‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 135 sur 759 · II. — LETTRE JïgATRlÈME · texte numérisé non relu

II. — LETTRE JïgATRlÈME

toutes les fois qu'ils se seront confessés et auront reçu le corps de J.-C, et qu'à la mort ils puissent recevoir à la fois l'absolution de la coulpe et de la peine. Il le demande, afin d'engager les malades à recourir plus fréquemment aux sacrements, et les personnes en santé à servir les malades avec plus de zèle, et à se porter avec plus d'ardeur aux œuvres de miséricorde ; enfin, pour que tous en général fassent paraître une piété solide et fervente, qui serve d'exemple aux infidèles, parmi lesquels ils demeurent et vivent. Le gouverneur lui-même, plein de dévotion envers la mère de Dieu, célèbre ses fêtes avec une admirable piété.

Ce seigneur réside à Goa, avec sa maison militaire, pendant la plus grande partie de l'année. Goa est située dans l'île du même nom, qui a environ dix milles d'étendue : dans l'île même se trouvent plusieurs églises consacrées à la Sainte- Vierge, qui font honneur à la religion par leur richesse , leur magnificence, les ornements sacerdotaux et le s vases sacrés, enfin, parle nombre des personnes attachées au culte et la pompe des offices : tout y est plein d'éclat et de magnificence : rien n'y est à désirer, si ce n'est la décoration spirituelle, c'est-à-dire, un grand concours de fidèles. Aussi le gouverneur , considérant que ces éghses célèbrent avec magnificence, chacune en son temps, les fêtes de la Sainte- Vierge, désire, pour les rendre plus fréquentées et accroître la vraie dévotion envers la bienheureuse Marie, qu'en ces jours de solennité, les fidèles qui se seront confessés et auront communié dignement, puissent obtenir une indulgence plénière.

Ces grâces sont plus nécessaires dans les Indes que dans tous les autres pays habités par des chrétiens , car, pour un nombre infini de chrétiens, — les Portugais sont nombreux; il existe une grande quantité de néophytes indiens, et tous les jours on en admet de nouveaux, — -il se trouve un très-petit nombre de prêtres ; pendant le temps du carême , on ne peut suffire à entendre les confessions. Le gouverneur veut obtenir ce résultat, que personne

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li(|| LIVRE II. — LETTRE QUATRIÈME. *

ici ne demeure éloigné des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, et il sollicite, par votre ienlTémîse, toutes ces grâces du souverain pontife , afin que tout le monde désire participer aux sacrements, et faire usage des véritables trésors que Jésus-Christ Notre-Seigneur nous a légués, comme l'unique moyen d'acquérir l'éternelle béatitude.

Il existe dans cette ville, ainsi que dans la plupart des autres résidences des chrétiens , une association de personnes respectables, qui s'est imposé le devoir de soulager les chrétiens indigents , tant les chrétiens de naissance, que les convertis qui sont dans la pauvreté. On l'appelle la Confrérie de la Miséricorde (1), et elle est toute composée de Portugais. C'est une chose merveilleuse, que l'ardeur et la persévérance avec lesquelles ces personnes pieuses servent Dieu par le soulagement des pauvres. Le gouverneur, désirant exciter encore leur charité, deinande au souverain pontife d'accorder annuellement aux confrères qui se seront confessés et auront communié, une indulgence plénière et l'absolution de la coulpe et de la peine à l'article de la mort ; et, comme la plupart ont des épouses, il désire que le privilège s'étende à ces dernières.

Les Portugais ne sont pas seulement les maîtres sur la mér des Indes, mais ils occupent aussi différentes places du littoral , où Us résident avec leurs femmes et leurs enfants. Ces établissements sont séparés par des distances considérables. Ainsi Goa est éloignée des Moluques (2), où le roi de Portugal a une forteresse, d'environ 1,000 lieues; de

(1) Celte Confrérie existe encore dans les colonies portugaises des Indes, et notamment à Macao.

(2) Les Moluques, ou Iles aux Épices, comprennent Amboine, Banda, Céram, Tidor, Ternate et Baciam. Ant. d'Abreu, l'un des capitaines d'Albiiquerque, les trouva peuplées par des mahométans conquérants, venus de la presqu'île Malaie , qui en occupaient les rivages, et par une race indigène, les Papous, retirés au milieu des terres. La richesse du pays consiste dans ses précieuses épices, le gliofle et la muscade. Les Portugais bâtirent, dès l'an 1523, une citadelle à Ternate.

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n.— LITTBE ÔmmÈME.

Malaeca (1) , ville Qt les chrétiens sont très-nombreux, djè 500 lieues ; d'Ormuz (2), ville fameuse ettrès-fréquentée deis Portugais, de 400 lieues ; de la place de Diu (3) , de 300 lieues; de Mozambique, de 900 lieues ; de Sofala (h), de 1 ,200 lieues. Dans chacune de ces villes , l'évêque de Goa a un vicaire , car il ne saurait les visiter régulièrement en personne, à cause de la distance excessive des lieux. Aussi le gouverneur, n'ignorant pas combien le sacrement de confirmation est nécessaire à des chrétiens qui vivent parmi les barbares, ou qui se trouvent continuellement en guerre avec les infidèles, demande au souverain pontife, en vue de l'affermissement de la Foi chrétienne dans les Indes, qu'il autorise l'évêque de Goa à déléguer à ses vicaires le pouvoir d'administrer la confirmation, un seul évêque ne pouvant, malgré tout son désir , satisfaire à ce ministère dans des coii^ trées si éloignées entre elles.

Dans ces régions , la nature a complètement interverti l'ordre et le retour des saisons. Dans le même temps ^ l'été règne sur un côté des Indes , et sur l'autre côté l'hiver se fait sentir : au contraire, lorsque ce côté -ressent les rigueurs de l'hiver , l'autre est brûlé des feux de l'été ; et la chaleur de ces étés est réellement incroyable : l'émanation solaire est si intense , que les poissons qui sont à peine morts se corrompent; aussi pendant la saison des chaleufô,^

(1) (Lat. 2° 4' N.) L'une des villes les plus magnifiques de l'Orient au xvi* siècle, fut conquise, en l5il, sur un sultan maure, par D. Alphonse d'Albuquerque. Elle porte, à cette heure, sur ses ruines, l'empreinte des sévères jugements de Dieu.

(2) Ormuz, lie, ville et royaume, sur le golfe Persique. Albuqnerque en lit la conquête de 1507 à 1515, et y construisit une citadelle portugaise.

(3) Diu, petite île et port à l'extrémité de la presqu'île de Guzerate, par 20" 41' de lat. N., dépendait du royaume de Cambaïe. Les Portugais y élevèrent une citadelle en 1536. Les efiforts faits par les Maures pour secouer le joug des conquérants, furent l'occasion de plusieurs exploits héroïques des Portugais, et surtout du vice-roi D. Joam de Castro, qui en resta le maître. Diu n'est plus que l'ombre d'elle-même.

(4) Sofala, sur la côte d'Afrique, découverte par Sanche de Tovar. Vasco de Gama y établit un comptoir dès 1502. *

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