. Xavier fit paraître cet esprit prophétique qui éclata si merveilleusement en lui dans une infinité de circonstances ; car, entendant louer le Saint- Jacques comme le bâtiment le plus solide et le meilleur delà flotte, il annonça, dans des termes précis, que la fortune de ce bâtiment serait malheureuse. En effet, peu de mois après, le Saint- Jacques se brisa dans les parages de Salsette.

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VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

En peu de jours, on atteignit Mélinde {Lettres, I, 53, et note). Xavier raconte lui-même que, dans ce pays peuplé de mahométans, il aperçut des croix nombreuses élevées sur le rivage, et l'une d'elles, plus grande que toutes les autres, était entièrement dorée. C'était le champ de sépulture des Portugais, venus en ce lieu pour faire le commerce, et qui y avaient terminé leur existence. Xavier dépeint avec chaleur le tressaillement de sa joie à la vue du signe glorieux de la Rédemption, érigé sur une terre infidèle. En même temps, il trouva les croyances mahométanes des indigènes si affaiblies et si peu consistantes, que le culte de leur faux prophète s'effaçait entièrement et n'allait bientôt plus laisser de traces. Mais il ne put obtenir que des aveux stériles, touchant la décadence de leur culte, de la part de ces infidèles, aveuglés par leur orgueil et rebelles à la vérité. Laissant donc à la Providence le soin de déterminer à leur égard l'hem-e du salut, il quitta Mélinde après quelques jours, pour se diriger vers la moisson bien autrement féconde que Dieu lui destinait.

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A Socotora, qui fut la dernière place où s'arrêta le navire {Lettres, I, 5k et notes), le Père trouva des peuples mieux disposés pour la reUgion. La tradition du pays rapporte que saint Thomas fut jeté par une tempête sur le rivage de Socotora, qu'il y prêcha la foi, et que les débris de son vaisseau servirent à la construction d'une petite chapelle.

Au surplus, cette nation n'avait conservé du christianisme que de faibles apparences. Elle adorait la Croix, et n'avait aucune idée du baptême. Les hommes, en général, portaient le nom de l'un des Apôtres, et les femmes, celui de Marie. Ces naturels célébraient deux carêmes et priaient ensemble h quatre moments du jour. Mais à leur profession chrétienne se mêlaient plusieurs vestiges de l'hé résie de Nestorius, diverses pratiques juives, telles cpe la circoncision et les sacrifices, et des coutumes sarrazines comme le culte du faux prophète 3Iahomet : leurs prêtres ou kacis, qui tenaient d'eux-mêmes leur ordination , récitaient en pubUc des invocations incomprises d'eux-mêmes : point de livres parmi eux, point de formules de prières; on les entendait seulement mêler à leurs prostrations et à leurs encensements des paroles ressemblant à notre AUeluia. Le fond de leur langue était le chaldéen.

Xavier se sentit touché de l'état de ces insulaires et de leurs

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>à CHAPITRE DEUXIÈME (1542-15/i4).

pour le salut, il se mit h parcourir les places de la ville, une clochette à la main, en répétant ces paroles que le P. Lucena nous a conservées : Fidèles chrétiens, amis de Jésus-Christ^ envoyez vos fils et vos filles, ainsi que vos esclaves des deux sexes, afin qu'ils entendent la doctrine sainte^ pour l'amour de Dieu! <

En effet, l'enseignement est un des principaux privilèges de la Compagnie de Jésus, et l'une des grâces les plus éminentes dont Dieu l'ait enrichie. La formule même de la Profession en exprime le devoir, et saint Ignace en adonné l'exemple à ses Frères, afin que ceux-ci le suivissent dans la succession des temps, et pour toute la durée de la Compagnie.

Tous les enfants accouraient autour de Xavier qui les menait à l'église avec lui. Après leur avoir fait chanter l'explication du catéchisme (1) , il le leur développait, en commençant par le Symbole des Apôtres et les Commandements divins, et il leur enseignait de môme les principales prières et les pratiques essentielles de la dévotion chrétienne. ,

Ou commença dès lors à entendre partout, dans les écoles, dans les rues et sur les places, dans les maisons, dans les champs et sur les vaisseaux, des chants pieux et des formules de doctrine, au lieu des chansons impures qui souillaient autrefois les lèvres et les cœurs.

Ce fut par les enfants que la ville parut commencer à changer de face : et la modestie, la piété de ces jeunes néophytes, devinrent l'exemple des parents, et produisirent des conversions nombreuses. Souvent môme on vit ces enfants reprendre en face leurs parents, avec une liberté pleine de puissance, et les amener, vaincus par une innocente autorité, pour se soumettre à la direction des ministres de Jésus-Christ.

Alors, le Père entreprit des instructions pour les personnes adultes. Les jours de dimanche et de fête, il prêchait dans l'église de Notre-Dame-du-Rosaire, le matin pour les Portugais et le soir pour les indigènes, et bientôt il se fit un concours immense à ses prédications. Il parlait en ce portugais vulgaire, usité

(1) Lucena rapporte que le P. Xavier avait composé mi^jétit livre de doctrine, dont plusieurs cahiers furent adresses par le P. MelcniÔr Cameiro, provincial des Indes, au P. DiOgo Miram (Jacques Miron), provincial de Portugal. Si ces cahiers existent encore, nous serions heuréUx qu'ils nous fussent communiqués. "*^*»'^:- - ' ^ ■ ; "

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daps les Indes, idiome confus et mélangé d'éléments divers, afin de se faire tout à tous et de pénétrer plus avant dans les esprits de ses auditeurs. Mais nous trouvons dans les lettres du Saint (I, p. 57) la forme et la méthode de ses enseignements, et nous ne saurions les raconter après lui. Toutefois, ce que son humilité nous laisse ignorer, ce sont les merveilles qu'il opéra dans la Babylone portugaise : les ennemis réconciliés, le bien d'autrui restitué, les naturels traînés en esclavage qui furent rendus h la liberté, les unions illégitimes consacrées par le mariage ou rompues, enfin la pratique assidue et fervente des sacrements de l'Église, tous ces fruits de salut qui consolèrent le saint Apôtre et l'évêque de Goa, et qui furent dignes d'être offerts au Seigneur Jésus, comme les prémices de la régénération des Indes. , '>

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Les Pères de saint François avaient, peu de mois avant la venue du Saint, jeté les fondements d'un établissement précieux pour la Foi chrétienne. Deux de ces religieux, Miguel Vaz, vicaire général des Indes, {Lettres, I, 151 et notes), et Diogo de Borba {Lettres, I, p. 68, note; I, p. 85), prédicateur illustre envoyé dans les Indes par le roi de Portugal, avaient, sous les auspices du gouverneur D. Esteban de Gama ( JI, p. 95, note), fils aîné du Comte- Amiral D. Vasco de Gama, et avec le concours des intendants de finances Fernam Rodriguez de Castelbranco et Cosme Anes {Lettres, ï, 161 et note), institué la confrérie delà Sainte-Foi, pour procurer une éducation chrétienne à des enfants indigènes, destinés les uns à recevoir la prêtrise et à dilater le bienfait de la religion parmi leurs compatriotes, les autres à servir aux premiers d'interprètes et de catéchistes. Au mois de juillet 1541, cette confrérie établit son siège dans l'église de jNolre-Dame-de-la-Lumière, h Goa, sous le patronage de saint Paul, l'Apôtre des nations, et reçut du gouverneur une dotation considérable sur les revenus des anciennes pagodes. Au mois de novembre de la môme année commença l'érection d'un séminaire, et à l'arrivée de Xavier, soixante enfants déjà, sous la direction de M*" Diogo de Borba, y profitaient de renseignement ecclésiastique.

Borba, dès qu'il vit Xavier, se sentit, comme il arrive entré "les personnes saintes, porté vers lui d'un tel amour qu'il lui offrit le gouvemeipènt du nouveau séminaire. Xavier, que sa vocation dirigeait vers une mission plus étendue, consentit seulement à laisser à

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